CNRD 2011-2012 – Cérémonie : allocution de Kader Arif
Je tiens à vous dire, tout d’abord, le plaisir qui est le mien de participer à cette remise de prix aux côtés du ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon. Je crois que nous conjuguons ici mémoire et éducation, mais aussi histoire et avenir.
Le concours national de la Résistance et de la Déportation est l’expression du lien entre les deux grandes institutions que sont la défense et l’éducation nationale. Notre volonté est de donner une impulsion nouvelle à cette collaboration, en s’appuyant sur le formidable atout qu’est notre jeunesse.
Je suis également très heureux de pouvoir vous accueillir dans ce lieu symbolique qu’est l’hôtel des Invalides et je remercie chaleureusement le gouverneur militaire de Paris, le général Charpentier, d’avoir mis à disposition ces prestigieux salons. Ces murs sont chargés de mémoire – beaucoup d’entre vous le savent –, ils sont, depuis Louis XIV, et toujours sous la protection du président de la République, la maison des invalides, lieu où la nation exprime sa reconnaissance à ceux qui l’ont servie, loin des grandes cérémonies nationales que nous pouvons connaître, reconnaissance qui se fait au quotidien, pour guérir les blessures du corps et de l’esprit.
Plusieurs associations d’anciens combattants ont d’ailleurs fait de ce lieu leur maison. Mais c’est aussi un lieu de culture où s’organisent des expositions, en particulier au musée de l’Armée, expositions qui remportent un succès croissant, et je crois que ces succès démontrent l’intérêt que nos concitoyens ont pour leur histoire.
Mais notre mission première – et c’est la volonté du président de la République, du Premier ministre et du ministre de l’éducation – est de vous transmettre, à vous les jeunes, cette connaissance et cette mémoire. À ce titre, je tiens à rendre hommage à tous les professeurs qui assurent l’indispensable transmission des savoirs, mais qui vous accompagnent aussi sur le chemin de la citoyenneté.
Bien plus qu’une épreuve littéraire, le concours national de la Résistance et de la Déportation est un passage de témoin entre les générations. Créé par ceux ayant vécu parmi les heures les plus sombres de l’histoire de notre pays, il perpétue, parmi les jeunes Français et Françaises, le souvenir des souffrances qui ont été endurées, mais aussi des idéaux qui ont été portés et défendus au péril de la vie. Il est aussi une occasion privilégiée, pour les collégiens et les lycéens, de s’interroger sur l’exigence de mémoire et de vérité, d’approfondir leurs connaissances sur le nazisme, les circonstances qui l’ont généré et la barbarie qu’il a portée en lui.
Ce retour sur le passé ouvre les portes d’une réflexion sur le présent, sur les notions de démocratie, de liberté, d’engagement et de citoyenneté. La société dans laquelle nous vivons – et je le regrette – offre peu d’occasions d’effectuer un tel travail de mémoire. Car le travail de mémoire, c’est un temps long, alors que le temps de notre société trouve trop souvent celui de l’urgence, de la précipitation et de l’à-peu-près. Il faut du temps pour comprendre l’horreur, du temps pour comprendre la folie des hommes, du temps pour comprendre l’héroïsme de celles et de ceux qui ont, à un moment crucial de notre pays, fait le choix de l’humanisme et de la liberté contre l’obscurantisme et la barbarie.
« Résister dans les camps nazis », vous qui avez vécu pendant des semaines et des mois au rythme de ce concours, vous savez ce que ce titre recouvre. Vous avez découvert les témoignages de résistants déportés, héros de notre histoire qui, dans la spontanéité de leur jeunesse, ont décidé que la défense de la France valait davantage que le prix de leur vie. Leur héroïsme n’était pas celui des films de cinéma, il s’est joué en conscience, en combats et en discrétion, aussi. Dans les camps, il a pris un sens nouveau. Car, quand la condition humaine est à ce point meurtrie et dégradée, pour ne pas dire réduite à néant, le seul fait de survivre devient un acte de résistance. Il fallait un courage immense pour participer aux actes de sabotage, refuser le travail forcé, tenter une évasion. Mais il en fallait tout autant pour garder la tête haute, organiser la solidarité dans les baraques ou encore, à l’image de ces nombreux enfants qui ont survécu aux camps, pour continuer à chanter et à jouer, malgré l’environnement d’humiliation, de violence et de terreur.
Par vos contributions, vous avez enrichi la connaissance de cette période et je vous en remercie très sincèrement. Je me réjouis que, cette année encore, plus de quarante-trois mille élèves se soient investis collectivement ou individuellement dans ce concours, soutenus et accompagnés par des enseignants de toutes les disciplines. Je félicite tous ces élèves, primés ou non, qui ont participé à cet important travail de mémoire. Je remercie aussi tous les enseignants, pour leur disponibilité et leur mobilisation. Ils apportent leur passion et leur savoir aux jeunes qui concourent. Par leur engagement, ils assurent au concours national de la Résistance et de la Déportation un rayonnement digne de son enjeu.
En tant que ministre délégué auprès du ministre de la défense chargé des anciens combattants, je suis convaincu de la nécessité de ce concours. Il contribue à établir ce lien tangible entre les générations, à relier les témoins de cette période aux professeurs qui enseignent l’histoire et aux jeunes élèves qui la découvrent. J’ai toute confiance – cela vient d’être rappelé – dans le jury national pour explorer de nouvelles voies qui assureront la pérennité de ce concours unique.
Je tiens à exprimer toute ma reconnaissance à la Fondation, madame la présidente, pour la mémoire de la déportation, à toutes les fondations et à toutes les associations de mémoire qui, une nouvelle fois, ont permis que se diffusent des témoignages uniques de notre histoire. Je rends hommage aux membres des jurys départementaux et du jury national qui, avec dévouement et vocation, se sont investis dans ce projet. Je tiens ici à redire aux acteurs de cette époque, mesdames, messieurs, toute mon admiration pour le courage avec lequel vous témoignez sans relâche, avec dévouement et abnégation. Qu’ils soient absolument remerciés pour le travail qu’ils accomplissent en faveur de la mémoire auprès des jeunes générations. Vous pouvez être assurés que nous continuerons notre œuvre de mémoire et que nous prendrons le relais de votre parole.
Je viens de rentrer d’Algérie aux côtés du président de la République et d’un certain nombre de membres du gouvernement, et on s’aperçoit, dans un conflit plus récent, que les questions de mémoire sont toujours des questions sensibles, où chaque mot doit être pesé, parce que c’est l’addition d’histoires singulières et de douleurs. Mais en même temps, j’ai appris, depuis six mois au contact de ces femmes et de ces hommes qui ont marqué l’histoire, une chose : quelles qu’aient été leurs difficultés, leurs douleurs, ce qu’ils ont pu ressentir dans leur chair et dans leur esprit, ils ont su dépasser la haine. S’il y avait un message à adresser ce matin à nos jeunes, c’est de savoir que la haine ne fait pas l’avenir. Donc appuyons-nous sur la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui ont fait notre histoire, parce que c’est la plus belle leçon de vie qu’ils nous donnent. Merci à eux !