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Ici, ailleurs

Youssef Nabil, Self-Portrait, Marseille

Youssef Nabil

Né en 1972 au Caïre (Égypte), vit et travaille à New York (États-Unis)

9 autoportraits et Self-portrait, Marseille, Île d’Îf, 2011, Self-portrait, Départ-Marseille, 2011, Self-portrait with a lighthouse, Marseille, 2011. 

Tirages argentiques noir et blanc, colorisés à la main
Dimensions : 26 x 39 cm (46,5 x 56,5 cm avec cadre)
Édition 1/10
Production Marseille-Provence 2013

Youssef NabilYoussef Nabil
Self-portrait - Marseille, 2011
Production Marseille-Provence 2013
Courtesy Youssef Nabil and Nathalie Obadia Gallery, Paris/Brussels

Cette série a été réalisée à l’automne 2011 à Marseille. Ses autoportraits, engagés en 2003, après qu’il ait quitté l’Égypte, s’apparentent à un journal intime de son itinérance à travers le monde, à la faveur de ses résidences ou de ses expositions. Youssef Nabil s’est photographié au gré de ses promenades à Marseille, vêtu comme toujours d’une djellaba. De dos le plus souvent, il nous donne à voir le paysage qui s’offre à lui : la ville, le Vieux-Port, les îles du Frioul, le Château d’Îf, le viaduc de l’Estaque. Inspiré par l’âge d’or du cinéma égyptien, son travail relève de la photographie et de la peinture. Chaque photographie est coloriée à la main selon une technique apprise en Égypte auprès des coloristes d’affiches de cinéma, ce qui leur confère un aspect suranné, au charme insidieux. Empreintes de nostalgie, ses photographies révèlent cet instant où le présent bascule dans le passé, ce temps suspendu où s’exacerbe la conscience de la vanité de l’existence. 

Des clichés

Youssef Nabil offre au spectateur des clichés qui sont autant de cartes postales de la ville de Marseille. La colorisation, qui emprunte aux codes du cinéma égyptien des années 50, confère à l’ensemble un caractère suranné.

Références
 On pourra proposer aux élèves un travail autour du cliché en art. Il s’agira d’explorer le travail d’artistes qui convoquent dans leurs œuvres des codes graphiques immédiatement reconnaissables.

Le travail de Takashi Murakami puise dans l’imagerie du manga japonais.

Pierre et Gilles, eux, empruntent les codes d’une imagerie kitsch, à mi-chemin entre la peinture religieuse et la photographie hollywoodienne. 

On peut aussi explorer le travail de Roy Lichtenstein qui détourne les codes de la bande dessinée.

Enfin, pour réfléchir à la manière dont une industrie peut aussi générer ses propres codes de représentation, on peut mener un travail autour du portrait d’artiste et notamment sur les photographies du Studio Harcourt.

Production
 « Réinterprétation d’images à partir d’un code choisi. »

Un autoportrait ?

Malgré sa présence sur les photographies, l’identité de l’artiste, le plus souvent de dos, nous échappe. Ce qu’il nous offre en partage, c’est le regard qu’il pose sur la ville de Marseille. Par un jeu de mise en abyme, sa présence dans le cadre relaie notre présence. Nous le regardons en train de regarder la ville, et nous nous tenons à la place de l’objectif.

Références
 On pourra renvoyer les élèves à un travail sur le motif de la contemplation dans l’art. Si la poésie et la peinture romantiques en offrent des exemples extrêmement connus (Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages de Caspar David Friedrich ou la photographie de Victor Hugo debout face à la mer), on pourra aussi aller explorer des œuvres moins connues comme l’iconographie chrétienne copte.

On pourra ensuite analyser comment un motif pictural nourrit aussi le cinéma en travaillant par exemple sur les codes du cinéma et notamment, Charlton Easton en Moïse dans Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille.

La question de l’autoportrait peut aussi fournir une entrée intéressante. L’œuvre toute entière de Christian Boltanski qui laisse affleurer le souvenir de l’histoire familiale peut être convoquée. La Tentation du silence de Maurizio Cattelan offre des parallèles intéressants avec l’œuvre de Youssef Nabil : l’artiste se représente, la tête sortant d’un trou dans le sol, et contemple les œuvres d’une salle de musée. La présence incongrue de l’artiste dans cet espace interroge notre perception du musée.

Enfin, les œuvres de Cindy Sherman et de Sophie Calle qui se nourrissent de leur vie intime peuvent rencontrer un écho chez les élèves.

Production
 « C’est moi et pourtant je n’y suis pas. »

Ici / Ailleurs

Pourtant, le recours à des codes esthétiques des années 50 et le port de la djellaba inscrivent Youssef Nabil dans un autre espace et une autre temporalité que la nôtre. De fait, le regard que l’étranger pose sur la ville fait de l’ici un ailleurs  (est-on encore à Marseille ou de l’autre côté de la Méditerranée ?) et de notre présent un autrefois. Ce faisant, il interroge avec finesse notre perception de l’autre.

Références
Le travail d’Aleksandra Mir, Venezia - All places contain all others, présenté à la Biennale de Venise de 2009 s’inscrit dans la même démarche que celle de Youssef Nabil. L’artiste proposait au spectateur de la Biennale une série de cartes postales représentant des lieux célèbres (la Suisse, un coucher de soleil sous les tropiques, le Ponte Vecchio de Florence) ou qui renvoyaient à des espaces naturels improbables à Venise (une cascade de montagne, un lac dans une forêt, etc.) chaque carte portant néanmoins la mention « Venezia ».

On pourra aussi proposer aux élèves d’explorer les références à la culture égyptienne présentes dans l’œuvre de Youssef Nabil, notamment les chanteurs égyptiens et leur représentations (affiches, pochettes de disques) : citons parmi eux Farid El Atrach, la chanteuse Oum Kalsoum, le chanteur et acteur Abdelhalim Hafez.

Production 
 « Carte postale d’un voyage sur mon bureau. »

Débat

« Observer, n’est-ce pas déjà modifier (le milieu que l’on observe) ? »
« Peut-on vraiment porter un regard distancié sur le monde ? »

Vous pouvez questionner ici l’objectivité et la subjectivité du regard porté par chacun sur le monde. Même en situation d’observation, est-il possible de rester extérieur aux choses ? Observer, n’est-ce pas déjà prendre part ? Vous pouvez par exemple questionner la position de témoin (d’un conflit, d’une scène), d’observateur (les observateurs de l’ONU en zone de conflit) et le principe de neutralité.