Préparer un travail de recherche sur la Résistance
Source du document : Fondation de la Résistance
Avant de s’engager dans un travail de recherche sur le thème proposé cette année il est nécessaire de connaître les particularités de la Résistance, tant du point de vue des sources disponibles et de leur spécificité, qu’en ce qui concerne sa définition.
S’informer sur la Résistance et sur son contexte historique
Tout d’abord se familiariser avec le contexte de la Seconde Guerre mondiale et l’histoire de la Résistance est indispensable avant d’entreprendre une recherche plus précise. Outre les pages du manuel scolaire consacrées à la période, les élèves pourront consulter...
soit de petits ouvrages qui leur sont directement destinés
sur la France dans la Seconde Guerre mondiale :
- Rousso (Henry), Les Années noires. Vivre sous l’Occupation, Gallimard Découvertes, 1992
- Kemp (Anthony), 1939-1945. Le Monde en guerre, Gallimard Découvertes, 1995
- Abzac-Epezy (Claude d’), La Seconde Guerre mondiale, Armand Colin, 1999
sur l’histoire de la Résistance :
- Copernik (Pierre), L’ABCdaire de la Résistance, Flammarion, 2001
- La Résistance. Ces Français du refus, Textes et documents pour la classe n° 750, CNDP,1998
- Aubrac (Raymond), La Résistance, F. Hazan, 1997
soit approfondir la question à l’aide de quelques outils et de manuels du premier cycle universitaire :
- Durand (Yves), La France dans la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1945, A. Colin, 1993
- Azéma (Jean-Pierre) et Bédarida (François) (dir.), La France des années noires, Seuil, 1993
- Muracciole (Jean-François), Histoire de la Résistance en France, Puf, « Que sais-je ? », 1993
Par ailleurs, la visite des musées de la Résistance et de la Déportation, dont les plus importants sont dotés d’un service éducatif, apportent les éclairages nécessaires à la préparation du concours.
Enfin, il convient d’avoir à l’esprit une définition générale et claire de la notion de « résistance », savoir qu’elle est une réponse à une situation subie: l’occupation allemande, le régime de Vichy, le nazisme. Depuis une dizaine d’années, les recherches entreprises par des historiens ont largement contribué à renouveler l’historiographie et l’approche du phénomène de la Résistance. Pour une définition de la résistance, retenons celle qu’en donne François Marcot dans un article intitulé « Pour une sociologie de la Résistance : intentionnalité et fonctionnalité ».
« Nous définirons la résistance comme un combat volontaire et clandestin contre l’occupant ou ses collaborateurs afin de libérer le pays. Résister, c’est réagir. On ne peut qualifier de résistance un sentiment ou une réflexion intellectuelle. On ne résiste pas “dans sa tête”, la résistance est une action. Comme mouvement social, la Résistance ne peut se confondre avec les organisations qui la composent. […] Nous proposons d’adopter une conception globale de la Résistance, composée de deux cercles concentriques, aux limites floues : une Résistance-organisation, qui ne comprend de toute évidence qu’une toute petite minorité, et une Résistance-mouvement, phénomène social beaucoup plus vaste. Celle-ci englobe tous ceux qui ont mené des actions individuelles et tous ceux dont les actes de solidarité ont été essentiels à la Résistance organisée1. »
Ainsi, étudier les formes de l’engagement des jeunes dans la Résistance, c’est s’intéresser autant à leur participation aux organisations structurées (les réseaux apparus dès l’été 1940, les mouvements ou les maquis) qu’aux rédacteurs et diffuseurs de tracts et de journaux clandestins, aux multiples activités à caractère civil (manifestations, propagande, liaisons, aide aux prisonniers de guerre, aux résistants, sauvetage des persécutés, passeurs) ou militaire (renseignement, actions armées, Corps-francs, sabotages).
Diversité et confrontation critique des sources
Comme toute histoire, celle de la Résistance repose sur des sources que la clandestinité et les nécessaires règles de sécurité ont rendu à la fois parcellaires et diverses. Distinguons, pour plus de facilité, les documents rédigés et diffusés pendant la clandestinité, de ceux recueillis et élaborés depuis la fin de la guerre.
Les documents de la période de l’Occupation (1940-1944)
D’abord la presse clandestine est certainement une des « matières premières » les plus facilement consultables pour aborder une étude sur les jeunes dans la Résistance. Certains journaux clandestins ont été créés et rédigés par des groupes de jeunes étudiants (Défense de la France, par exemple), d’autres issus de mouvements de Résistance parlent de la jeunesse ou s’adressent à elle. Il ne faut pas non plus négliger les tracts, les papillons, distribués dans les lycées et les universités, en particulier à l’occasion de célébrations nationales (le 11 novembre 1940). Quatre ouvrages proposent de nombreux extraits de la presse clandestine :
- Bellanger (Claude), La Presse clandestine 1940-1944, Armand Colin, 1961
- Bellanger (Claude), Gochedot (Jacques), Guiral (Pierre) et Terrou (Fernand) (dir.), Histoire générale de la presse française, tome IV : de 1940 à 1958, Puf, 1975
- Marcot (François), Les Voix de la Résistance. Tracts et journaux clandestins francs-comtois, Besançon, Cêtre, 1989.
- Cordier (Daniel), Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, tome 3 : De Gaulle capitale de la Résistance. Novembre 1940-décembre 1941, J.-C Lattès, 1993
Par ailleurs des collections entières de journaux clandestins ont été republiées sous la forme de fac-similés. Les lettres et les messages d’adieu envoyés par de jeunes résistants à leurs parents ou leur famille avant d’être fusillés, outre qu’ils constituent un témoignage fort et émouvant, reflètent aussi les motivations de leur engagement.
- Lettres de fusillés, préfacées par Lucien Scheler, Éditions France D’abord, 1946
- Borwicz (Michel), Écrits des condamnés à mort sous l’Occupation nazie (1939-1945), Gallimard, 1996
Enfin, il ne faut pas négliger les sources émanant de l’administration de Vichy, ainsi que les sources allemandes.
Documents postérieurs à la période de l’Occupation
La recherche de témoignages oraux auprès d’anciens résistants doit pouvoir retracer les motivations, les facteurs et les valeurs qui les ont amenés à s’engager dans la Résistance. Ces témoignages peuvent aider aussi à restituer le vécu de ces jeunes résistants, leurs sentiments, ce qu’ils éprouvaient quotidiennement.
On peut également s’appuyer sur les témoignages et les récits écrits (publiés ou non) par de nombreux résistants après la guerre.
Cependant la mémoire et les souvenirs sont fragmentaires, ils sont une reconstitution et une reconstruction des faits. Il est donc nécessaire de recouper les témoignages avec d’autres sources, afin de vérifier les faits. Après la guerre de nombreuses associations ou amicales ont cherché à prolonger les organisations créées dans la clandestinité. La plupart de ces associations publient régulièrement des bulletins, des petits journaux. Ces publications constituent également une source précieuse à consulter : elles permettent, notamment à travers les rubriques nécrologiques, de retracer des parcours individuels. Elles donnent aussi une information sur la mémoire que ces associations veulent transmettre.
Enfin il ne faut pas négliger la presse nationale, locale (hommages, discours), ainsi que les plaques commémoratives, les stèles et les monuments qui racontent parfois la vie des résistants.
Évidemment l’esprit critique doit s’exercer, toutes ces sources doivent être mises en relation, confrontées, pour reconstituer dans un récit des parcours, des « tranches de vie », des biographies.
« Toutes les méthodes critiques visent à répondre à des questions simples. D’où vient le document ? Qui en est l’auteur, comment a-t-il été transmis et conservé ? L’auteur est-il sincère ? A-t-il des raisons, conscientes ou non, de déformer son témoignage ? Dit-il vrai ? Sa position lui permettait-elle de disposer de bonnes informations ? Impliquait-elle des biais ? Ces deux séries de questions sont distinctes : la critique de sincérité porte sur les intentions, avouées ou non, du témoin, la critique d’exactitude sur sa situation objective. […] De ce point de vue, la distinction classique entre témoignages volontaires et involontaires est pertinente. Les premiers ont été constitués pour l’information de leurs lecteurs, présents ou futurs. Les chroniques, les mémoires, toutes les sources “narratives” relèvent de cette catégorie, mais aussi les rapports des préfets, les monographies des instituteurs sur leur village pour l’exposition de 1900, et toute la presse… Les témoignages involontaires n’étaient pas destinés à nous informer. M. Bloch parle joliment de “ces indices que, sans préméditation, le passé laisse tomber sur sa route” (Apologie pour l’histoire ou métier d’historien)2. »
1 In Antoine Prost, La Résistance, une histoire sociale, op. cit., p. 21-23.
2 In Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Seuil, « Points Histoire », 1996, p. 62, 67.