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Concours National de la Résistance et de la Déportation

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Sabotage au Kommando dʼHolleischein

Témoignage de Neus Català, publié dans Neus Català, Ces femmes espagnoles de la Résistance à la Déportation. Témoignages vivants de Barcelone à Ravensbrück, Ed. Tirésias,1994, pages 45-46.

Sabotage au Kommando dʼHolleischein (dépendant de Flossenburg) À l'atelier 44, au « Kommando Faul » 1, des obus antiaériens étaient fabriqués jour et nuit (on tournait toute les semaines). Nous devions fabriquer dix mille obus par équipe, puis ensuite six mille, et cinq mille. Nous avons appris que n'importe quel objet étranger mélangé à la poudre la rendait inutilisable. Alors une chasse aux mouches s'est organisée. On ajoutait soit une mouche, soit l'huile de la machine ou encore de la salive. À chaque série de dix mille, les obus étaient essayés. Pour cent défectueux, la série était retournée à l'atelier, il fallait démonter, puis refabriquer le mois suivant. En neuf mois, dix millions de ces obus ont été sabotés. Il y avait les spécialistes pour casser les presses, comme Titi, celles pour retarder le rythme de la machine, comme moi, qui nettoyais les machines avec un seau auquel jʼajoutais de l'acétone. À force dʼen respirer, j'ai conservé deux cicatrices au poumon droit. Nous étions malgré tout surveillées de toutes parts. Nous nous étions mises au service de ses chères machines en avril 1944. Début mai, elles étaient toutes paralysées. Il faut que je cite l'ingénieur chef, un ancien nazi, dont la foi dans le nazisme s'était alors éteinte, qui aurait pu dévoiler toute la vérité et ne l'a pas fait. Le Meister ne nous a pas dénoncées non plus, même sʼil en soupçonnait les auteurs. En moins d'un mois, l'atelier était sans outil. Sous le bras nous cachons de la poudre, et quand le Meister n'était pas dans le coin, ou qu'il nous tournait le dos, nous mettions un outil sous la veste et jetions le tout aux toilettes. Témoignage de Neus Català, publié dans Neus Català, Ces femmes espagnoles de la Résistance à la Déportation. Témoignages vivants de Barcelone à Ravensbrück, Ed. Tirésias, 1994, pages 45-46. 1 « Kommando des fainéantes », appelé ainsi par les SS du fait de son faible rendement.