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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Les résistants face à la répression

Lien vers les ressources sur le même thème

La traque des résistants

coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny

fonds "Les inconnus de la Résistance"

Témoignages de Mme Pélouard-Delespinay, Villeparisis (Seine-et-Marne), de Jean Rolland, déporté à Mauthausen et de Berthe Vittori, Compiègne (Oise).

Soupçon

Mon mari fut arrêté le 8 octobre 1941. Dans la nuit qui suivit un homme sʼest présenté à la maison après avoir escaladé la clôture du jardin. Jʼétais avec mes deux enfants, et il sʼest présenté comme un camarade de Julien Delespinay, mon mari.

Je me méfiais déjà des gars que je ne connaissais pas, mais mes soupçons furent renforcés lorsquʼil dit quʼil connaissait bien Julien·; si le prénom de mon mari était bien Julien Marcel, tout le monde lʼappelait Marcel depuis son jeune âge, et pour ses camarades il était « Bouboule· ». Pendant trois quarts dʼheures, lʼhomme a cherché à connaître le nom des camarades de mon mari. Jʼai dit que je ne savais rien. Il mʼa conseillé de brûler les tracts en prévision dʼune perquisition. Jʼai répondu quʼil nʼy avait pas de tracts. Avant de les enterrer dans le jardin, nous avons vérifié quʼil était bien parti…

Le lendemain matin, la perquisition a eu lieu. Lʼhomme de la nuit précédente conduisait la voiture des policiers. A la fin de la guerre, nous avons appris que quatre FFI passaient en procès pour avoir abattu cet individu, un inspecteur de police de Dammarie-les-Lys nommé Naud. Jʼai assisté au procès comme témoin. Ils ont été condamné à la prison avec sursis.

 

Témoignage de Mme Pélouard-Delespinay, Villeparisis (Seine-et-Marne)

 

La clé

En juin 1941, la Police française du commissaire spécial Morellon se présente au domicile de Louis Coquillet, à la caserne des pompiers, palais Saint-Georges à Rennes.

Au cours de la perquisition, où des tracts sont découvert, la Police recherche la machine à écrire.

Louis est fouillé et l'on découvre dans sa poche une clé. « Voilà la clé du placard·! », s'écrie le commissaire. « Non, Monsieur le Commissaire !  »

Louis prend la clé des mains du policier et déclare : « C'est la clé de cette porte, mais elle ne fonctionne que pour entrer ».

Il ouvre la porte, met la clé dans la serrure, ferme la porte, enferme le commissaire et ses inspecteurs dans l'appartement, et prend la fuite.

Caché successivement chez Boussin (fusillé le 30 décembre 1942), chez Even et Rolland (tous deux déportés à Mauthausen), il rejoint Paris et continue l'action parmi les FTPF.

Il sera condamné à mort au procès de la Maison de la Chimie est fusillé au Mont-Valérien en 1942.

 

Témoignage de Jean Rolland, déporté à Mauthausen

 

Le fichu noir

A la suite d'une visite des soldats italiens à mon domicile en Corse, je me suis réfugié chez une de mes tantes à La Porta. J'étais recherchée à cause de mes liens avec la Résistance.

Un jour, je vois arriver les mêmes Chemises noires auxquelles j'avais échappé un peu plus tôt. Vite, un grand tablier noir, le fichu noir sur la tête, et des lunettes. Mon neveu encore tout bébé dans les bras, je sors de la maison. Je m'assieds sur une marche de pierre, et je berce le petit. Les Italiens passent et repassent devant moi, entrent dans plusieurs maisons et fouillent tout chez ma tante.

Le petit s'est endormi. Les Chemises noires sont reparties.

 

Témoignage de Berthe Vittori, Compiègne (Oise)