Une évasion du camp de Buchenwald
Témoignage de Carl Schrade
Le Vétéran, Fayard, 2011
Arrêté à Berlin en mai 1934 pour avoir tenu des propos antinazis dans un café, Carl Schrade est mis en prison. En octobre, il est interné au camp de Lichtenburg. En mars 1935, il est transféré au camp dʼEsterwegen puis au camp de Sachsenhausen en septembre 1936 et au camp de Buchenwald en juillet 1937.
Deux prisonniers réussissent une évasion [fin 1938]. Ils ont eu le courage de s'emmurer volontairement dans un puits du chauffage central des locaux SS situé en dehors du camp des détenus. Munis de vivres et d'eau, ils tiennent et résistent pendant cinq jours dans leur cachot improvisé, tandis que leurs camarades passent deux jours et une nuit debout sur la place d'appel en guise de représailles. Les plus minutieuses recherches se révèlent infructueuses, les « oiseaux » restent introuvables dans la forêt... Koch est dans un état nerveux indescriptible. Il doit subir toutes les avanies de la part de sa femme. La surveillance SS est sur les dents. Pendant quatre jours, un double cordon de sentinelles surexcitées bride le camp et les fins limiers de la maison ne connaissent pas de repos. Le cinquième jour, de guerre lasse, les mesures policières cessent : les deux emmurés quittent leur cachette et pendant la nuit se sauvent à toutes jambes. Ils se procurent des habits civils des papiers et regagnent sans encombre leur province, leur village et leur famille. Ils retournent même chez leurs anciens patrons et y sont embauchés de nouveau. Mais quelques semaines plus tard, la Gestapo vient les arrêter. Nous les avons revus le long du mur de la prison de Buchenwald, à quelques pas dessous la fière devise de « Ma Patrie ». Ils sont morts au bout de quelques jours.
Extrait de Carl Schrade, Le Vétéran. Onze ans dans les camps de concentration,
Fayard, 2011, pp.169-170

