Lettres codées et gâteaux à secrets au camp de Dachau
Arnold Liebster Fondation
Témoin de Jéhovah, Adolphe Arnold est arrêté par la Gestapo en septembre 1941 sur son lieu de travail, à Mulhouse, comme « ennemi de lʼEtat ». Dʼabord incarcéré à la prison de Mulhouse, il est envoyé en décembre au camp dʼinternement de Schirmeck. En janvier 1942, il est transféré au camp de Dachau et porte le triangle violet des « sectateurs de la Bible » (matricule 28 818). A lʼété 1944, il est transféré au camp de Mauthausen (matricule 89 033) puis est affecté durant lʼhiver au Kommando dʼEbensee.
Comme Adolphe nʼétait alors pas autorisé à communiquer avec les siens, il ne savait pas que sa fille avait su résister au nom des principes chrétiens. Mais Marcel, tante Eugénie et les Koehl se joignirent à Emma pour complimenter Simone sur la façon dont elle avait réagi selon sa conscience. Aucun dʼeux nʼaurait accepté de dire « Heil Hitler », une salutation qui reconnaissait implicitement en Hitler un « sauveur » : ce titre ne devait être attribué quʼà Jésus. Par conséquent, ils encouragèrent Simone à rester ferme dans la voie quʼelle avait choisie.
Dès que lʼéchange de courrier fut autorisé avec son mari, Emma lui donna des nouvelles en utilisant nombre de termes codés : « les amis du jardin » se référait aux Koehl, « une lettre de maman » au périodique La Tour de Garde, « une séance de natation » au baptême, et « Haman » (un ennemi historique des Juifs, dans la bible) à la Gestapo. Pour désigner lʼœuvre qui consiste à aller voir les gens et répandre lʼévangile, elle parlait de « solides chaussures ». Quand elle indiquait quʼun ami « avait été envoyé au sanatorium », cela voulait dire quʼil avait été arrêté. Et les « bonnes notes » de Simone renvoyaient à sa fermeté chrétienne. Le courrier ne devait comporter que quelques lignes et était strictement réglementé, selon un calendrier précis.
Lorsque le commandant de Dachau autorisa les détenus à recevoir des colis alimentaires de leur famille, celles-ci eurent du mal à relever le défi : comment trouver de quoi remplir un paquet quand les denrées étaient si rares ? Emma se procura de lʼhuile de poisson au marché noir et les Koehl et Eugénie ajoutèrent ce quʼils purent. Emma profita de lʼoccasion pour faire parvenir à son mari ce quʼelle appelait des « vitamines » : elle recopia de courts extraits de la Tour de Garde sur des bandes de papier pelure quʼelle roula soigneusement avant de les introduire entre deux petits gâteaux collés ensemble avec du miel. Elle utilisa des gâteaux de la pire qualité pour que personne ne soit tenté de les dérober. La ruse marcha : dans la lettre qui suivit, Adolphe remercia pour les « vitamines ».

