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Interview

Denis Meuret, directeur adjoint du PIREF (Programme incitatif de recherche sur l'éducation et la formation), professeur en sciences de l'éducation à l'université de Bourgogne, est président du comité d'organisation de la conférence de consensus.

Denis Meuret
Qu'est-ce qu'« une conférence de consensus » ?

Dans une conférence de consensus, des experts apportent devant un jury de praticiens des réponses à une série de questions que se posent ces derniers sur leur pratique professionnelle. En général, cette conférence est publique. Ensuite, ce jury se réunit pour s'accorder sur ce qu'ils peuvent retenir des informations qu'ils ont ainsi reçues. Le « consensus » évoqué est donc celui du jury, non celui des experts : le jury peut très bien s'accorder sur le fait que, sur telle ou telle question, les experts divergent ou qu'aucun d'entre eux ne donne une réponse assez sûre. Mais, évidemment, la conférence est entreprise dans l'espoir que, sur un certain nombre d'aspects, le jury entende des réponses qu'il jugera à la fois assez pertinentes (elles répondent vraiment à la question) et assez bien établies (assez fiables) pour en tirer des recommandations à l'intention de ses collègues.

Pourquoi une conférence de consensus sur ce thème « L'apprentissage de la lecture aux élèves de l'école primaire ? »
D'abord, bien sûr, à cause de l'importance du problème de la lecture, que nous ne voudrions d'ailleurs pas envisager uniquement sous l'angle de l'illettrisme. Améliorer le niveau moyen de lecture, le rendre plus homogène, sont aussi des objectifs importants. Le titre comporte l'idée que ce qui nous intéresse est l'apprentissage de la lecture de la grande section au CM2, autrement dit aux cycles 2 et 3 de l'école primaire. Nous sommes conscients que nous ne couvrons pas ainsi l'ensemble du champ de l'apprentissage de la lecture (on apprend aussi hors de l'école, on continue d'améliorer ses compétences après la sixième), mais, pour cette conférence, nous avons construit notre thème autour d'un acteur particulier, qui est l'enseignant de l'école primaire.
Ensuite, parce que c'est un domaine à propos duquel les enseignants se posent des questions... et attendent des réponses. Il semble que, dans les écoles, les conflits anciens entre méthodes aient été remplacés par une inquiétude sur la meilleure façon de faire, et donc, potentiellement, par une attitude plus réceptive vis-à-vis des résultats de la recherche, pour autant bien sûr que celle-ci propose des résultats intéressants.
Enfin, parce que c'est un domaine où la recherche, qui est le fait de plusieurs disciplines, est abondante, que ce soit en France ou au niveau international et où donc on peut penser qu'elle peut apporter quelques réponses.

A quoi pourra-t-elle servir ? Aura-t-elle une réelle utilité ?
L'objectif est que le jury (dix personnes intervenant dans l'enseignement primaire, dont six enseignants, un professeur de collège et un parent d'élève) réussisse à écrire des recommandations à destination des enseignants du primaire en fonction des réponses reçues des experts, et que ces derniers puissent en prendre connaissance et en faire l'usage qui leur semblera bon.
Il existe déjà des livres qui apportent une bonne synthèse des recherches existantes. Les recommandations issues de la conférence s'en distingueront de deux façons : elles auront été conçues et écrites non par des chercheurs, mais par des praticiens ; elles répondront à des questions que se posent les enseignants, non à celles qui construisent le questionnement des experts, auxquels, il faut le souligner, est demandé un exercice assez difficile. Nous pensons que ces deux caractéristiques conduiront à des recommandations que les enseignants trouveront utiles.

Comment vous y êtes pris pour déterminer les questions ?
Le comité d'organisation est composé d'universitaires et de praticiens impliqués dans le travail sur la lecture. Comme tels, ils étaient associés à des actions de formation en lecture au cours desquelles ils ont distrait de une à trois heures pour engager avec les enseignants venus suivre ces formations une discussion sur leurs interrogations ou leurs doutes. Par ailleurs, un questionnaire a été envoyé aux correspondants académiques « maîtrise de la langue », et deux séances de travail ont été organisées avec les enseignants de deux collèges sur les difficultés que rencontraient leurs élèves et les compétences qu'ils pensaient le plus important d'améliorer. Environ deux cents questions ont été rassemblées de cette façon, puis nous avons demandé à chaque membre du comité d'organisation d'indiquer, parmi elles, les cinq qui lui semblaient les plus représentatives ou les plus pertinentes (les plus importantes pour la pratique, celles auxquelles on pouvait espérer une réponse). Puis, en séance plénière, le comité a choisi les cinq questions sur la base de ce travail préparatoire. Ont été construites ainsi cinq « questions majeures », chacune étant illustrée, à l'intention des experts, par l'ensemble des questions recueillies qu'elle synthétisait.

Et pour choisir les experts ?
Ils ont été choisis par le comité d'organisation, dont les membres avaient eux-mêmes été choisis par le conseil scientifique du PIREF, qui est l'instance organisatrice de la conférence (voir ci-dessous). A vrai dire, ils ont plutôt été choisis par les membres universitaires du comité d'organisation, qui eux-mêmes représentaient plusieurs disciplines : psychologie cognitive, sciences de l'éducation et didactique en particulier. Ces universitaires (Pierre Barouillet, Michel Fayol, Roland Goigoux, Jean-Emile Gombert, Yves Reuter, Gérard Sensevy) avaient une bonne connaissance des experts francophones « qui comptent » dans chaque discipline concernée par l'apprentissage de la lecture.

Et pour composer le jury ?
C'était un problème difficile. Comme nous (le comité d'organisation) voulions éviter que le jury soit composé de partisans d'une méthode ou d'une approche particulière de la lecture, nous avons décidé que la meilleure (ou la moins mauvaise) façon de nous prémunir contre cela était de multiplier les canaux par lesquels nous les recruterions : praticiens comme chercheurs, chercheurs de différentes disciplines, syndicats, associations. La DESCO, représentée dans le comité d'organisation, a préféré ne pas servir de canal pour que le jury ne puisse pas apparaître comme composé par le ministère.
Nous avons ainsi composé un vivier d'une trentaine de candidats parmi lesquels nous avons choisi de façon à ce que le jury reflète une certaine diversité d'âge, de milieux sociaux d'exercice du métier, de niveaux (cycle 2, cycle 3).
Nous avons cherché pour présider le jury une personnalité incontestée qui ait aussi l'autorité nécessaire pour conduire les débats de la conférence et qui ne soit pas un spécialiste de la lecture. Nous avons demandé au professeur Antoine Prost, historien, qui a bien voulu accepter.

Qu'est-ce que le PIREF ?
Le Programme incitatif de recherche sur l'éducation et la formation est une structure très légère, composée de deux universitaires à temps très partiel (Marie Duru-Bellat, qui en est la directrice, et moi-même), d'une attachée et d'une secrétaire et dotée d'un conseil scientifique où toutes les disciplines qui travaillent dans le champ de l'éducation sont représentées par des chercheurs de grande réputation. Ce programme a été créé par Jack Lang, confirmé par les actuels ministres, et doté d'un budget qui finance la conférence. Le programme a deux missions essentielles : coordonner la recherche en éducation et améliorer sa qualité ; mieux mettre ses résultats à la disposition des acteurs du système éducatif. C'est dans le cadre de cette deuxième mission que se place la conférence de consensus.

Interview réalisée pour le site BienLire. Novembre 2003

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