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Monumenta 2012

Capanna scoppiata rotonda

Daniel Buren intervient de manière permanente dans la petite ville d’Asiago en y installant en plein air une cabane ronde éclatée à sept couleurs.

Photo-souvenir : « Capanna scoppiata rotonda con 7 colori »Photo-souvenir : « Capanna scoppiata rotonda con 7 colori »
Travail in situ et permanent,
Asiago, 2007-2009.
Détail © D.B.-ADAGP Paris

Regard de l'expert

En 2007, un collectionneur italien de la Vénétie invite Daniel Buren à intervenir de manière permanente dans la petite ville d’Asiago. Deux ans plus tard, l’artiste y installe en plein air une cabane ronde éclatée à sept couleurs. La structure de dix mètres de diamètre est composée de vingt-huit panneaux, mesurant chacun un mètre de large et trois mètres de haut, et de sept portes mesurant un mètre de large et 2,05 mètres de haut déplacées vers l’extérieur. Cette cabane a trois particularités : elle est ronde et non parallélépipédique, comme c’est le cas généralement ; elle « éclate » en pleine nature et non dans un espace clos ; elle est essentiellement composée d’un matériau transparent et coloré. Lorsque le visiteur expérimente différents points de vue, tourne autour ou pénètre à l’intérieur de la cabane, sa perception du paysage environnant est modifiée car il est plongé dans la couleur : les sept couleurs, projetées par la lumière, peuvent se superposer, se projeter au sol au gré de la luminosité et du mouvement du soleil. Daniel Buren propose ainsi un instrument optique et participatif ; à ceux qui pourraient lui reprocher d’être décoratif, il répond : « d’une certaine façon, l’art n’a jamais cessé de se préoccuper du décoratif ». 1

Jean-Marie Gallais, historien de l’art

Regard du pédagogue

1. En premier lieu, le type de la cabane (« petite maison ») renvoie à l’architecture primordiale. Ouverte sur la nature, chacune délimite autant un intérieur qu’elle ne transforme une portion d’espace en site organisé.

2. Ici, la circularité évoque d’abord le foyer autour duquel se rassembler puis rappelle des formes d’édifices antiques comme les rotondes. Mais, au lieu d’un unique portique, la construction présente sept ouvertures, ce qui évite la façade principale et affirme sa qualité isotrope, c’est-à-dire qui a les mêmes dimensions dans toutes les directions de l’espace. La projection des portes vers l’extérieur semble l’effet d’un centre chargé d’énergie, à l’image de la pierre qui produit des cercles concentriques dans l’eau, et entraîne une incertitude sur la limite entre extérieur et intérieur.

3. Simultanément, par sa transparence et sa mobilité, cette cabane n’est pas sans rappeler la dématérialisation ainsi que la fluidité prônées par l’architecture moderne.

4. Du dedans, le paysage s’offre à 360 degrés et se trouve à ce point annexé par l’œuvre qu’il en devient un des matériaux. Conjointement, par les filtres qui le déréalisent, il accède au statut de représentation : chaque couleur transformera la perception subjective de l’environnement.

5. Enfin, la coloration de la lumière projetée et le nombre sept associent l’œuvre au phénomène optique de l’arc-en-ciel.

Cyril Blancy, normalien, professeur agrégé d’arts plastiques.

Pistes pédagogiques

Outre celles mentionnées ci-dessous, l’œuvre présente une série d’oppositions qui peut donner lieu à des incitations de travail : vide/plein ; transparence/opacité ; ouvert/fermé ; fragile/résistant.

1 • Travail plastique : « La sculpture génère son site », « Habiter le paysage ». Autour du couple intérieur-extérieur : « Mettre le dedans dehors », « J’entre dehors » (Henri Gaudin), « Architecture réversible ».

2 • Travail autour du dynamisme suggéré : à partir d’un lieu, on pourra suggérer un espace rétracté ou dilaté, en compression ou en expansion. 
Travail sur l’espace de transition, le passage, traités comme une entité à part entière : « Ni dedans, ni dehors : où suis-je ? ». 
Références : les architectures du groupe de Stijl.

3 • Référence : Ludwig Mies van der Rohe, Farnsworth House, 1951, Illinois, États-Unis. 
Travail de volume : « Faites exploser le cube ! ». Contrainte : garder lisible la forme de départ.

4 • Références : les panoramas peints du xixe siècle et le travail de Claude Monet au musée de l’Orangerie.

5 • Cours et expérimentations sur la couleur, notamment les mélanges additif et soustractif. 
Travail plastique : « Couleurs immatérielles », « Immersion dans la couleur ». 
Références : Rothko et Turrell.

  • 1. Entretien avec Maurice Ulrich, L’Humanité, Paris, 9 décembre 2009.
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