Face à la dyslexie : où trouver un soutien, une aide pédagogique ?


« Votre élève souffre de difficultés d’apprentissage du langage écrit et oral. En d’autres termes, il est dyslexique. » Lorsque le médecin scolaire donne son diagnostic, c’est souvent la panique. La dyslexie, tout le monde connaît, mais comment aider un enfant atteint de tels troubles dans sa classe ? C’est une autre question, et à laquelle beaucoup d’enseignants sont confrontés chaque année. En effet, en France, on estime à environ 5 % le nombre d’écoliers touchés par la dyslexie à un degré de sévérité variable. Si, aujourd’hui, ces troubles sont de mieux en mieux connus, dépistés et pris en charge, cela n’a pas toujours été le cas dans notre pays.
Plus forts ensemble
En 1982, un petit groupe de parents d’enfants dyslexiques, dont Gisèle Plantier, auteur d’un ouvrage intitulé Les malheurs d’un enfant dyslexique (paru pour la première fois aux éditions Albin Michel en 1981), décident de s’unir au sein d’une association et de créer l’APEDA, qui devient ensuite Apedys en 1997, association de parents d’enfants dyslexiques. Leur objectif initial était d’apporter aux parents concernés un soutien psychologique face à des troubles mal connus et reconnus, et des informations nécessaires pour une meilleure adaptation scolaire de leurs enfants.
Actuellement, Apedys France regroupe 36 associations régionales et départementales, soit plus de 3 000 membres, et intervient auprès des ministères de l’Éducation nationale, de la Santé et des Affaires sociales pour une meilleure prise en compte des différents aspects des troubles spécifiques d’apprentissage. Elle demande notamment une meilleure formation des enseignants, l’aménagement des structures scolaires existantes, des mesures spécifiques lors des examens, la suppression de la limite d’âge dans les cursus scolaires, etc. De nombreux enseignants et soignants (médecins scolaires, orthophonistes…) sont également membres d’Apedys.
De quoi parle-t-on ?
Selon les plus récentes définitions, les troubles du langage sont spécifiques « lorsqu’ils apparaissent chez des enfants qui ne présentent ni déficiences intellectuelles, ni problèmes psychopathologiques, ni trouble sensoriel, ni déprivation socioculturelle. » Autrement dit, les enfants dyslexiques sont des enfants normalement intelligents, vivant dans un environnement social et culturel sans problème. « Je dirais même que ce sont des enfants souvent dotés d’une intelligence spécifique, très doués sur le plan artistique ou encore scientifique. La dyslexie est un trouble neurodéveloppemental. » Biologiquement, d’ailleurs, on l’attribue de manière simpliste à un nombre de neurones trop important pendant la vie fœtale !
Après tout, Einstein et Léonard de Vinci n’étaient-ils pas dyslexiques ? Les vrais indices ne peuvent être repérés qu’au cours préparatoire. « Au cycle 1, il est encore trop tôt pour conclure à une dyslexie. Les enseignants peuvent être attentifs à des signes comme les troubles de la concentration et de mémorisation, les problèmes de repérage dans le temps et dans l’espace, l’écriture en miroir, les troubles de latéralisation, etc. Leur rôle sera alors d’en alerter les parents et l’équipe pédagogique pour qu’un suivi particulier soit fait durant le premier trimestre du CP », explique Stéphanie L., orthophoniste dans le Loir-et-Cher.
Le plus souvent, c’est à la fin du premier semestre de CP, alors qu’aucun automatisme de lecture n’est acquis quelle que soit la méthode utilisée, ou en tout début de CE1, que les enfants suspectés passent les tests de dépistage. Pour Agnès Vetroff, présidente de l’Apedys Isère : « Il faut avoir démarré l'apprentissage de la lecture depuis au moins 18 mois – voire 2 ans pour que le diagnostic précis soit donné, mais les tests préliminaires, donc des remédiations préliminaires, sont possibles, importantes et essentielles : dès 4 ans, on peut tester par exemple les pré-requis de la conscience phonologique et repérer des enfants à risque, et pourquoi pas les aider avec des jeux de rimes... insister davantage sur tout ce travail qui se fait en moyenne et grande section de maternelle. »
Des ressources
Ce sont toutes ces informations que sont chargées de relayer les différentes associations d’Apedys à travers la France. Par le biais de conférences, de rencontres de professionnels particulièrement en pointe sur le sujet, mais aussi et tout simplement de leurs membres, des parents d’enfants dyslexiques qui côtoient au quotidien les difficultés que rencontrent leurs enfants. « Nous avons l’avantage pour beaucoup d’avoir le recul qui manque aux enseignants confrontés à des enfants dyslexiques pour la première fois, car nos enfants à nous sont parfois adultes ou déjà grands, et nous avons l’expérience de leur scolarité, des points noirs, des choses qu’il leur a manqué, des aspects positifs qui les ont fait évoluer, des stratégies d’apprentissage qu’il a fallu mettre en place », explique Marion Rondot.
Les différentes Apedys connaissent des professionnels et orientent les parents et enseignants demandeurs vers les personnes qui sont les mieux adaptées à leurs besoins. C’est là toute la richesse de tels regroupements. « Souvent les personnes que nous rencontrons sont démunies et accablées par un dépistage récent. Il faut tout simplement les mettre dans la dynamique du groupe, de la mutualisation de moyens et d’expériences, et le seul fait de ne plus se retrouver seul les aide à surmonter leur désarroi », poursuit la vice-présidente.
Des membres très concernés
Parmi les membres d’Apedys, certains ont la double casquette, de parent d’enfant dyslexique et d’enseignant. C’est le cas de Brigitte Marcone, institutrice à Gières (Isère). « J’ai connu l’Apedys d’abord parce que ma fille âgée aujourd’hui de 18 ans a été dépistée lorsqu’elle est entrée au CP. L’association m’a permis de rencontrer d’autres parents comme moi, de me sentir donc moins seule, soutenue et épaulée. J’ai tout appris sur la dyslexie, et surtout quoi demander aux enseignants de ma fille pour l’aider à suivre en classe. Et puis une année, alors que j’enseignais en CE1, je me suis retrouvée avec une dizaine d’enfants dyslexiques en même temps, soit près de la moitié de la classe. Il a donc fallu que je trouve des outils efficaces et rapidement. Avec la connaissance que j’avais de la dyslexie et l’expérience de ma fille, j’ai vite compris que ce qu’il manque en premier lieu à un enfant dyslexique, c’est le temps. Alors j’ai fait plusieurs plans de travail. Les leçons restaient les mêmes, mais les applications étaient différentes selon les élèves. Chacun avait des objectifs différents, revus à la baisse pour ceux qui avaient le plus de difficultés. » Ce qu’expérimentalement Brigitte Marcone a fait pendant des années dans sa classe s’appelle aujourd’hui un PAI, un projet d’accueil individualisé. Il est mis en place par l’équipe pédagogique et le médecin scolaire, suite au dépistage d’un enfant dyslexique, et permet d’adapter son rythme et sa scolarité à son handicap. Encore plus récemment, le PAI est devenu PPS : le projet personnel de scolarisation. C’est une des grandes victoires d’Apedys et un des objectifs affichés du rapport Ringard de 2000 sur la dyslexie : une meilleure prise en charge des enfants concernés par les troubles spécifiques de l’apprentissage. Reste sa mise en application…
Des conseils pratiques
Apedys ne donne pas aux enseignants de recettes miracles, parce qu’il n’y en a pas. Par contre, il existe une mine de petites informations utiles qui s’échangent. Hélène Le Breton, maîtresse d’adaptation pédagogique à Gimont (32), en a pioché quelques-uns : « Il ne faut jamais les faire lire devant les autres, ne pas leur faire perdre de temps à copier la leçon, sinon ils n’ont plus d’énergie pour les applications, les valoriser à l’oral, leur donner des responsabilités, placer l’enfant devant, l’inciter à poser des questions, et simplifier ses explications, pour toute la classe. Ce qui est bon pour un enfant dyslexique l’est pour tous les enfants ! » Pêle-mêle, sur le site internet de l’association www.apedys.org, on trouve aussi l’usage de couleurs pour les substantifs, le fond musical durant les séances de lecture, bannir les interrogations surprises, bien choisir les polices utilisées sur les documents (certaines manquent de lisibilité), etc. Chacun teste et met en commun au sein de l’association, qui possède maintenant un véritable trésor d’outils pratiques. Mais un des mots-clés qui revient dans tous les discours des professionnels et des parents concernés par des enfants dyslexiques est l’encouragement. « La dimension psychologique est primordiale chez un enfant dyslexique. Si on ne lui explique pas que ce qu’il fait est bien même si ce n’est pas encore parfait, alors il ne progressera jamais, souligne Brigitte Marcone. Dans ma classe, je prends souvent l’exemple des barreaux d’une échelle. Je leur dis : tu vois aujourd’hui tu as monté quelques barreaux, tu n’as pas pu répondre à toutes les questions, mais les réponses que tu as données sont bonnes. Tu as réussi à monter quelques barreaux, demain tu monteras les autres. »
Encourager
Danièle Aujogues est enseignante à Gières en Isère : « La première chose que je fais avec un enfant dyslexique dans ma classe est de reconnaître avec lui son trouble, et de trouver ensemble des stratégies. Certains enfants sont plus visuels, d’autres auditifs, nous décidons donc ensemble des aménagements à faire. Et puis je lui demande s’il veut que les autres enfants soient au courant. Parfois cela crée de la solidarité, mais parfois l’enfant ne veut pas que les autres le sachent. Je respecte tous les choix, mais je passe du temps à discuter avec eux. Je reste très exigeante, même si le contenu est plus léger, je veux que ce soit bien. » Et, petit à petit, ce sont de grandes échelles que les enfants gravissent. Certains passent leur bac, et poursuivent de longues études. Citons quelques cas intéressants, comme Jeanne-Marie Bury, enfant dyslexique, devenue enseignante de français et qui a récemment publié un ouvrage intitulé L’orthographe en classe.
Dans un plus grand anonymat, chaque année, des jeunes passent des BTS, entrent à l’IUFM, continuent de se battre courageusement. Les récentes réformes leur permettent d’avoir un secrétaire aux examens, d’utiliser un ordinateur ou de bénéficier de tiers-temps pédagogiques. Des mesures prévues par la loi. Pourtant il faut aussi se battre pour qu’elles soient appliquées. Là aussi, l’Apedys est souvent d’un grand secours.
Les vrais-faux chiffres de la dyslexie
Suivant les sources, le nombre d’enfants dyslexiques en France est estimé entre 4 et 10 %, une fourchette qui exprime une certaine difficulté à chiffrer ce trouble. Cette demi-polémique tient en fait à la différence faite entre les résultats des tests de dépistage effectués en milieu scolaire, et les estimations de différentes associations selon lesquelles nombre d’enfants ne sont pas dépistés et compensent seuls leurs difficultés ou sont plus dramatiquement mis en échec scolaire sans qu’un nom soit mis sur leurs difficultés. Il faut savoir qu’il est de plus en plus rare qu’un enfant passe au travers des mailles du dépistage, tant celui-ci est renforcé et tant l’information autour de la dyslexie se généralise. Plus vraisemblablement, on s’accorde donc à dire que 5 % d’une tranche d’âge seraient concernés, soit en moyenne un élève par classe de 25, tous milieux sociaux confondus.
Témoignage de Hélène Le Breton, maîtresse d’adaptation pédagogique dans un réseau d’aide (32)
« J’ai connu l’Apedys en 2000, lorsque je me suis rendue à une de leurs réunions organisées par un neurologue dans une école. J’ai adhéré de suite ! J’avais un fils atteint de dyslexie, et je me suis immédiatement sentie épaulée par ce que l’association proposait. J’ai tout appris sur la dyslexie, que c’est une pathologie invisible mais grave et qu’il faut absolument être bienveillant à l’égard des enfants dyslexiques si on veut qu’ils progressent. Professionnellement, j’enseignais alors en CLIS (classe d’intégration scolaire), et de retour dans ma classe, je me suis aperçue qu’un petit garçon qui était là parce qu’incapable de lire et d’écrire, était aussi très bon en mathématiques. Je me suis battue pour qu’il soit diagnostiqué correctement et réintègre une scolarité normale. En tant qu’enseignants nous devons nous battre pour que les élèves dyslexiques puissent comme les autres avancer. À leur rythme. Or, nous sommes tous angoissés devant cette pathologie, car nous la connaissons mal et sommes complètement démunis pour faire face. Aujourd’hui, dans mon réseau d’aide, je côtoie les enfants qui ont de gros problèmes de lecture et d’orthographe, je discute avec les parents, j’oriente vers des orthophonistes, psychomotriciens, ou psychologues tout court car la plupart des enfants sont détruits moralement par leur dyslexie, ont le sentiment d’être mauvais et bons à rien. Grâce à l’Apedys, j’ai toujours sur moi 5 petits feuillets qui récapitulent ce qu’est la dyslexie et quelles mesures il est facile de mettre en place dans sa classe. J’informe et invite aux réunions dès qu’il y en a. »

Mélanie Martinez
Article extrait de la revue La Classe cycles 2-3 n° 168, avril 2006.

Mise en ligne en mai 2006.

Sur le site BienLire
- PPRE, PPAP, PPS, PAI : quatre « outils » pour aider les élèves à besoins éducatifs particuliers
- Deux exemples d'intégration d'élèves dyslexiques en collège
- Que peut faire un enseignant avec un enfant dyslexique au cycle 3 ?
- La dyslexie à l’école
- Dyslexie : déficit phonologique spécifique ou trouble sensorimoteur global ?
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Pour en savoir plus
Apedys : www.apedys.fr


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