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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans le système concentrationnaire (1940-1945)

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Le culte catholique clandestin au camp de Buchenwald

Témognage de H.L.J.P. Mazeaud

Visages dans la tourmente 1939-1945, Albin Michel, sans date

Le dimanche 15 avril 1945, à huit heures, la messe de la libération. Messe triomphale après les messes secrètes de Buchenwald, célébrées par un prêtre à plat ventre sur sa paillasse pendant que dorment les voisins. Elle est dite au Kino, vaste salle, où tantôt se triaient les prisonniers, comme un bétail, pour les « transports », tantôt se donnaient quelques concerts avec ces dames du bordel au premier rang. La salle est pleine. Mille hommes, privés depuis des mois ou des années du divin sacrifice, prient de toutes leurs âmes avec le prêtre belge, un Père blanc, qui officie. Les SS avaient en février transporté les prêtres à Dachau. Lui était resté, niant son sacerdoce au péril de sa vie, avec trois autres, un Tchèque et deux Français. Il parle à l'Evangile ; action de grâces des survivants ; imploration pour les deux cent mille morts. Puis il donne l'absolution générale. Le Christ descend sur l'autel, de là sur les lèvres libérées. La paix universelle.

On leur avait, dans la déportation, arraché leurs soutanes, donné des visages de forçats. Leurs cœurs n'ont point varié. Vieillards ou jeunes hommes, évêques ou séminaristes, séculiers ou réguliers, ils ont béni, purifié, pacifié. Celui-ci était l'âme ardente de l'Eglise secrète. Il portait en lui la force, la volonté. Il était sans peur. Chaque soir, au Block 31, assis à l'extrémité de la première table du Flügel B, la voix haute et ferme, il distribuait l'espérance et la foi. Celui-là, en des poèmes, qu'il récitait à voix basse, chantait l'horreur de Buchenwald, entrouvrait par son chant plaintif des cœurs enfermés. Cet autre, effacé, silencieux, toujours prêt, versait sur les hommes le pardon et la paix du Christ. Aucun n'a craint la mort pour aider les vivants à mourir. Sans l'asile des catacombes, environnés d'ennemis, entourés d'espions, ils ont dit des messes punies de mort, donné des absolutions punies de mort, distribué des communions punies de mort.

 

Extrait de H.L.J.P. Mazeaud, Visages dans la tourmente 1939-1945

Albin Michel, sans date