Accueil

Concours National de la Résistance et de la Déportation

Les résistants face à la répression

Lien vers les ressources sur le même thème

Dernière lettre dʼHenri Bajtsztok à ses parents, 6 octobre 1943.

Extrait de Guy Krivopissko (présentation) et François Marcot (introduction),  La vie à en mourir. Lettres de fusillés (1941-1944),  Points/Tallandier, 2003, pages 203-204.

Henri (Chuna) Bajtsztok naît en 1922 à Livry-Gargan, dans une famille de travailleurs juifs immigrés. Elève brillant, il poursuit des études au lycée Diderot à Paris, et souhaite devenir ingénieur électricien. Il rejoint les FTPF et participe à de nombreuses actions, ainsi quʼà lʼinfiltration des Jeunesses du Rassemblement national populaire (RNP), un des partis collaborationnistes. Le 1er juin 1943, il est arrêté au cours dʼune action armée. Emprisonné à Fresnes, il est condamné à mort le 1er octobre par un tribunal militaire allemand. Il est fusillé au Mont-Valérien le 6 octobre 1943, avec notamment Peter Snauko, Claude Warocquier et Pierre Lamandé.

 

 

Fresnes, 6 octobre 1943, 13 heures

 

  Mes parents bien aimés,

  Je vais être exécuté tout à lʼheure, à 4 heures de lʼaprès-midi. Je lʼai appris tout à lʼheure et, avec mes camarades, nous attendons très calmement cet instant dernier.

  Jʼai reçu le colis ce matin et, ignorant encore mon sort, je ne vous ai pas renvoyé mes affaires, qui arriveront après.

  Nous avons tous mangé normalement, ce qui prouve que nos consciences sont en repos.

  Ce que je pense, vous le savez, je nʼai pas à vous le redire. Jʼai travaillé pour le bonheur de tous les petits Eloi [son petit frère] du monde entier, et jʼai avancé, jʼen suis certain, lʼheure de leur bonheur. Ne me regrettez pas trop, et raccrochez-vous à mon petit Eloi : quʼil passe son brevet élémentaire et devienne ingénieur de lʼEcole supérieure dʼélectricité.

  Je vous demande très sincèrement, si vous voulez satisfaire mon dernier désir, de ne pas porter mon deuil, quoi que les gens disent, car cʼest contre mes idées.

 Je sais que vous êtes très courageux et je vous admire, car je sais ce que vous avez souffert.

  Je vous embrasse ainsi que tous les amis.

 

  VIVE LA FRANCE !

 

                                 Votre Henri qui vous chérit.