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Aider les gauchers (ces enfants qui écrivent de la main gauche) : appel à contributions


  
Souvenirs d’école
À une époque révolue, les années 60, celle où je fréquentais les bancs d’une école maternelle de l’Est parisien, une habitude voulait que tous les élèves fassent le même travail au même moment de la même façon et de la même main, donc. J’étais gaucher (je le suis toujours, je vous rassure) et je remercie mes parents d’avoir alors refusé que l’on me « contrarie », c’était le terme dévolu à l’époque.
En grande section, j’ai le vague souvenir d’avoir dû présenter mon cahier salement taché à la classe d’à côté. Nous écrivions à la plume, et l’encrier, placé à droite ou au centre de la table où nous étions assis par deux, m’obligeait à transporter le porte-plume plein d’encre au-dessus de mon cahier, imaginez le risque... Plaf, de temps en temps, une goutte d’encre venait colorier mon travail... Le porte-plume en place, il fallait alors écrire tout en faisant attention à ne pas passer la main dedans... Pourtant, je vous jure, je m’appliquais. Je ne devais pas être un mauvais élève puisque l’on me fit sauter le CP, puis redoubler le CM2 car je n’étais pas encore assez mûr (le suis-je d’ailleurs devenu ?)... L’invention du stylo à bille a été pour moi une invention de génie.

Le regard sur les gauchers
Et pourtant, notre civilisation est assez malveillante avec les gauchers, au point de pouvoir leur donner quelques complexes : on dit qu’être gauche c’est être maladroit, se lever du pied gauche, mettre de l’argent à gauche, se marier de la main gauche, passer l’arme à gauche, le diable (paraît-il) est assis à la gauche de Dieu, etc.

Fraternité
Je me suis adapté avec succès aux changements de vitesse et au frein à main placé à droite dans ma voiture et c’est pour moi (presque) un plaisir de payer aux péages des autoroutes : je vous promets que lorsqu’un droitier maladroit, garé devant moi, rate son lancer de pièces, je ne le klaxonne jamais...
Aujourd’hui, j’écris facilement au stylo-plume et je me sers de mes talents de gaucher pour mettre la pression sur mes adversaires au tennis, m’excusant par avance des balles coupées que je vais envoyer (je ne cours plus aussi vite après la balle...).
Est-ce ceci qui m’a fait devenir un militant de la pédagogie différenciée ? J’ai longtemps aidé les jeunes enseignants et je ne manquais jamais une occasion de faire remarquer les enfants écrivant de la main gauche et leurs techniques pour écrire : certains tordaient la main, d’autres tournaient leur cahier, d’autres n’utilisaient pas de cahiers avec de grosses spirales. Nous avons souvent imaginé des aides pour ces enfants qui écrivent de la main gauche : par exemple, au CP, écrire le modèle d’écriture à la droite du cahier, de façon à ce que ces élèves puissent s’y référer facilement
En intervenant dans les stages, j’ai remarqué que sur vingt personnes, nous étions toujours deux ou trois gauchers, ceci correspondant aux statistiques.
Il n’y a pas les gauchers et les droitiers, les droitiers sont toujours (heureusement pour eux !) un peu gauchers...

L'objectif du dossier
Construire ensemble une fiche méthodologique afin d’aider les jeunes enfants écrivant de la main gauche à réussir.
Nous souhaitons recevoir des témoignages certes, mais aussi de bonnes idées de pédagogie d’aide.
Le dossier sera mis à jour au fur et à mesure des propositions.
Michel Peltier (CNDP)
3 février 2005

Lire l’article « Le mythe du gaucher » par Adelaïde Ribert-Géraudel paru dans la revue Sciences & Vie Hors série n° 227 (fichier PDF – 370 Ko).

Bonjour,
Je suis maman d'un petit garçon qui est ambidextre. Après différents rendez-vous chez des spécialistes (psychologue et psychomotricien), il s’est avéré que mon petit garçon à préférer écrire de la main gauche. Actuellement, il est en classe de CE1 et a d'énormes difficultés pour écrire. Nous avons peut-être trouvé une solution : nous avons remplacé le fameux stylo bille par un feutre fin. Après quelques exercices à la maison, il est vrai que son écriture s'est nettement améliorée. Maintenant, il faut convaincre sa maîtresse qu'il doit utiliser un feutre en classe (d'après mon fils, il n’en a pas le droit).
À bientôt.
Nadia Djebari
18 février 2005

Bonjour !
Je prépare le concours de professeur des écoles cette année et je suis très intéressée par le dossier « Aider les gauchers ». Née en 1977, j'ai eu la chance de ne pas être contrariée dans ma « gaucherie » ni à l'école, ni au sein de ma famille.
Pour l'instant, je n'ai que mon témoignage à offrir et peut-être une piste (peut-être déjà éventée mais on ne sait jamais...) : il me semble que les américains et les canadiens ont étudié ce sujet. Je n'ai pas de références précises, juste des aperçus lors de deux voyages en Amérique du Nord. Actuellement assistante documentaliste au Centre de recherche documentaire de l'IUFM de Créteil-Bonneuil, j'ai fait une liste des ouvrages pédagogiques du CRDP traitant de la question.

Voir la bibliographie sélective.

Yasmine Servera
20 février 2005

J'ai découvert la méthode d'apprentissage de l'écriture de Danièle Dumont qui vaut aussi bien pour les droitiers que pour les gauchers. Vous pouvez lire des témoignages d'enseignants(tes) sur son site: http://danieledumont.monsite.wanadoo.fr.
Bonne découverte !
Pascale Labaune
13 mars 2005

Bonjour,
La question soulevée est d’autant plus intéressante que, si je relis bien l’ensemble des messages, elle ne porte pas spécifiquement sur les gauchers mais sur « les enfants écrivant de la main gauche ». Ce qui n’est effectivement pas la même chose.
La perception du transfert du problème de la latéralité sur celui des habitudes graphiques donne un éclairage particulier à la question. Cette perception met en évidence qu’il peut effectivement y avoir discordance entre la latéralité et les habitudes graphiques. Par là même elle met en évidence la question fondamentale : l’enfant est-il gaucher ou écrit-il de la main gauche sans être gaucher ?

Selon la réponse, la difficulté à affronter diffère :
- dans le 1er cas (enfant gaucher), il s’agit d’aider un enfant à utiliser correctement une main scriptrice peu favorable au bon déroulement de notre écriture cursive occidentale ;
- dans le 2e cas (enfant droitier ou ambidextre à dominante manuelle droite), il s’agit d’aider l’enfant à revoir son mode d’écriture pour utiliser la main qui lui est favorable.
Ce constat met à jour la nécessité de tester les enfants afin de proposer à chacun l’usage de la main qui lui convient le mieux. Afin que les résultats ne soient pas biaisés par la recherche – consciente ou inconsciente – de la réponse à donner, je suggère de ne pas placer l’enfant en situation de test, c’est pourquoi j’ai créé un test de latéralité sur la base d’observations à faire en classe sans attirer l’attention de l’enfant1.
L’usage de la main gauche dans les premières activités graphiques n’est pas exceptionnel chez les droitiers. L’usage de la main peut être en effet influencé par divers facteurs : l’identification à un parent, une sœur ou un frère gaucher, le fonctionnement en miroir face aux enfants assis à la même table, le démarrage des activités graphiques au moyen de stylos feutres dont l’enfant garde le capuchon dans la main droite…
Si la question de l’identification est plus une affaire familiale, celle de l’effet de miroir et du choix du stylo est aussi du ressort de l’école. Y veiller est une nécessité, mais ce n’est pas une condition suffisante pour que l’enfant utilise la main adaptée à sa propre latéralité.
En apprenant à l’enfant à connaître sa droite, on facilite le choix de la main scriptrice car l’enfant sait alors désigner sa main droite puis sa main gauche. Cet apprentissage se fait très facilement dans les groupes classes dès la TPS2 en prenant appui sur tous les types d’encodages mnésiques, à la condition toutefois de ne pas créer de surcharge cognitive en annonçant l’objectif3.
Dans l’attente de la connaissance de la latéralité de l’enfant, les exercices de positionnement des doigts peuvent être faits des deux mains. Selon la modélisation de l’apprentissage de l’écriture que j’ai créée4, la première activité de développement des compétences kinesthésiques destinées à mettre en place la gestion dynamique de l’espace graphique5 se fait aussi à deux mains. Donc que la latéralité ne soit pas nettement déterminée à ce stade des apprentissages n’est pas une gêne.
Que les premières activités graphiques se fassent sans outil scripteur ainsi que je le propose pour aider au bon positionnement de la main et au bon positionnement des doigts sur le crayon est également une aide dans la fixation de la latéralité. Si l’enfant droitier a commencé des gribouillages de la main gauche, il acceptera plus facilement de faire de la peinture à doigts de la main droite que de changer de main lorsqu’il tient un crayon. C’est donc par réinvestissements successifs des compétences qu’il sera peu à peu amené à utiliser la main droite.
Quid des gauchers ? Les gauchers profiteront de la latéralisation du groupe classe pour apprendre eux aussi à se repérer, en commençant par la reconnaissance de leur main droite comme tous les enfants. Dans le processus proposé ci-dessus, rien ne perturbe leur latéralité : ils feront la peinture à doigts de la main gauche et apprendront ainsi à placer correctement leurs doigts sur le crayon et leur main sur la feuille, main et crayon étant placés dans l’axe de l’avant-bras de même que la feuille6 qui sera un peu plus inclinée que celle des droitiers pour une meilleure lisibilité. Les droitiers gagnent en effet à incliner leur feuille sensiblement mais pas rigoureusement dans l’axe de l’avant bras.
Et quid des enfants qui écrivent mal de la main gauche ? Il me semble utile de vérifier l’adéquation entre la latéralité et la main scriptrice dès qu’un enfant écrit mal de la main gauche, ceci quel que soit son âge. Les relatéralisations se font à tout âge. Si l’enfant est encore en maternelle, le processus décrit ci-dessus peut se mettre en place collectivement si plusieurs enfants sont concernés. Sinon, qu’il ait de grosses difficultés d’accès à l’écriture en maternelle ou des difficultés d’écriture plus tard, le gaucher dysgraphique peut entreprendre une rééducation d’écriture, sachant toutefois qu’un cahier d’écriture proposant un travail du geste et de l’espace des interlignes peut venir à bout de nombre de dysgraphies au CP.
En ce qui concerne la mauvaise position de la main et des doigts du gaucher au-delà de la maternelle, du coloriage fait chaque jour dans la position décrite, poignet bien en contact avec la table, crayon pincé entre la pulpe du pouce et le côté de la dernière articulation du majeur et guidé par l’index, peut y remédier, sinon il est préférable d’envisager une rééducation en écriture.
Danièle Dumont,
Rééducatrice en écriture, formatrice en pédagogie de l’écriture.
14 mars 2005

Pour en savoir plus :
http://www.daniele-dumont.com
http://danieledumont.monsite.wanadoo.fr

J'ai simplement lu le message de Michel Peltier concernant un projet de dossier pour aider les gauchers. Je ne pourrais apporter ma pierre à l'édifice, n'ayant pas encore été confrontée à ces difficultés, bien que ma petite fille de 3 ans semble être gauchère, puisqu'elle utilise sa main gauche pour de nombreuses activités, dont le dessin. Mais je voulais simplement témoigner mon intérêt pour cette démarche, qui intéressera vivement l'association de parents dont je suis membre, et qui essaie de soutenir les élèves en difficultés dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.
J'aimerais être tenue au courant de l'évolution de ce projet, si c'est possible. J'imagine qu'à ce jour rien de concret n'a encore pu être mis au point (le message de Monsieur Peltier datant de février...) ?
Merci.
Stéphanie Herfurth
17 mars 2005

Bonjour,
Heureuse de voir qu'il y a des sites qui s'intéressent aux gauchers. La vie quotidienne n'est pourtant pas faite pour eux. Je suis née dans les années 70 et j'ai eu la chance que l'on me laisse écrire de la main gauche à l'école ; avec cependant un bémol, puisqu'à la maternelle, lors de l'apprentissage de l'écriture, j'ai commencé à écrire de droite
à gauche !
Tout de suite, j'ai eu des cours de rééducation pour corriger cela. Aujourd'hui, je pense avoir une belle écriture ; car c'est vrai que je m'entends souvent dire : « Tu as une belle écriture pour une gauchère ! ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Le gaucher est-il voué à une écriture « gauche » ?
Désormais, mon réflexe serait encore d'écrire de droite à gauche, ce qui m'arrive de faire pour « épater » mes collègues. En effet, mon écriture se lit dans un miroir ! Ceci est vraiment naturel pour moi et sans aucune difficulté !
Sandrine Galerme (Reims)
25 mars 2005

Nouvellement retraitée mais ayant enseigné durant de nombreuses années et suivi beaucoup d’étudiants à l'école normale puis à l'IUFM, voici quelques aides simples qui ont porté leurs fruits :
- veiller aux tables doubles : gaucher et droitier peuvent être côte à côte mais avec leur main motrice côté extérieur et non intérieur ;
- pour les gauchers, placer les modèles d'écriture soit sur la ligne au-dessus, soit sur un papier à part (le modèle placé à droite peut entraîner certains enfants à écrire de droite à gauche) ;
- valoriser tous les résultats positifs (en écriture, en dessin, en motricité) en faisant remarquer que la main gauche est aussi adroite que la main droite ;
- enfin et surtout, lorsque les résultats ne sont pas satisfaisants, discuter avec l'enfant pour trouver où se situe la gène (penser qu'il peut y avoir de fortes corrélations entre l'œil le plus dominant, l'oreille la plus sensible et le pied le plus porteur) ; la latéralité du corps passe par différentes parties et la prise de conscience de cela peut amener l'enfant et les adultes à rechercher ensemble des solutions ;
- aider un enfant à utiliser dans certains cas la main, l'œil, l'oreille ou le pied droit peut lui permettre de devenir ambidextre, ce qui peut être un avantage (il faut quand même penser que certaines situations dans la vie quotidienne sont plus aisées pour les droitiers).
Donc aidons les gauchers à passer ces difficultés. 
Arlette Weber,
institutrice maître formateur retraitée
(Champigny-sur-Marne)
15 avril 2005

Bonjour,
Je garde un souvenir mitigé du temps où l'institutrice m'attachait la main gauche derrière la chaise pour me forcer à écrire de la main droite. Il me semble aujourd'hui que la plus grande violence n'était pas tant de me refuser le droit d'écrire de la main gauche mais plutôt d'ériger en tare aux yeux de mes pairs ce qui était de l'ordre de la différence physiologique.
Un D.E.S.S. de marketing, un diplôme d'éducateur et un D.U. de soins palliatifs plus tard, je me dis que cette expérience m'a finalement ouvert les yeux sur une qualité de présence à l'autre à laquelle je serais peut-être moins sensible si tout avait toujours été comme sur des roulettes.
Je serais très heureux de poursuivre ce dialogue et vous dis à bientôt.
Paul Roy
16 juin 2005

Bonjour, je suis maman d'un petit garçon de 3 ans et demi. L'enfant ne sait pas encore avec quelle main il doit dessiner mais il se sent plus à l'aise avec la main gauche. Je m'inquiète un peu, j'ai l'impression qu'il est en retard par rapport à son âge. Ma question est la suivante : que faut-il faire pour l'aider ? Est-ce le fait qu'il soit gaucher ?
Nadia Boumahdi
23 juin 2005

Consulter un site sur les gauchers : http://www.lesgauchers.com/default.php

Mon enfant est gaucher. Est-ce que l'apprentissage de la lecture et de l'écriture en seront affectés ? Faut-il choisir des méthodes spécifiques pour ces apprentissages essentiels ? J'aimerais recevoir des témoignages d'enseignants ayant été sensibilisés à ces problèmes.
Merci.
Michèle Laurent
24 novembre 2005

Je vous conseille également la lecture instructive de La vie secrète des gauchers de Suzanne Déry aux Éditions Stanké Quebecor Media, Canada, 2002.
Suzanne Morin, Montréal
6 janvier 2006

Bonjour,
J'ai eu grand plaisir à lire le texte de Michel Peltier, me reconnaissant parfaitement à travers ces quelques lignes : je suis également gauchère, de la même génération, et fille d'une gauchère « contrariée » qui a tenu ferme face à mes institutrices qui voulaient me « normaliser » ! (j'ajouterai même au paragraphe « regard sur les gauchers » que gauche en latin se traduit « sinister, sinistra » !!!).
J'ajouterai quelques caractéristiques qu'il m'a semblé être récurrentes chez de nombreux adultes gauchers : la capacité à lire et écrire « dans tous les sens », de droite à gauche, lire une feuille posée pour quelqu'un placé en face de soi (à tel point que, lorsque je me trouve devant une porte vitrée sur laquelle sont écrits « poussez » et « tirez », je lis aussi spontanément l'un que l'autre et j'effectue une des deux actions « au pif »)... et la difficulté à nommer la droite et la gauche. Serait-ce dû à des repères qui nous ont été donnés dans notre enfance : mélange de repères externes « vers la porte » et de repères internes « la main "tire" le crayon » ?
Je suis d'ailleurs surprise de constater que je repère très rapidement un gaucher dans un groupe car il ne me paraît pas « normal » et que je ne me vois pas, moi, comme une gauchère (l'habitude de voir les autres « en miroir » ?).
Au niveau méthodologique, il me semble avant indispensable que le gaucher incline sa feuille vers la droite de manière à garder une bonne mobilité de l'avant-bras.
Je ne donne pas de repères externes, ni internes, mais des repères symbolisés sur la feuille (point, flèche...).
Au niveau du modèle, je fais en général un modèle à gauche, au-dessus de la ligne d'écriture.
Quand il s'agit de reproduire une disposition d'objets dans un quadrillage, par exemple, je prépare, pour les gauchers, un modèle à droite.
Bien que l'on s'éloigne un peu du sujet de l'écriture, je souhaiterai aussi souligner le problème du découpage : ayant appris à découper avec des ciseaux de droitiers dans mon enfance (les gauchers étant alors plutôt mal vus, il n'existait bien entendu pas de ciseaux pour gauchers), il m'est actuellement impossible de découper avec des ciseaux pour droitiers (il faut regarder de l'autre côté de la lame, ce qui impose une tenue des ciseaux et une coordination oculo-manuelle très différentes). J'ai donc actuellement fait le choix, pour mes élèves gauchers (débutant le découpage), de leur fournir des ciseaux de droitiers estimant que cette activité étant nouvelle, ils s'adapteraient, alors que leur apprendre avec des ciseaux de gauchers les contraindraient toute leur vie à n'utiliser que des ciseaux pour gauchers.
Dans l'attente de lire d'autres réactions.
Martine Pillot, institutrice (Saint-Lunaire)
9 mai 2006

Précautions pour apprendre à écrire à un gaucher
L’enfant droitier et l’enfant gaucher ne font pas les mêmes mouvements : le premier tire l’outil scripteur dans le sens de l’écriture, le second le pousse. Les gestes et les appuis de l’enfant gaucher sont différents ; son bras est moins libre dans ses déplacements vers la droite que celui du droitier, la main a tendance à prendre en charge à la fois l’aspect cursif et l’aspect calligraphique de l’écriture. Il doit être assis de préférence à gauche d’un droitier. Afin d’éviter le balayage et le masquage par la main de ce qui vient d’être écrit, on peut lui proposer d’incliner la feuille vers la droite ; le bras légèrement en avant du corps peut entraîner alors la main. Le modèle est placé à droite de manière à ce qu’il puisse l’observer pendant qu’il écrit.
L’enseignant encourage l’élève gaucher à rechercher la position la plus favorable pour concilier confort et lisibilité, à adapter la tenue de l’instrument scripteur (une pince plus haute peut être essayée) et à utiliser, pour commencer l’apprentissage, l’outil avec lequel il est le plus à l’aise. L’important est d’aider l’enfant gaucher à trouver le meilleur système.
Extrait du document d'accompagnement
des programmes 2006 Le langage à l'école maternelle (page 111)

Bonjour,
J'ai 45 ans et la seule chose que je fasse vraiment de la main droite, c'est écrire...
Je suis entrée dans l'enseignement depuis quatre ans et mon écriture catastrophique (j'aime les choses poussées à bout et je suis artiste aussi, avec des études supérieures en arts à l'étranger) me gêne beaucoup, je trouve peu de cohérence à mes remarques aux élèves (heureusement qu'ils doivent peu écrire puisque j'enseigne les arts plastiques).
J'utilise la main gauche pour dessiner, peindre, parfois les deux... Mes outils de sculpteur se tiennent dans la main gauche, comme la raquette de tennis, le ballon au bout du pied gauche, etc. La liste – oh combien longue – est fastidieuse et inutile, je la clorai de façon brève par ma monture qui, lorsque j'ai appris à monter à cheval, avait le bon goût de bien vouloir tirer à gauche, ce qui m'arrangeait bien pour la voltige (d'ailleurs, sur mes patins à roulette, je prenais mes virages dans le « mauvais » sens...). Me rappelant ma vie de gauchère à l'école, les affres des traits à tirer à la ligne avec mon porte-plume dans la main gauche, les gouttes qui tombent sur la feuille et le double décimètre où je dois déduire les centimètres pour le calcul (sans compter des additions et du sens de lecture des nombres) me remontent en mémoire de façon gênante. Du coup, le sens des aiguilles d'une montre, les points cardinaux, la marge à gauche, le crayon qui perd la gomme, tout me revient...
J'ai donc décidé, à mon grand âge, de réapprendre à écrire de la main gauche, chose que j'ai toujours faite quand mon poignet droit me fait trop mal ou, lorsque j'étais enfant, à écrire « en miroir » lorsque je me sentais trop fatiguée.
J'en suis aux balbutiements. Y a-t-il une méthode ?
Maman pensait nous rendre service (nous sommes trois sur six à être gauchers) en nous apprenant à écrire de la main droite, de façon à nous faciliter la vie sociale.
J'ai beaucoup de souvenirs sur l'utilisation de la main ou du pied, mon œil droit semble être le dominant, seulement je ne sais cligner que le gauche (ce qui dans ce cas-là m'arrange). 
J'aimerais pouvoir échanger avec des arabes au sujet du sens de leur graphie : que se passe-t-il entre droite et gauche ?
Je précise que je ne suis pas malheureuse mais revendicatrice. Simplement, je souhaite tirer le meilleur de moi-même et retrouver goût à l'écriture en fait partie (vive le clavier ! La souris est à gauche mais je l'ai laissée configurée pour un droitier. Le piano m'a appris à être conciliante...).
Bien gauchèrement,
Hélène Martin
12 octobre 2006

Bonjour,
Je tombe par hasard sur votre site qui me touche particulièrement. Je suis maîtresse de CP, gauchère moi-même. Cette année, j'ai quatre gauchers dans ma classe sur un nombre total de vingt-quatre élèves. J'applique la méthode de Danièle Dumont, découverte à l'IUFM et qui fait ses preuves chaque année dans ma classe. Mes élèves ont tous une très belle écriture, très aisée et rapide !
Je les fais écrire au stylo plume. Cet outil scripteur les force à trouver la bonne position de la main et des doigts et les incite à soigner leur travail. Mais il est vrai que cela oblige les gauchers, qui avaient une mauvaise position de la main, à se rééduquer (j'ai notamment une gauchère qui tenait son crayon avec l'index et le majeur appuyés sur l'ongle du pouce !). Nous essayons de trouver une politique commune avec les maîtresses de maternelle, mais sur quatre collègues, il n'y en a qu'une seule qui applique la même méthode que moi (et qui a d'ailleurs travaillé avec Danièle Dumont). Pour cette élève, j'ai bien noté le petit exercice de coloriage quotidien que je vais appliquer dès demain... Merci Madame Dumont !!
Pour finir, je précise que je n'apporte délibérément aucune aide particulière aux gauchers. Sachant que la main doit se positionner sous la ligne avec le cahier incliné, les gauchers doivent pouvoir lire le modèle d'écriture à gauche comme le reste de la classe. Je m'efforce simplement de toujours préciser le sens du tracé, par exemple lorsqu'on tire un trait à la règle.
Je les incite également à découper de la main droite (ce que je fais depuis toute petite par la force des choses) en leur disant que lorsqu'ils n'auront pas leur propre matériel à disposition, ils seront bien contents de pouvoir découper avec des ciseaux de droitiers. Je suis d'ailleurs fondamentalement contre l'utilisation d'outils spécialement dédiés aux gauchers. Nous pouvons nous adapter sans problème, l'important étant de cultiver cette capacité d'adaptation qu'ont tous les jeunes enfants. En effet, pourquoi vouloir être « gauche » à tout prix ? Le levier de vitesse ou la pratique de la guitare nous le feraient regretter amèrement.
En tout cas, je vous remercie d'aborder ce sujet tellement sensible pour les parents qui croient qu'avoir un enfant gaucher est un problème, alors que c'est un atout pour lui.
B. Pradon
1er décembre 2006

Bonjour,
Je suis heureuse de lire un courrier d'ambidextre. Je ne suis pas droitière, les droitiers vous le diront, mais je ne suis peut-être pas si gauchère que cela non plus. Je ne suis pas non plus ambidextre : je ne sais pas utiliser indifféremment mes deux mains. Je suis ambimane : j'utilise parfois la main gauche, parfois la main droite. Exemple sur l'écriture : je fais mes brouillons de la main droite, mais pour la version propre ou bien structurée, j'écris de la main gauche. Et puis ça évolue aussi avec le temps : j'ai fait mes années de primaire de la main gauche (sauf pour la réécriture à l'effaceur avec la main droite), mon secondaire exclusivement de la main gauche, et je suis repassée de la main droite en licence : ça m'a beaucoup aidé à accélérer mon travail en droit (pour les plans des dissertations), en comptabilité et finance (pour la rigueur).
Je lis et j'écris dans les deux sens... Mais pourquoi diable veut-on à ce point se latéraliser ?
Passé les problèmes techniques (ciseaux, poignées de porte, spirales des cahiers et crayons), le plus compliqué et le plus intéressant pour l'enfant me semble être de chercher comment tirer partie de la situation : et si c'était une chance ?
Cécile Pellois
5 décembre 2006

Bonjour,
Née en 1977, j'ai un souvenir bien mitigé de mon apprentissage de l'écriture. Je ne savais pas quelle main choisir pour écrire, on m'a influencé, en disant « tu écris mieux de la main droite, ce sera la droite ! » J'ai écouté, j'ai suivi les conseils comme un petit mouton, alors que dans le fond je ne savais pas encore quelle main choisir... J'arrivais pourtant à écrire des deux mains...
Du coup, j'ai écrit de la main droite, mais j'ai toujours très mal écrit et n'était pas très adroite.
Aujourd'hui, j'arrive à dessiner de la main gauche, et ce beaucoup mieux que de la droite… Je peux jouer du piano en ayant la même aisance main gauche, main droite...
Je garde cependant un mauvais souvenir de tout ça, le fait qu'on m'ait influencé (je ne peux pas dire forcé, mais simplement influencé, on a choisi à ma place).
Pourquoi ne pas m'avoir dit à l'époque : « tu feras ton choix plus tard. Écris avec la main que tu veux, au moment où tu le veux » ?
Aurélie Soulier
4 janvier 2007

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