Illettrisme : des chiffres pour éclairer les décisions

 
Pour la première fois, l’ANLCI (Agenda nationale de lutte contre l’illettrisme) dispose, à partir d'une enquête non déclarative, mais proposant des tests de compétences à l'écrit, à la fois d'un chiffre global concernant le taux d'illettrisme de la population métropolitaine âgée de 18 à 65 ans mais aussi d'indications plus précises concernant les personnes qui sont confrontées à ce grave problème.
Depuis octobre 2005, l'ANLCI a exploité les données recueillies par l'INSEE dans le cadre de l'enquête Information Vie Quotidienne 2004-2005 pour répondre à des questions restées jusqu'ici sans véritables réponses.
Nous livrons aujourd'hui les premiers résultats de ces travaux qui permettent d'avoir un regard chiffré sur la réalité du terrain pour éclairer les décideurs. Vous les trouverez accompagnés d'une présentation synthétique de l'ANLCI, de ses productions et activités.

L'enquête Information Vie Quotidienne (IVQ) 2002-2005
L'enquête Information Vie Quotidienne de l'INSEE a été conduite auprès d'un échantillon représentatif (10 000 personnes) de la population âgée de 18 à 65 ans vivant en France métropolitaine, qui représente environ 40 millions de personnes.
Elle fournit des indications précises sur les personnes confrontées à l'illettrisme. Des modules spécifiques, dont le module ANLCI (fichier PDF – 70 Ko), proposent un certain nombre d'épreuves passées au domicile des enquêtés et permettent de mesurer les compétences en lecture, écriture, calcul, en s'appuyant sur des situations rencontrées dans la vie de tous les jours (lire un programme de télévision, comprendre un bulletin météo, écrire une liste de courses à faire, chercher une rue sur un plan, etc.).
S'agissant de la mesure de l'illettrisme qui, rappelons-le, qualifie la situation de personnes qui ont été scolarisées en France mais ne maîtrisent pas la lecture, l'écriture, le calcul, les compétences de base pour être autonomes dans des situations simples de la vie quotidienne, l'exploitation de l'enquête par l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme a évidemment porté sur ceux qui ont déclaré avoir été scolarisés en France, soit 90 % des personnes interrogées.

Rappel
- L'enquête IVQ n'a pas été conduite dans un premier temps dans les régions d'Outre-mer où le taux d'illettrisme est important ;
- Elle n'a pas concerné les détenus, parmi lesquels on relève également un fort taux d'illettrisme.

IVQ, PISA, JAPD
À côté d’IVQ qui concerne la population adulte, d’autres enquêtes peuvent fournir des informations utiles sur l’illettrisme en France :

La JAPD
La Journée d’appel de préparation à la défense, organisée par le Ministère de la Défense et le Ministère de l’Éducation nationale, soumet tous les jeunes garçons et filles âgés de 17 ans à des tests permettant de mesurer leurs compétences en lecture et en écriture. Selon les chiffres de 2004, 4,5 % des garçons et des filles sont repérés en situation d’illettrisme.

L’enquête PISA
Projet international pour le suivi des élèves de 15 ans, conduit par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) auprès des élèves de 15 ans. Elle ne concerne pas directement la mesure des situations d’illettrisme mais donne une idée précise du niveau de maîtrise des compétences de base par les jeunes des pays industrialisés. En moyenne dans les pays de l’OCDE, 6 % des élèves de 15 ans ne peuvent pas prélever une information simple dans un texte court (PISA 2000).

Un chiffre global impressionnant
3 100 000 personnes, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France, sont en situation d’illettrisme.

Illettrisme et âge
Si l'on considère les 3 100 000 personnes concernées :
9 % sont âgées de 18 à 25 ans,
15 % sont âgées de 26 à 35 ans,
23 % sont âgées de 36 a 45 ans,
30 % sont âgées de 46 à 55 ans,
23 % sont âgées de 56 à 65 ans.

Plus de la moitié des personnes en situation d'illettrisme ont plus de 45 ans. Si l'on considère les groupes d'âge,
4,5 % des 18-25 ans,
6 % des 26-35 ans,
9 % des 36-45 ans,
13 % des 46-55 ans,
14 % des 56-65 ans,
la proportion de personnes en situation d'illettrisme est plus forte pour les groupes d'âge les plus élevés.

Illettrisme : hommes ou femmes ?
Sur les 3,1 millions de personnes concernées,
59 % sont des hommes,
41 % sont des femmes.
Sur l'ensemble de la population sur laquelle a porté l'exploitation de l'enquête, les hommes (11 %) sont plus souvent en situation d'Illettrisme que les femmes (8 %). Les résultats d'IVQ confirment les observations de PISA et de la JAPD qui vont dans le même sens. Mais en calcul les hommes se débrouillent un peu mieux que les femmes à tous les âges de la vie.

Illettrisme et territoires
La moitié des personnes en situation d'illettrisme vit dans des zones faiblement peuplées :
28 % dans les zones rurales,
21 % dans des villes de moins de 20 000 habitants.

L'autre moitié vit dans des zones urbaines :
17 % dans les villes de plus de 20 000 habitants,
24 % dans les villes de plus de 100 000 habitants,
10 % en région parisienne.

Et les quartiers difficiles ?
10 % des personnes en situation d'illettrisme vivent dans les ZUS. Mais attention : dans les Zones Urbaines Sensibles, le pourcentage d'illettrés est deux fois plus élevé que dans la population sur laquelle a porté l'exploitation de l'enquête (18 % au lieu de 9 %).

Illettrisme et emploi
Plus de la moitié des personnes en situation d'illettrisme ont un emploi.
57 % des personnes en situation d'illettrisme sont dans l'emploi,
11 % sont au chômage,
14 % sont retraités,
10 % en formation ou en inactivité,
8 % sont au foyer.

Illettrisme et minima sociaux
26 % des allocataires du RMI sont en situation d'illettrisme. Parmi les personnes allocataires du RMI, la proportion des personnes en situation d'illettrisme est donc trois fois plus élevée que dans l'ensemble de la population concernée.

Illettrisme et langue maternelle
74 % des personnes en situation d'illettrisme utilisaient exclusivement le français à la maison à l'âge de 5 ans.
On note globalement que 8 % des personnes qui utilisaient exclusivement le français à la maison à 5 ans sont en situation d'illettrisme contre 20 % de celles qui utilisaient une langue étrangère ou régionale au même âge.

Ces résultats ont été publiés par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.

Mise en ligne en juillet 2006.

Sur le site BienLire
Prévention et prise en charge de l’illettrisme : réunion DESCO/ANLCI


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