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Premières scolarisations : un enjeu majeur nécessitant de partager la réflexion
1. L’entrée en maternelle : une situation chaque fois unique, un événement considérable pour l’enfant et sa famille

La première rentrée à l’école est une étape très importante dans la vie d’un enfant mais c’est aussi un grand moment dans celle de ses parents. Alors que la pertinence des scolarisations précoces fait toujours débat au sein de l’école maternelle française, elle n’en demeure pas moins une réalité pour de nombreux enfants et professionnels. Nombre de familles ont effectivement fait le choix de la scolarisation pour leurs très jeunes enfants, certains n’ayant pas encore trois ans.
Cette première rentrée constitue un événement majeur, d’abord pour la famille qui prend la décision de scolariser son enfant à un moment choisi de sa petite enfance. Que d’angoisses, craintes voire fantasmes précèdent ces premières rentrées dans un univers souvent inconnu ou méconnu qui va parfois instituer les premières réelles séparations.
Événement majeur et unique pour chaque enfant bien entendu, quels que soient son âge d’entrée à l’école et son parcours antérieur. Il doit accepter la séparation physique d’avec ses parents, accepter d’être dans cette collectivité « école » où il n’a pas demandé à être, en toute sécurité affective, physique et physiologique. Dans un cadre sécurisant et bienveillant, le savoir-faire des professionnels de l’école maternelle (enseignants et ATSEM – Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) va lui donner l’occasion de s’inscrire dans un rôle social loin du regard de ses parents. Il va découvrir, vivre, expérimenter, s’essayer, s’étonner, s’émouvoir… jusqu’à conquérir des savoirs et pouvoirs nouveaux.
Chacun est donc confronté à la responsabilité de construire, par cette entrée symbolique dans le monde des autres, le rapport aux autres et à la collectivité dans un cadre extérieur à la famille.
La qualité de cette première rentrée à l’école revêt alors, pour les enfants comme pour les familles, une importance considérable qui va structurer leur rapport à l’école pour l’ensemble des années à venir.
À cet égard, il est très significatif de constater que les enfants ayant déjà expérimenté le fait que leurs parents reviennent les chercher après les avoir « laissés quelque part » (structure d’accueil petite enfance, grands-parents, voisins…) vivent beaucoup mieux leur première rentrée. Il est difficilement concevable en effet, compte tenu de l’enjeu déterminant du nombre d’années de scolarisation à venir, que l’école soit le premier lieu de la séparation physique d’avec le parent. Ces premiers jours d’école seront d’autant mieux vécus si l’enfant a pu anticiper positivement ce qu’il va vivre dans ce nouveau lieu à partir de visites ou temps d’accueils progressifs en amont de la rentrée officielle. Il s’agira d’expliciter à l’enfant tous les bénéfices qu’il pourra retirer de sa nouvelle vie de petit écolier. On contribuera par là-même à le valoriser en présentant cet événement comme la preuve de sa capacité à grandir.

2. Une réflexion sur l’accueil des tout-petits inscrite dans le cadre de partenariats

L’école maternelle française est à la fois un lieu d’accueil et de contraintes, d’épanouissement, d’apprentissages et de règles dans lequel chaque professionnel de petite section aura pour mission prioritaire de permettre à chaque enfant une première expérience scolaire réussie.
Sans aucune ambiguïté, comme le rappellent les textes fondateurs, circulaires ministérielles ou programmes de l’enseignement primaire, l’école maternelle est bien une école à part entière dans laquelle la construction des apprentissages est organisée et pilotée par des enseignants.
L’école maternelle accueille ces tout-petits écoliers avec la chaleur, la bienveillance et les savoir-faire qui la caractérisent. Cependant, ce public si particulier impose de prendre appui sur un certain nombre de partenaires non-enseignants incontournables, à ce moment clé du passage progressif du statut d’enfant à celui d’enfant-élève.

Effectivement, l’école maternelle française a la particularité de se situer à un carrefour de compétences complémentaires. Plus encore qu’à l’école élémentaire, s’établissent à l’école maternelle des collaborations permanentes et obligées avec des partenaires multiples.

- L’ouverture aux autres professionnels de la petite enfance

Nombre de projets associant des structures petite enfance (crèches, haltes-garderies, multi-accueils…) et écoles maternelles, débouchent sur de remarquables actions de sensibilisations et de préparations à l’entrée en petite section. Là où les professionnels d’une commune ou d’un quartier ont travaillé à se connaître et à partager leurs représentations et regards croisés sur la petite enfance, à partir d’actions concrètes et pensées ensemble, des mises en œuvre très complémentaires et qualitatives ont vu le jour.
Tout le monde sort gagnant d’un partage de cultures professionnelles voisines ou l’on apprend ensemble et où l’on construit des formes de « continuum éducatif » dont les enfants et leurs familles sont toujours les premiers bénéficiaires.
Quand il existe (trop rarement peut-être), ce travail en commun, dans le respect des spécificités de chaque lieu d’accueil et des missions des différents professionnels, est aussi le gage d’une meilleure lisibilité par les familles : il clarifie les objectifs et enjeux des différentes institutions, qui plus est lorsque chacun est à même d’expliciter en toute objectivité en quoi il est différent et complémentaire.

- École-parents : vers une compréhension réciproque qui permettra une réelle éducation partagée

Partenaires incontournables des enseignants de maternelle, les parents de l’enfant nouvellement scolarisé auront une place privilégiée qui leur permettra de comprendre une école en constante évolution et de partager les responsabilités éducatives dans le respect des fonctions et rôles de chacun.
L’instauration d’un dialogue de qualité et d’un partenariat équilibré favorisera l’amélioration de la vie scolaire tant pour les enfants que pour les différents acteurs de l’école, comme le précise cet extrait du guide pratique des parents Votre enfant à l’école maternelle récemment diffusé par le ministère de l’Éducation nationale : « Votre enfant vient d’entrer à l’école maternelle. Sa réussite dépend largement du dialogue qui va s’établir entre les personnels de l’école et vous, ainsi que de votre implication dans l’accompagnement de son parcours ».
Dès l’inscription de l’enfant à l’école, les enseignants attachent beaucoup d’importance à la qualité de la relation avec les parents, souvent très sensibles à ce moment de séparation d’avec leur enfant. Ces premiers moments de rencontres permettent de poser les premières pierres d’une véritable coéducation. Ils instituent par ailleurs le parent dans son nouveau statut de parent d’élève au moment même ou leur enfant va devenir élève.
Pour le tout jeune enfant, cette entrée en relation de ses parents avec les professionnels de l’école est fondamentale pour lui permettre de penser un accueil sécurisant et stable. L’enfant ne peut penser le lien entre son parent et son enseignant que s’il les a vus ensemble (intelligence sensori-motrice). Cela lui permet de voir le parent et la ou les personnes qui vont l’accueillir parler de lui dans une ambiance sereine et confiante. C’est pourquoi il est très important que les parents s’accordent du temps pour découvrir les lieux avec leur enfant et échanger avec les enseignants.
L’aménagement des espaces doit être pensé, non seulement dans leur aspect fonctionnel et dans le respect des besoins de jeunes enfants, mais aussi comme un moyen, un outil pour accueillir enfants et parents dans l’école.
Bien loin d’apparaître comme un lieu d’abandon, l’école doit apparaître à l’enfant comme un lieu de promotion où il va grandir et devenir autonome.
Progressivement, par l’instauration de rencontres et d’un dialogue régulier de qualité, le fonctionnement de l’école maternelle va devenir de plus en plus lisible pour les familles. Cette communication réciproque leur permettra de comprendre ce qui est en jeu pour leurs enfants à chaque moment de leurs parcours scolaires. Ils pourront alors d’autant mieux valoriser les réussites ou aider leurs enfants dans cette nouvelle aventure d’écolier.
La cohérence éducative autour de l’enfant nouvellement accueilli à l’école s’en trouvera renforcée et engendrera du désir d’école, de l’envie d’y retourner, du plaisir à retrouver les autres, à découvrir, agir, montrer, mener des projets… apprendre. Au final, ce premier partenariat école-familles vécu de manière harmonieuse sera fondateur de la motivation de l’élève, de son appétence à entrer dans les apprentissages.

- Des collaborations professionnelles internes pensées et construites en équipe au service des élèves

Autre gage de réussite des premières scolarisations : l’efficience des collaborations entre l’ensemble des professionnels de l’école maternelle.
Qu’il s’agisse des ATSEM ou des AVS (Auxiliaires de vie scolaire) lors d’intégrations d’enfants en situation de handicap, leur positionnement professionnel, en prise directe avec les enfants-élèves au sein même des temps de classe, suppose une cohérence et une complémentarité de grande qualité pensées en équipe avec les enseignants.
Sous l’impulsion d’un enseignant pilote du projet collectif, chacun tient son rôle, surtout si sa place est bien définie, comprise par tous et explicitée aux familles.
Loin d’être évidentes au départ, ces collaborations internes sont souvent plus intuitives que formelles et demandent à être construites en prenant appui sur les nouveaux référentiels de compétences pour le moins différents de ceux d’il y a une trentaine d’années.
La présence de ces différents acteurs de l’école maternelle, dans une dynamique de collaboration professionnalisée, saine et efficace, renforce l’intention d’un travail qualitatif au service des jeunes enfants accueillis. Ces nouvelles « figures d’attachement “secure” » permettent de garantir le passage en douceur de l’enfant à l’élève, la progressivité des apprentissages au sein d’espaces de travail sécurisants, ouverts, ludiques, dans un monde de souplesse et d’adaptation susceptibles de respecter les rythmes individuels.
Par la construction collective d’un environnement stable au sein de la classe, et plus largement de l’école, l’enfant va trouver les repères porteurs de sens capable de le rendre réceptif aux apprentissages.
Le travail de l’école réside dans l’accompagnement de l’enfant à accepter les contraintes : se séparer pour apprendre, donner sens aux activités proposées en veillant à ce qu’elles construisent la pensée, le langage, les activités réflexives ; au final, à ce qu’elles engagent l’intelligence de l’enfant. C’est à ces conditions que l’enfant deviendra élève, et c’est bien là l’affaire de tous, enseignants et non-enseignants.
Chacun se sent investi de la responsabilité d’agir pour le bien-être de l’enfant en instaurant des repères lisibles, structurés et structurants. La parole des adultes, tous véritables tuteurs de langage, sert tout autant à mettre en mots, à verbaliser et à expliciter le monde environnant, les événements, les changements progressifs… qu’à poser les limites et par conséquent à faire respecter les règles de vie. L’application de celles-ci par tous et pour tous est garantie par l’ensemble des adultes de l’école qui les « parlent ». Ces rappels quotidiens renforcent le sentiment de stabilité qui permet au jeune enfant de s’adapter à de nouvelles situations sociales (accepter le groupe, ses contraintes) ou à celles plus directement liées aux apprentissages scolaires.
La priorité, si elle est bien de garantir la sécurité de l’enfant tout nouvellement scolarisé, passe nécessairement par la définition claire du projet d’accueil. C’est en partageant et en donnant sens à ce que l’enfant vient vivre et apprendre à l’école qu’il saura qu’il y est un individu accueilli et respecté, reconnu comme personne unique. De fait, il sera mieux à même d’en supporter les contraintes, d’en respecter les règles. Le moment de l’accueil, particulièrement au début de l’année scolaire, va « dire » chaque jour ce projet par les attitudes de tous les adultes présents, leurs paroles et leurs gestes, par le cadre donné.
L’ensemble des professionnels garants de la sécurité affective, physique, physiologique, psychologique du jeune enfant accueilli contribue ainsi à le faire entrer dans un processus d’individuation qui lui permettra de s’émanciper, d’agir pour lui-même et de franchir les premières marches vers l’autonomie intellectuelle.

Thierry Vasse, Inspecteur de l’Éducation nationale
Mission Préélémentaire, Inspection académique de la Vendée.

Mise en ligne en octobre 2009.

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