Les terrassières de Ravenbrückdans Le Verfügbar aux Enfers
Extrait de Germaine Tillion, Le Verfügbar aux Enfers. Une opérette à Ravensbrück, Ed. LaMartinière, 2005, pages 132-134.
Les terrassières de Ravenbrück
dans Le Verfügbar aux Enfers
Le naturaliste. - Vous êtes terrassières...
Le choeur. - Voilà ! !
Dédé de Paris. [Elle chante * tournée vers le choeur]
La route est longue, longue, longue
Travaille sans jamais t'arrêter.
La route est dure, dure, dure
Surtout si tu es fatiguée...
Tu traîneras les lourdes pierres,
Tu pousseras les wagonnets,
Tu brouetteras de la terre,
Et sans jamais te reposer...
[ Tournée vers le public.]
La route est dure, dure, dure
Quand on a les pieds écorchés...
La route est longue, longue, longue,
Pour celles qui n'ont pas à manger...
Elles travaillent des heures entières
Mais ne la font guère avancer,
Car elles remuent beaucoup la terre,
Mais surtout sans la déplacer
* Air scout.
Le choeur. - [Il chante]
La route est longue, longue, longue
Mais nous n'l'avons guère allongée.
La route est dure, dure, dure,
Mais nous voulons /a faire durer...
En travaillant des heures entières,
Nous n'avons cessé de penser
À laisser quelque chose à faire
Pour celles qui vont nous remplacer...
Le naturaliste. - Ça part d'un bon naturel.
Pas vouloir tout garder pour soi comme des égoïstes...
Le travail c'est la santé.
Marmotte. - Nous ne sommes pas des accapareuses...
Le naturaliste. - J'étais étonné aussi de la façon réservée avec laquelle vous
bossez » (si j'ose employer cette expression), c'est une réserve calculée...
Havas [saluant.] - On ne peut rien vous cacher.
Le naturaliste. - Donc vous pouvez encore chanter quelque chose.
Le choeur. - Encore une chanson de route ?
Le naturaliste. – Naturellement ! Que pouvez-vous chanter dʼautre ? puisque vous êtes
terrassières… Ça reste votre spécialité
Extrait de Germaine Tillion, Le Verfügbar aux Enfers. Une opérette à Ravensbrück, Ed. La
Martinière, 2005, pages 132-134.

