Fermer la fenêtre
 
Une implication réfléchie dans des projets éducatifs locaux
 



Les intervenants extérieurs, qui ne sont pas vraiment nécessaires dans l'école et, en tout cas, pas en très grand nombre, auraient mieux à faire dans le cadre de projets d'aménagement du temps périscolaire et postscolaire.

Le temps périscolaire englobe les périodes qui entourent le temps scolaire ( 1 ) et pendant lesquelles l'encadrement des enfants est aléatoire, et souvent payant quand il est organisé. Le temps extrascolaire ( 2 ) comprend tous les jours pendant lesquels les enfants n'ont pas école. Ces temps sont, en principe, ceux de la famille mais là encore, les situations sont extrêmement contrastées selon les moyens dont disposent les parents, leur culture, leur activité professionnelle, le quartier ou le village de résidence, la proximité plus ou moins grande des grands-parents... La prise en charge va d'une organisation presque permanente du temps de l'enfant qui frôle le surmenage, jusqu'à une liberté totale qui confine parfois à une forme d'abandon. En particulier dans les zones sensibles ou dans les zones d'éducation prioritaires ( 3 ), mais pas seulement dans ces zones, c'est le moment de la vie des groupes, mais aussi celui de la constitution des bandes avec toutes les dérives que l'on connaît, et cela dès le plus jeune âge. Dans leur rapport sur les zones d'éducation prioritaires, C. Moisan et J. Simon écrivent : « Le climat qui règne autour des établissements est lourd de conséquences sur l'attitude des élèves, sur les dangers qu'ils courent, sur les dégradations multiples et sur la fatigue et les angoisses des enseignants ».

Améliorer la prise en charge des enfants pendant le temps extrascolaire apparaît bien comme une urgence absolue : les quartiers y gagneraient en tranquillité et l'école en sérénité, donc en efficacité.

La prise en charge des enfants pendant le temps périscolaire doit être améliorée là où cela est utile, mise en place là où elle ne l'est pas si elle est nécessaire et tendre vers la gratuité. Les locaux scolaires dont toutes les ressources peuvent être exploitées (cour de récréation, bibliothèque centre documentaire, salle d'informatique, salle de jeux de l'école maternelle...) peuvent accueillir les enfants, cette décision étant de la compétence du maire après avis du conseil d'école.

La présence d'enseignants doit y être renforcée afin que ce temps prolonge dans de bonnes conditions l'activité des classes. Actuellement, les enseignants peuvent être indemnisés par l'État s'ils acceptent de conduire des activités ou de coordonner, à la demande de la collectivité locale, l'action des agents municipaux ou des intervenants extérieurs dans le cadre du décret du 11 septembre 1990 ( 4 ). Des formules plus attractives sont sans doute à imaginer : une réelle rémunération en fonction des heures effectuées ou, mieux, une diminution du service d'enseignement sous forme d'une décharge partielle (une journée par semaine par exemple) pour un maître par école qui accepterait de s'investir régulièrement dans l'organisation et la coordination des activités, cette charge et le bénéfice afférent pouvant être « tournants » d'une année à l'autre à l'intérieur de l'équipe pédagogique.

Dans ce temps-là ( 5 ), il ne s'agit surtout pas de refaire l'école après l'école, même si les enfants doivent pouvoir trouver un interlocuteur disponible et compétent pour répondre à leurs besoins et à leurs interrogations sur le travail scolaire, expression qu'il convient d'encourager. Les enfants de l'école primaire ont besoin de repos (et les locaux de l'école élémentaire sont à aménager pour permettre ces moments là), de jeux libres ou organisés (jeux de société par exemple), d'activités d'expression, de lectures libres, de découvertes culturelles... Des activités mêlant les âges et favorisant des prises de responsabilité croissantes des enfants au fur et à mesure qu'ils grandissent seraient particulièrement bénéfiques pour l'éducation à la citoyenneté. Ce temps périscolaire devrait par ailleurs permettre aux enfants de rencontrer librement infirmières scolaires et assistantes sociales, lors de permanences de ces personnels encore peu présents dans les écoles et pourtant si nécessaires dans certains lieux.

Les coûts de cette prise en charge ne sont pas élevés, l'encadrement devant être de qualité sans être pour autant très spécialisé. Les aides-éducateurs constituent une ressource qu'il serait intéressant d'intégrer à la mise en œuvre du dispositif général d'aménagement du temps, leurs interventions ne créant aucun surcoût si leur temps de service est organisé de manière adaptée.

La mobilisation doit se faire aussi, et peut-être surtout, sur la question du temps extrascolaire. C'est là que gagnent à être fédérées toutes les énergies et toutes les compétences : État (ministères de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture, de l'Emploi et de la solidarité), collectivités locales, associations, afin d'offrir aux jeunes des activités propres à les intéresser. C'est sur ce temps-là que les enfants qui ne peuvent y avoir accès dans leur milieu découvrent et pratiquent des activités sportives, culturelles, technologiques, artistiques... hors de toute perspective scolaire, c'est-à-dire sans programme et sans évaluation.

Il serait sans doute judicieux d'évaluer les ressources en personnes compétentes qui interviennent déjà dans l'école et parfois abusivement, de procéder localement à une expertise précise des besoins réels des écoles et des maîtres et, en limitant au maximum le nombre des intervenants extérieurs sur le temps scolaire, de leur demander de prendre en charge les enfants en dehors du temps scolaire.

Dans ce domaine encore, les enseignants pourraient souvent jouer, s'ils le souhaitent, un rôle de coordination de l'activité des intervenants dont un certain nombre pourrait être formé à l'encadrement des jeunes enfants par des institutions bien rodées à ce type d'activité ( 6 ).

Le projet d'école (ou le projet de la zone d'éducation prioritaire, ou le projet du secteur ou du « pays » pour de petites écoles en milieu rural) doit ou devrait prévoir l'organisation de la journée et fonder le choix des activités à offrir aux enfants dans le cadre du temps périscolaire et du temps extrascolaire. Les professionnels de l'éducation sont en bonne place pour effectuer le diagnostic des besoins majeurs et les usagers et partenaires de l'école (parents et élus), qui débattent en conseil d'école, ont des droits légitimes à apporter une contribution à cette analyse et aux propositions. Les familles doivent toutes être informées des propositions d'activités et des règles selon lesquelles elles sont organisées ; l'accès devrait tendre à la gratuité pour les familles défavorisées.

L'école ainsi complétée est elle-même un lieu de vie et un lieu de rencontres tout en restant un lieu de travail.


Jean Ferrier, inspecteur général

Améliorer l'efficacité de l'école primaire
Rapport remis à la ministre Ségolène Royal en juillet 1998



( 1 ) La prise en charge peut aller jusqu'à une heure le matin, deux heures entre la fin de la classe du matin et le début de celle de l'après-midi, une heure d'études surveillées ou / et un temps plus long de « garderie ». Le jour où il n'y a qu'une demi-journée de classe, cette durée peut être beaucoup plus longue et dépasser les six ou sept heures. Au total, sur une année, le temps correspondant avoisine probablement 700 heures.

( 2 ) Globalement, ce temps extra-scolaire difficile à estimer représente entre 3 160 et 4 260 heures, dont on pourrait considérer que la moitié est prise en charge par les familles. C'est dire le « gisement de temps »  (autour de 1 500 à 2 000 heures) pendant lequel les enfants - et les adolescents pour lesquels le problème n'est pas moins aigu, mais l'on s'en tiendra ici aux élèves de l'école primaire - sont livrés à eux-mêmes. On mesure le nombre d'emplois de proximité qui pourraient être créés pour répondre à cette nécessité dans une période où l'un des problèmes majeurs que le gouvernement a à résoudre est celui de l'emploi.

( 3 ) Inspection générale de l'Éducation nationale, Inspection générale de l'administration de l'Éducation nationale : Les déterminants de la réussite scolaire en zone d'éducation prioritaire. Septembre 1997.

( 4 ) Décret n° 90-807 du 11 septembre 1990 - Institution d'une indemnité pour activités péri-éducatives en faveur des personnels enseignants des écoles, collèges, lycées et établissements d'éducation spéciale et des personnels d'éducation - Article 3 : « Les activités pouvant donner lieu à l'attribution de l'indemnité instituée par le présent décret sont destinées à assurer l'accueil et l'encadrement des élèves en dehors des heures de cours. Elles correspondent à des activités ayant un caractère sportif, artistique, culturel, scientifique ou technique, ou qui contribuent à la mise en œuvre des politiques interministérielles à caractère social. (...). Le projet d'école ou d'établissement doit prévoir ces activités ».

( 5 ) On notera que le temps de l'interclasse (après le repas) n'est pas un moment propice pour les activités sportives et que celles-ci, pratiquées à ce moment-là - souvent du seul fait que les équipements sont alors disponibles - risquent fort de générer une fatigue préjudiciable aux activités qui suivent.

( 6 ) On pense, par exemple, aux C.E.M.E.A. (centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active).