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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans le système concentrationnaire (1940-1945)

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Notre participation à l'action libératrice

Article et illustration parus dans « L'Humanité de Buchenwald », n°1, 22 avril 1945

coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny

Les détenus français communistes font paraître L'Humanité de Buchenwald dans les jours qui suivent la libération du camp afin dʼinformer leurs camarades. Le texte tapuscrit original présente quelques coquilles qui ont été corrigées pour aider à la lecture.

NOTRE PARTICIPATION A L'ACTION LIBERATRICE

Rappelons d'abord brièvement que depuis des mois la Section française avait constitué une « Brigade française d'action libératrice » formée de 3 bataillons portant [les] noms [de] « Marceau », « St-Just  » et « Hoche », les deux premiers avaient leurs effectifs et leurs cadres complets, le troisième, destiné à englober les Français désireux de se joindre à nous dans le combat, ne comprenait que les cadres. Le 1er bataillon comportait en outre une Compagnie de choc composée de camarades courageux et bien entraînés.

De leurs côtés, les sections des diverses nationalités représentées dans le camp avaient aussi constitué leurs unités combattantes.

Depuis longtemps des plans étaient préparés, prévoyant les diverses formes d'action que nous pourrions être amenés à exécuter, soit pour répondre à une tentative SS d'extermination, soit, les conditions militaires et politiques étant alors favorables, pour reconquérir notre liberté.

L'occasion s'est présentée le 11 avril dernier. L'état d'alerte fut proclamé qui lançait nos camarades à l'assaut de la Tour et des miradors. Les compagnies de choc de chaque nationalité rapidement rassemblées s'armèrent, les fusils sortirent des cachettes où ils étaient depuis plusieurs mois. Mais il était environ 15 heures et les SS avaient pour leur plus grand nombre déjà quitté le camp. Cependant on ignorait encore très exactement la situation. Malgré les balles sifflant dans les rues du camp, nos camarades français des groupes spéciaux et de la Cie de choc partirent sans hésitation vers leur secteur de combat. Une section de la Compagnie de choc attaqua et désarma un nid de mitrailleuses servie par des SS ukrainiens.

Une heure plus tard, l'embranchement de la route de Weimar était occupé et, quelques instants après, les sections françaises étaient à pied d'œuvre sur leurs secteurs, patrouillant pour désarmer les SS et décidées à [re]pousser tout retour offensif possible de l'ennemi.

La situation était bonne dans notre secteur du fait de l'excellent état d'esprit des camarades mobilisés, la plus stricte discipline ne cessa de régner parmi nos unités qui prirent leur tâche au sérieux, ne quittèrent jamais leur poste, ne se livrèrent à aucun acte de pillage, firent toujours preuve de beaucoup de sang-froid et de décision.

Il était alors possible d'envisager de passer de la défensive à l'offensive, de pousser en avant en se fixant par exemple Weimar comme objectif, mais non seulement les blindés américains dépassèrent en opposition, mais encore aucune tentative SS ne se [manifesta]. Dès lors notre rôle se borna à occuper et surveiller un secteur dans la partie située à l'Est du camp, du monument Bismarck jusqu'aux arrières du camp. En fin de journée, notre armement comptait (pour les Français seulement) : 1 mitrailleuse lourde, 4 FM, 160 fusils, 140 Panzerfaust, des revolvers, un grand nombre de grenades et de munitions.

La journée du 11 avril nous a donné l'occasion d'affirmer notre volonté de lutte et notre assurance dans l'action. Nous n'avons pas eu l'occasion de donner toute la mesure de notre capacité. Cependant nous pouvons dire que l'ensemble de nos camarades et politiquement très, gonflé pour les luttes futures qui, sur d'autres plans, nous attendent à notre retour en France. Nous avons fait la démonstration que le Collectif français de Buchenwald était uni et que cette union est un gage pour l'avenir.