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Prévention de l’illettrisme à l’étranger : des constats et des actions
DES INQUIÉTUDES PARTAGÉES
Des chiffres révélateurs
L’illettrisme est un phénomène d’ampleur internationale. C’est ce qui ressort d’enquêtes commandées par des instances internationales. Dans tous les pays développés étudiés, autour de 10 % de jeunes et d’adultes ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture-écriture nécessaires à une insertion sociale réussie. Même parmi les pays aux meilleures performances (Suède, Danemark, Norvège, République tchèque, Allemagne et Pays-Bas), les chiffres sont inquiétants puisque, par exemple, 8 % de la population suédoise connaît de graves difficultés de lecture-écriture au quotidien. Dans des pays comme la Belgique (Flandre), l’Irlande, le Portugal ou le Royaume-Uni, c’est plus de 15 % de la population qui n’atteint qu’un niveau qualifié de « très faible ».
Les résultats de ces enquêtes internationales mettent l’accent sur le problème des jeunes qui, vers l’âge de quinze ans, en fin de parcours scolaire obligatoire, sont en moyenne 6 % à se situer à un niveau très faible par rapport au degré de connaissances nécessaires à l’insertion sociale. Une étude concentrée sur les pays européens constate même que 7 à 35 % des jeunes Européens de quinze ans ne sont pas préparés, compte tenu de leur aptitude à la lecture, à s’engager dans un processus de formation tout au long de la vie.
Comment réduire le phénomène ?
Une politique de prévention se met en place dans tous les pays. Elle porte sur trois axes majeurs :
- effort en faveur d’une scolarisation précoce ;
- pour les jeunes, transition facilitée entre éducation et passage à la vie active ;
- pour les adultes, développements de programmes de formation.
ZOOM SUR QUELQUES PAYS
En Grande-Bretagne
État des lieux
Près de 50 % des élèves n’obtiennent pas de qualifications acceptables à la fin de leurs études secondaires obligatoires ; un élève sur vingt quitte l’école à seize ans sans aucune qualification. Ces chiffres alarmants sont en lien direct avec les données concernant le problème de l’illettrisme des adultes : la Grande-Bretagne est un des pays européens où l’illettrisme des adultes est important : sept millions de Britanniques ne disposeraient pas des connaissances fondamentales d’un enfant de onze ans.
Système éducatif : une réforme globale
Afin de pouvoir mener une politique cohérente en matière d’éducation, la première tâche du gouvernement travailliste a été de désengager les collectivités locales, toutes puissantes en matière d’éducation à l’époque du gouvernement Thatcher. Ce sont donc des agences semi-gouvernementales qui élaborent une stratégie rénovant le système éducatif dans son ensemble.
Refonte du dispositif d’enseignement primaire et secondaire, développement accéléré du système d’enseignement supérieur, création d’un continuum cohérent entre formation professionnelle et formation continue, tels ont été les objectifs annoncés par le gouvernement travailliste à son arrivée au pouvoir.
La première étape de la réforme réside dans une redistribution des cycles scolaires : au lieu des phases 11-16 ans et 16-19 ans, le gouvernement a envisagé un cycle global entre 14 et 19 ans, plus à même d’établir une cohérence entre les établissements scolaires et les centres de formation professionnelle pour adultes.
Les réformes à court terme (d’ici à 2005)
- Deviennent obligatoires dans les programmes scolaires : l’anglais, les mathématiques et les sciences appliquées ; deviendraient facultatifs, les langues, l’informatique, les « humanités » et les disciplines artistiques.
- L’apprentissage devra attirer au moins 28 % des jeunes en 2004.
- De nouvelles certifications seront proposées qui allieront un enseignement général et des applications professionnelles.
Les réformes à long terme
- Fournir aux élèves un système de progression cohérent qui leur permette d’évoluer vers des formations reconnues.
- Mise en place d’un système d’examen proche du baccalauréat français.
- Création d’un groupe de travail sur les réformes à apporter à l’enseignement professionnel et au système d’examens.
En Allemagne
L’Allemagne fait ses premiers pas dans la lutte contre l’illettrisme, car la prise de conscience du problème est très récente, même dans les Länder à fort taux d’immigration.
Dans les Länder
Chaque Land, responsable de sa politique éducative, tente de mettre au point une stratégie dont on ne peut tirer encore aucun bilan, étant donné le manque de recul.
Le Land de Berlin va, par exemple, avancer l’entrée à l’école primaire de six mois. Il envisage également de tester les connaissances en allemand des élèves d’origine étrangère dès l’âge de cinq ans. Ainsi pourra leur être proposé un enseignement de la langue avant le début de la scolarisation.
D’autres Länder se proposent d’augmenter le nombre de places dans les jardins d’enfants afin d’intégrer plus tôt les enfants étrangers. Le Hesse souhaite quant à lui créer des bibliothèques dans les écoles.
Préconisations du gouvernement fédéral
Certes, le gouvernement fédéral n’est pas compétent en matière de questions scolaires, mais il suggère certaines mesures susceptibles d’endiguer l’illettrisme, notamment en ouvrant les écoles l’après-midi et en proposant des cours de soutien.
Le projet FAN (Französich am Nachmittag)
La France, forte de son expérience de remédiation en matière d’illettrisme, propose, par l’intermédiaire de son ambassade, un soutien à l’enseignement du français. Cet enseignement interviendrait dans des quartiers défavorisés. Ce soutien pourrait se concrétiser également par la mise à disposition d’instituteurs ou professeurs de collège spécialistes de la remédiation en lecture.
En Italie
La réforme de l’enseignement scolaire votée en mars 2003 n’aborde pas de manière clairement définie le problème de l’illettrisme. La lotta all’analfabetismo (lutte contre l’analphabétisme) est pourtant une préoccupation dans les milieux éducatifs. Cependant, la priorité de cette réforme étant d’axer l’enseignement sur l’élève et non plus sur les savoirs, cela va dans le sens d’une prise en compte de l’illettrisme.
Au Japon
Le ministère de l’éducation nationale japonais (MEXT) semble tenir pour acquis que la lutte contre l’illettrisme n’est pas un enjeu majeur. Ce statu quo s’appuie sur des statistiques officielles pourtant mises à mal par des médias qui se font écho, quant à eux, d’une baisse de niveau dans les apprentissages fondamentaux.
Le MEXT effectue régulièrement un test de niveau sur un échantillon de 6 à 8 % des élèves, du CM2 à la 3e. L’objectif du test n’est pas de mesurer le niveau des élèves ni de leur proposer une évaluation. Il vise seulement à détecter les points difficilement résolus par les élèves afin que l’enseignement soit adapté et plus efficace.
Le MEXT s’attache cependant à lutter contre l’absentéisme scolaire, qui touche 2,8 % des collégiens. En 2003, ce sont plus de sept millions d’euros qui ont été consacrés à cet objectif. C’est ainsi un réseau de 400 sites locaux de détection et de soutien, le Schooling Support Network, qui a été créé.
Au Mexique
Au Mexique, 60 % de la population vit dans la pauvreté. Selon l’UNESCO, sur 108 pays, le Mexique est l’avant-dernier pour l’achat de livres par habitant.
Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé, en août 2002 le lancement d’un programme national de promotion du livre.

Le programme « Vers un pays de lecteurs » consiste notamment à créer 100 000 bibliothèques scolaires, 784 000 bibliothèques de classes et à construire une grande bibliothèque à Mexico. Grâce à l’aide d’une Fondation, des équipements multimédias seront offerts à 1 200 bibliothèques. 50 000 professeurs et bibliothécaires seront également formés pour accompagner cette promotion du livre.

D’après des données de 2003
transmises par la direction des relations internationales et de la coopération
du ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche

En Suisse
Une prise de conscience tardive et parcellaire
Environ 765 000 personnes de 15 à 65 ans seraient en situation d’illettrisme en Suisse. Depuis les années 80, les associations tirent la sonnette d’alarme afin de pousser les politiques à agir. Des structures nationales ont ainsi été mises en place. Mais le relais paraît difficile à établir entre le niveau local et le niveau national. En effet, les politiques ont tendance à ne prendre en compte que l’illettrisme des adultes, à l’origine de problèmes d’insertion professionnelle. Les enfants et adolescents en échec scolaire semblent parfois oubliés.
L’exemple positif du Canton de Vaud
Dans le canton de Vaud, la récente modification de la loi scolaire reconnaît aux élèves en difficultés le droit à des prestations thérapeutiques. Les communes sont donc amenées à s’équiper et à agir. D’où des conditions plus favorables à une stratégie de prévention.
Les enjeux
Il faudrait pourtant, avant tout, que les professionnels de l’enseignement spécialisé orientent l’apprentissage de la lecture vers plus de pragmatisme, afin de préparer les enfants en difficulté à devenir des utilisateurs fonctionnels de l’écrit dans leur univers social.

D’après un article de D. Gaillard et B. Guidollet, « Guérir, voire prévenir les difficultés d’accès au langage écrit : modalités, structures dans le canton de Vaud », publié dans la revue ANAE (Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant), n° 57, juin 2000.

Des provinces canadiennes francophones mobilisées
Québec : « Lire, écrire, communiquer… réussir ! Plan d’action pour la valorisation du français, langue d’enseignement »
Ce plan d’action ministériel lancé en 2001 affirme la volonté québécoise de valoriser la langue française en tant que langue commune et officielle. L’initiative résulte d’une prise de conscience : la maîtrise du français est un facteur déterminant de la réussite scolaire, de l’insertion sociale et professionnelle, ainsi que d’une participation active à la vie civique.
Ce plan d’action concerne les élèves du primaire et du secondaire et les enseignants, mais aussi les parents, les adultes analphabètes ou les nouveaux arrivants.
La mobilisation s’effectue autour de quatre axes d’intervention :
- Augmenter le temps d’enseignement du français, le nombre des évaluations et la durée des mises à niveau.
- Favoriser l’accès à la formation de base en français à un plus grand nombre de bénéficiaires, et cela afin de lutter contre l’analphabétisme et favoriser l’insertion des nouveaux arrivants.
- Développer le goût du français par la lecture, l’écriture et l’expression orale chez les jeunes. Privilégier l’usage du français dans la formation professionnelle et technique (avec, notamment, l’usage de logiciels informatiques en français) fait également partie de cette incitation.
- Conforter la maîtrise du français chez les futurs enseignants et offrir un soutien aux enseignants en exercice.

Lire le document dans son intégralité (fichier PDF – 193 Ko)

Informations extraites du site du ministère de l’éducation du Québec :
Nouveau-Brunswick : « Plan d’apprentissage de qualité, pierre angulaire dans le Plan de prospérité du Nouveau-Brunswick 2002-2012. Énoncé de politique pour l’enseignement primaire et secondaire : Écoles de qualité, résultats élevés. »
Seule province officiellement bilingue du Canada, le Nouveau-Brunswick a lancé un « Plan d’apprentissage de qualité » établi sur dix ans. Ce plan, qui engage tous les partenaires dans une politique volontariste de résultat, entend tout mettre en œuvre pour favoriser l’intégration des jeunes dans une société internationale. Cette intégration passe, bien sûr, par la maîtrise de la langue première et de la langue seconde (le français première langue pour les francophones, l’anglais première langue pour les anglophones).

Plusieurs constats ont en effet amené les pouvoirs publics à réagir, et notamment :
- la faible performance des élèves aux tests de lecture (par rapport aux autres enfants scolarisés du Canada) ;
- le « développement retardataire » des enfants d’âge préscolaire (particulièrement en ce qui concerne les habiletés sociales des petits de 0 à 3 ans et le vocabulaire des 4-6 ans) ;
- le nombre grandissant d’élèves ayant des besoins spécifiques.

Pour que les élèves du primaire et du secondaire développent pleinement leur potentiel, plusieurs axes d’action sont proposés aux différents partenaires (les parents, les éducateurs, les collectivités locales ou la société civile).

Des actions
Parmi les domaines concernant plus particulièrement la langue, le plan décline les actions suivantes :
- Mettre l’accent sur l’apprentissage préscolaire [p. 23-24 (fichier PDF – 89 Ko)], en sensibilisant les parents à leur responsabilité dans cet « enseignement » et en leur communiquant des « normes claires » sur cet apprentissage. L’objectif est avant tout de développer le langage, afin d’aider ces enfants à établir les fondements de la littératie.
- Établir une transition entre le temps préscolaire et la scolarisation. On donne par exemple aux enfants et aux parents la possibilité de se familiariser avec leur future école et le personnel scolaire. Une information leur est donnée concernant les compétences que l’enfant doit développer et les stratégies qu’ils peuvent utiliser pour le préparer à réussir.
- Mettre l’accent sur la littératie en début de scolarité, car la lecture est la base nécessaire pour tout autre apprentissage [p. 24 et 25 (fichier PDF – 28 Ko)].
- Évaluer la capacité de lecture dès les premiers pas scolaires, contrôler l’évolution et, si besoin, apporter une remédiation individuelle. (Les premières évaluations doivent d’ailleurs permettre d’identifier les élèves ayant besoin d’une intervention en lecture.)
- Définir des stratégies pour aider les élèves ayant des besoins particuliers, des difficultés d’apprentissage [p. 33 (fichier PDF – 15 Ko)]. Ces enfants doivent finir leurs études dans les meilleures conditions, et avec un résultat.
- En misant sur le statut de seule province officiellement bilingue, favoriser la réussite des élèves – en fixant des critères éducatifs élevés – concernant la première et la seconde langue [p. 32 et 33 (fichier PDF – 69 Ko)].
L’efficacité s’obtient également en modulant la composition des classes et en réduisant les effectifs des classes durant les premières années scolaires [p. 29 (fichier PDF – 16 Ko)].

Une régulation permanente
Leitmotiv, le « rendement » : « rendement scolaire », « normes de rendement », « indicateurs de rendement »…
Seules des écoles dynamiques, soutenues par des collectivités engagées, permettront d’atteindre l’objectif « Écoles de qualité, résultats élevés » promu dans ce nouveau Plan d’apprentissage.
Des indicateurs de progrès sont déterminés afin d’évaluer en permanence les résultats [p. 30 (fichier PDF – 19 Ko), p. 34 (fichier PDF – 16 Ko), p. 39 (fichier PDF – 13 Ko)].
Quant aux enseignants, leur temps de formation annuel sera augmenté, ils auront accès à des formations en ligne. Leurs qualifications seront évaluées.
Le système éducatif lui-même fera l’objet de contrôles de résultat, car il doit rendre des comptes [p. 44 et 45 (fichier PDF – 31 Ko)].

Lire le document dans son intégralité (fichier PDF – 425 Ko)

Informations extraites du site du Gouvernement du Nouveau-Brunswick :
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter :
- Une présentation en mai 2003 des politiques de prévention de l’illettrisme en Grande-Bretagne et en Espagne avec des liens sur les sites ministériels de ces pays.

- Le compte rendu d’un colloque international en novembre 2003 sur l’évaluation des bas niveaux de compétences :

Parmi les données plus anciennes, signalons Prévention et traitement de l’illettrisme dans la CEE : recueil de stratégies et de pratiques, Robert Rivière, Ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, 1990.
La première partie de cet ouvrage décrit les politiques conduites par chacun des douze États membres dans le domaine de la lutte contre l’analphabétisme. La seconde partie se compose de cinquante-quatre fiches décrivant chacune un site où se conduit une action intéressante et caractéristique. Les actions sont regroupées autour de sept thèmes :
- se préparer à apprendre à lire ;
- dans l’école ;
- des démarches « globalisantes » d’apprentissage ;
- autour de l’école ;
- apprendre ou réapprendre à lire pour s’insérer socialement et professionnellement ;
- alphabétiser les exclus ;
- informer-sensibiliser.
Chaque fiche comprend : le titre de l’action, l’adresse de l’organisateur, les caractéristiques de l’opération, la mise en œuvre, l’évaluation.

Un « groupe innovation recherche » élabore des outils de prévention et de lutte contre l’illettrisme et, parmi ses axes de recherche, conduit des actions au niveau de plusieurs pays européens (projet LEONARDO en cours)  : http://dionysos.bretagne.iufm.fr/gir/liste/liste_simple.php?choix_annee=2003


Mise en ligne en mars 2004 - Mise à jour en mai 2004.

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