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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans les premiers camps nazis (1933-1939)

Lien vers les ressources sur le même thème

La répression des évasions dans les premiers camps de concentration

Témoignage d'un ancien détenu

Le Peuple allemand accuse, Editions du Carrefour, 1938

Les prisonniers qui sont suspectés de fuite ou qui en ont déjà fait la tentative, portent des bandes blanches autour de leurs pantalons et un grand cercle blanc cousu sur le dos de la veste. Le cercle blanc doit servir de cible.

Sous le prétexte de prévenir des évasions, le commandant du camp Schaefer émit une prescription dans laquelle on lit :

Pour diminuer la fréquence des tentatives d'évasion, j'ordonne ce qui suit : si un prisonnier réussit à s'évader, toute son équipe de travail et tout te baraquement où le prisonnier logeait, seront considérés comme complices. Tous les prisonniers de l'équipe du travail et du baraquement, à partir du jour de l'évasion, constitueront une « compagnie de punition ».

Le fait de mettre ensemble des prisonniers politiques avec des criminels de droit commun, surtout avec des criminels national-socialistes, a pour conséquence des dénonciations nombreuses.

Un jour, quelques prisonniers du camp n° 5 (Neusustrum) s'étaient entendus pour fuir par la frontière hollandaise, qui n'est qu'à 800 mètres du camp. Mais leur plan a été dénoncé jusque dans les derniers détails par des coprisonniers de droit commun. Dans tout pays civilisé, l'administration serait intervenue aussitôt. Mais le commandant national-socialiste du camp laissa partir tranquillement l'équipe du travail avec les prisonniers décides à fuir. En même temps, il posta, dans la direction de la frontière, une ligne de sentinelles en guet-apens, avec des pistolets automatiques et des carabines. Peu avant la cessation du travail, cinq prisonniers s'enfuirent dans la direction connue de l'administration. Sans les avertir, les sentinelles tirèrent sur les fuyards et deux d'entre eux (Cause et Schiffmann) furent tués. Les trois autres furent fustigés pendant de longues heures.

Ce paysage de marais avec sa vaste plaine monotone, sans arbres ni buissons, sans aucune élévation, est aussi peu favorable que possible à la fuite pendant la journée. Du haut de la tourelle du camp, on peut embrasser d'un coup d'œil toute l'étendue, qui forme une vaste circonférence. Aucun mouvement n'échappe aux yeux des sentinelles. Néanmoins, des prisonniers cherchent toujours à se soustraire par la fuite aux atrocités incessantes du camp. Ces tentatives de fuite sont entreprises le plus souvent dans la nuit. Ainsi, un prisonnier du camp 5, nommé Weiss, conçut le plan de fuir en rampant à travers les fils de fer barbelés. Il fut également dénoncé. On le laissa couper les quatre rangées de fil de fer, puis une balle l'atteignit au bras. Ultérieurement son bras dût être amputé. Un autre prisonnier politique du camp 4 (Walchum) fit une tentative de fuite ; on tira sur lui, il s'affaissa, ayant reçu une balle dans la jambe. Un gardien national-socialiste s'approcha de cet homme gravement blessé, sans défense, et l'assassina de trois coups de revolver.

Ce récit d'un ancien détenu d'un camp de prisonniers ne peut donner qu'un aperçu du système pénitentiaire national-socialiste. On pourrait choisir n'importe quelle maison de réclusion ou n'importe quel camp, on retrouverait partout les mêmes méthodes barbares, exposées dans les lois de tortures médiévales du national-socialisme. De partout arrivent les mêmes plaintes des prisonniers : punitions disciplinaires dʼune cruauté incroyable, brutalités, et surtout, et partout, - la faim toujours !

 

Extrait de Le Peuple allemand accuse. Appel à la conscience du monde,

Editions du Carrefour, 1938