Concours National
de la résistance et de la déportation

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CNRD 2011-2012 – Cérémonie : allocution de Marie-José Chombart de Lauwe

Permettez-moi d’abord, messieurs les ministres, de vous remercier de votre présence en cette cérémonie. Malgré les charges qui sont les vôtres, il est important que le gouvernement et, de façon plus générale, les institutions de la République, encouragent et soutiennent le concours de la Résistance et de la Déportation, et votre présence ici en est un signe fort.

Ce concours est en effet exemplaire, en raison du bénévolat auquel il fait appel et, surtout, en raison de la réflexion historique et mémorielle citoyenne qu’il suscite chez les jeunes candidats. Ce concours 2012 proposait une réflexion sur les différents aspects de la résistance dans les camps nazis. Réflexion bien difficile pour les élèves, qui n’avaient probablement encore jamais abordé la question de la Déportation, du génocide dans leur programme, de cette façon délicate : comment est-ce qu’on peut résister jusque dans les camps ?

Pourtant, le taux de participation et la qualité des travaux reçus montrent que la difficulté a été surmontée et ils ont eu à cœur de travailler sérieusement sur ce thème. Les travaux ont souvent mis en avant la lutte pour la survie dans les camps et l’importance de la solidarité entre les détenus comme manifestations principales de résistance.

Sans négliger ces deux aspects, qui ont joué un rôle évident, il conviendrait de ne pas considérer que c’est le seul moyen qui a concrétisé la résistance dans les camps. Il est certes important. De plus, dans cet univers monstrueux, l’obéissance volontaire, par adhésion au régime et à ses idéologies, était exclue. Il fallait en avoir conscience. Les SS le savaient, donc ils organisaient la terreur. « Organisation », « terreur », ces expressions je les emprunte à l’historien Wolfgang Sofsky. Cette terreur permanente, soigneusement organisée, visait à placer les détenus dans un climat d’angoisse, d’incertitude, de peur permanente dans lequel l’obsession d’échapper à la mort les hantait : il fallait survivre, survivre à tout prix, mais de plus, il fallait s’organiser pour faire survivre nos camarades autant qu’on le pouvait, faire survivre les femmes, les enfants, dans ce camp d’horreur.

La résistance, dans ces conditions, devait répondre à trois critères : avoir la conscience et l’intention de résister coûte que coûte, accepter une prise de risques qui pouvait déboucher sur un châtiment horrible suivi de mort et puis vouloir s’opposer aux volontés de l’ennemi, dans le travail. C’est autour de ces thèmes que s’est défini l’acte de résistance, qui a pu être individuel dans tel ou tel geste, ou organisé collectivement. L’insécurité, la promiscuité, les rivalités internes entre différents déportés, différentes tendances, le manque de sommeil, l’épuisement physique conféraient à cette résistance un caractère spécifique qui, évidemment, la distinguait de celle pratiquée en territoire occupé, où le résistant agissait, travaillait dans un contexte qu’il connaissait. Même s’il était contraint à la clandestinité, il était plus possible de s’organiser, mais le résistant avait déjà pris de grands risques. L’esprit de résistance était, comme tout, ancré dans les esprits. Mais ni le contexte ni le milieu n’étaient comparables. La résistance dans les camps ; on a été jusque-là pour sauver des vies, par solidarité malgré tout, par opposition à la volonté nazie.

J’adresse aux lauréats et à leurs enseignants les félicitations chaleureuses et émues de l’ancienne déportée que je suis, auxquelles je joins, bien sûr, celles pour l’investissement qu’ils ont consenti dans la préparation de ce concours et la qualité des travaux remis. Ils auront sans doute appris que, dans les situations les plus désespérées, l’humain finit toujours par l’emporter sur la barbarie, parfois en le payant très cher. C’est ce qui fait, sans aucun doute, la grandeur d’un tel combat, dont on voit combien, hélas, il n’est pas fini. Et lorsque j’interviens auprès d’eux, je leur dis toujours : « Jeunes, soyez vigilants à ce qui peut atteindre le respect de tout être humain. » Je vous remercie.