Accueil

Concours National de la Résistance et de la Déportation

La Résistance face à la répression

Lien vers les ressources sur le même thème

Préparation d'évasion à Compiègne, juin 1942, témoignage d'André Tollet.

Extrait de André Tollet, Le Souterrain, Editions sociales, 1974, pages 144-145.

Le 22 juin 1942, 19 détenus du camp de Royallieu à Compiègne sʼévadent par un tunnel quʼils ont creusé.


  Le moment était venu de décider qui sortirait. Cʼétait un choix drastique. Ceux qui sortaient risquaient beaucoup, mais ceux qui resteraient avaient moins de chances de sʼen tirer. Il fallut faire le choix sans sentiment, pourtant nous en avions beaucoup.
  Tous ces camarades, nous les connaissions bien, nous les aimions bien. Chacun était pour nous un ami, un frère. Lʼintérêt du combat devait seul nous guider. Il fallait aussi faire partir ceux que le départ aurait compromis et qui seraient fusillés à coup sûr. Il fallait aussi décider dʼun chiffre raisonnable au-delà duquel lʼopération risquerait dʼéchouer pour tous. Il fallait laisser une direction politique au camp après notre départ et lʼaviser quʼelle aurait aussi à emprunter à son tour le tunnel dès que possible. Nous prenions des dispositions pour réaliser soigneusement un couvercle qui masquerait notre sortie.
Nous nous arrêtâmes sur le chiffre de dix-neuf. Tous allongés lʼun derrière lʼautre, cela fait déjà plus de quarante mètres. Cʼest beaucoup. La mort dans lʼâme, nous étions bien obligés dʼéliminer. Parmi ceux-là, des gars magnifiques qui étaient passés par les prisons et les camps, par la faim et le froid sans faiblir, nous les avions bien vu sans voile dans les épreuves. Pourvu que notre galerie serve au moins deux fois !
  Nous poursuivîmes encore notre travail dʼarrache-pied sans prévenir encore les partants qui nʼétaient pas parmi les mineurs [les détenus chargés de creuser le tunnel]. La fièvre montait avec les perspectives de sortie. Il fallut beaucoup de vigilance et de soutien mutuel pour assurer le respect des règles de sécurité. Dʼailleurs nous commencions à nous habituer aux risques et lʼhabitude est une chose terrible. Il fallait continuer à se faire voir quand nous étions dehors, changer de temps en temps nos services, aller rendre des visites aux baraques, continuer de sʼintéresser comme tout le monde aux affaires du camp. Ne pas paraître préoccupés ou occupés dʼautre chose et ne pas sembler fatigués ; pourtant, nous lʼétions. Il fallait redoubler de soins pour ne pas laisser sur nous ou sur nos vêtements la moindre trace de terre. Ce nʼétait pas toujours facile.

 

Le tunnel ne pourra pas être réutilisé. Sur les 19 évadés, 8 sont repris (1 sʼévade à nouveau, 4 sont déportés, 2 sont fusillés, 1 meurt en prison). Le 6 juillet 1942, un convoi quitte Compiègne pour Auschwitz avec 1 175 détenus, presque tous communistes (seulement 119 rentrent en France en 1945).