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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans les premiers camps nazis (1933-1939)

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Une protestation inutile

Témoignage de Carl Schrade

Le Vétéran, Fayard, 2011

Arrêté à Berlin en mai 1934 pour avoir tenu des propos antinazis dans un café, Carl Schrade est mis en prison. En octobre, il est interné au camp de Lichtenburg puis transféré au camp dʼEsterwegen en mars 1935.

En décembre 1935, je reçus une convocation d'un tribunal de Berlin m'invitant à me présenter comme témoin dans un litige de droit civil. On m'emmena donc à Berlin et je m'y trouvai ainsi pendant la période des fêtes de Noël. Il me vint à l'idée de profiter de cette occasion pour adresser deux requêtes à l'Office de Sûreté du Reich. J'y exposais avec toutes preuves à l'appui que mon internement dans un camp de concentration avait été du point de vue juridique ordonné à tort – et je demandai ma libération... Ce faisant, je me rendais parfaitement compte que je risquais de m'attirer de gros déboires, car le règlement exigeait que toutes les lettres de prisonniers passent par la censure et je contrevenais de façon flagrante à cette mesure. Tant pis, j'avais soif de justice et de clarté.

Je retournai à Esterwegen seulement vers la mi-janvier 1936. Le chef du rapport me fit appeler quelques jours plus tard pour m'informer qu'un avis défavorable avait été donné au sujet de mes requêtes par l'Office de Sûreté de Berlin, Puis il ajouta : « Cela vous arrangeait, hein, d'aller à Berlin et d'y écrire vos demandes ? Ici, chez moi, vous passerez par la compagnie de discipline et vous pourrez y crever. »

 

Extrait de Carl Schrade, Le Vétéran. Onze ans dans les camps de concentration,

Fayard, 2011, p. 85