« Les fruits de la haine »
Extraits du journal clandestin Défense de la France, n° 39, 30 septembre 1943.
Ce numéro exceptionnel de journal clandestin Défense de la France présente en première page des photographies de prisonniers russes et d'enfants grecs squelettiques. En page 2, un article dénonce « Les horreurs de la police de Vichy et de la "Gestapo" en France », un autre article intitulé « L'Ordre nouveau en Europe » donne des informations sur les camps de concentration et l'extermination des juifs en Pologne.
Ce numéro paraît après la vague d'arrestations qui a touché le mouvement Défense de la France en juillet 1943. Il est comme un défi lancé à l'Occupant, afin de lui montrer que le mouvement et son journal continue la lutte. La dénonciation directe et brutale des crimes commis par les Allemands et les Français collaborateurs prend ici tout son sens.
« Je crois à la fécondité de la haine... »
HITLER.
Certains de nos lecteurs s'étonneront peut-être de nous voir publier de pareilles horreurs. Nous croyons cependant nécessaire de le faire, et ceci pour trois raisons :
- Pour porter un témoignage. Ceux qui ont souffert le martyre pour la Patrie ont le droit que leurs souffrances ne soient pas recouvertes d'un voile faussement pudique. Ils ont souffert ces tortures dans leur propre chair, le peuple de France peut bien souffrir d'en prendre connaissance.
- Pour convaincre ceux qui, confiants dans le Maréchal, l'Ordre nouveau et toutes ses douceurs, ignorent encore le vrai visage du nazisme. Pour les convaincre..., ou du moins les rendre inexcusables de n'être pas convaincus. Il faut qu'aucun Français ne puisse dire : « Je ne savais pas. »
- Pour dégoûter la France des régimes de force et de terreur d'où qu'ils viennent. L'État policier est immonde, quelle que soit la cause qu'il prétend défendre. Il s'accompagne obligatoirement de toutes les ignominies. La justice n'est plus juste quand elle est étayée par la violence.
Que chaque Français médite les textes ci-dessous, les photos de la première page. Ainsi va le monde quand les peuples se laissent diriger, après les avoir élus, par des aventuriers.
LES HORREURS DE LA POLICE DE VICHY ET DE LA « GESTAPO » EN FRANCE
Nous réunissons volontairement ces deux institutions sous le même titre, car toute une partie de la police, par crainte ou intérêt, a résolument joué la carte allemande. La honte éternelle de la police (nous exceptons les isolés qui ont notablement fait leur devoir) sera d'avoir collaboré, et de manière fort efficace, à l'assassinat de notre pays. La honte éternelle du gouvernement de Pétain sera d'avoir accepté de mettre la police au service de l'ennemi. « Des accords ont réglé la question de la collaboration entre les polices allemande et française. Ces accords stipulent que la police française doit apporter son appui à la police allemande, non seulement en lui communiquant des renseignements utiles, mais en coopérant à la répression contre tous les ennemis du Reich » (Bulletin mensuel secret de la délégation française à la commission d'armistice en date du 28 août 1942).
Ce qui a été commis sur la terre de France dépasse tout ce que l'on pouvait imaginer de la bassesse humaine.
Martyre des femmes :
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Tortures atroces :
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Jusqu'à la mort :
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Récits de victimes :
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CES SCENES INFERNALES SE PASSENT A LA POLICE JUDICIAIRE, DANS LES COMMISSARIATS, A PARIS ET EN PROVINCE.
Ce que nous refuserions de voir souffrir par les pires bandits de la Terre est supporté par de splendides jeunes gens, par des jeunes filles pures, droites et fières. Leur seul crime est d'avoir aimé la France, de refuser de trahir les leurs.
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