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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Idéologie et chronologie de la répression de la Résistance en France

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« Le sens de la Résistance française »

Extrait de l'article « Le sens de la Résistance française »
paru dans le journal clandestin Défense de la France, n° 31, 20 avril 1943.


  Dans le fracas d'une guerre où seule semblait compter la puissance matérielle, une force d'origine essentiellement spirituelle est venue s'imposer : la RESISTANCE FRANÇAISE. Alors que notre pays, en juin 1940, semblait définitivement écrasé, qu'il était abandonné à lui-même en une effroyable solitude et que tout espoir paraissait de la démence, une poignée d'hommes et de femmes ont proclamé que rien n'était perdu et que la France renaîtrait dans la lutte. La Résistance était née.

  Sous des formes multiples, malgré les obstacles sans nombre, elle s'est organisée, et a rallié peu à peu le meilleur de la nation.

La Résistance française a tout bravé : la prison, la torture, la mort. Tout ce que l'Allemand a pu tenter contre elle a été vain. Aucun chantage, aucune menace ne l'ont fait reculer car elle était pénétrée de la valeur de sa mission. Plus les moyens matériels mis en oeuvre pour l'écraser ont été puissants, plus elle s'est affirmée indomptable et insaisissable, parce qu'elle était d'un autre ordre que celui de la matière : l'ordre de l'esprit.

  Elle a repoussé avec dédain les avances de l'ennemi. Elle a abandonné aux hommes sans honneur, aux courtisanes ou à celles qui en ont l'âme les présents que les Allemands s'évertuaient à nous distribuer.

  Elle s'est détournée avec un dégoût croissant de la voie facile que lui proposait le maréchal Pétain : la voie du repentir hypocrite. Elle a refusé de croire que la France devait tomber à genoux et se frapper la poitrine pour avoir été écrasée par la force brutale au service d'un régime abject, le nazisme. Et même en supposant que sa Patrie eût beaucoup à racheter, une certitude lui demeurait, c'est que le véritable repentir chrétien ne saurait consister à s'abandonner avec lâcheté et à pousser de grands soupirs, et que la résignation n'avait jamais été de se vautrer dans sa déchéance, mais qu'au contraire c'était par la lutte et par l'héroïsme que les fautes étaient effacées. Elle a rapidement compris que le grand danger de la politique du maréchal était de flatter en chacun de nous le pourceau qui sommeille,  l'être qui en nous souhaite secrètement la défaite et la démission.

  La Résistance française a laissé dire avec calme ceux qui, se croyant raisonnables, taxaient de folie et d'enfantillage toute tentative de secouer le joug, ceux qui prêchaient l'attente en se croyant sages, ceux qui pensaient que pour être habiles il fallait ruser avec l'ennemi. Elle a laissé dire, estimant avec le général de GAULLE qu'être raisonnable c'était choisir « la voie la plus dure mais aussi la plus habile : la voie droite ». Au milieu des critiques et des injures les plus méprisantes, elle a poursuivi son chemin avec tranquillité, se disant avec le proverbe arabe « que lorsque les chiens aboient les étoiles ne sauraient s'en troubler ».

  Elle a souffert des incompréhensions des hommes de bonne volonté abusés par la propagande de Vichy qui ont cru que l'on pouvait construire du neuf tout en étant sous le joug : ils avaient cru sincèrement, parce qu'ils avaient besoin de le croire, que le Maréchal résistait alors qu'il n'en avait que l'illusion et n'en faisait que le simulacre. Depuis novembre 1940, beaucoup d'entre eux ont rejoint la Résistance.

  La Résistance française a tout surmonté... même la lâcheté et la veulerie, la délation et la trahison de ceux qui déshonorent leur nom de Français. À ceux-ci elle réserve un terrible châtiment.

  La Résistance française, née dans la défaite, est en marche vers la VICTOIRE.

INDOMITUS
[Philippe Viannay]