Lʼévasion collective du Block 20 au camp de Mauthausen
Etude de l'Amicale de Mauthausen
Mauthausen. Des pierres qui parlent, Paris, 1995
Ouvrage rédigé par des membres de l'Amicale des déportés et familles de Mauthausen.
C'est dans ce contexte que se produisit dans la nuit du 2 au 3 février 1945 un événement extraordinaire : l'évasion collective du Block 20. Dans ce Block, de même dimension que les autres, étaient entassés, dans des conditions effroyables, près de mille officiers évadés, presque tous soviétiques. Soumis à de terribles brimades de jour et de nuit, leur nourriture réduite à des rations de famine, ils étaient voués à une mort certaine. C'est dans ces conditions que 400 d'entre eux, les plus forts et les moins affaiblis, organisèrent une évasion digne de l'épopée. Les phases chronologiques en furent les suivantes :
Ratissage de la neige autour du Block, comme d'habitude, mais en tassant de gros tas, près du mur, sous les miradors, de façon à faciliter l'approche des sentinelles.
Pendant la nuit, liquidation simultanée du chef de Block et de ses sept assistants, tous criminels féroces, puis leurs vêtements endossés, sortie tumultueuse dans la cour et manœuvre infernale, comme cela se faisait couramment, avec des ordres hurlés en allemand.
Pendant ce temps, deux groupes escaladent les monticules de neige et aveuglent les sentinelles des miradors avec les deux extincteurs à mousse pris dans le Block.
Aussitôt d'autres groupes jettent des couvertures sur les fils de fer barbelés pour permettre le passage. Les deux premiers groupes, avec les mitrailleuses prises aux SS des miradors proches neutralisent les autres miradors, tandis que leurs camarades s'évadent…
Il y parviennent pour le plus grand nombre. Dʼaprès un rapport de la Police criminellede Linz (Kripo) en date du 3 février 1945, ils ont été 419 à franchir la limite extérieure du camp et gagner la campagne environnante…1
Les SS, un moment désorientés ripostent avec toute la force de répression dont ils sont encore capables. Dès le lendemain, les occupants du Block 20 qui n'ont pas pu participer à l'opération sont rageusement exterminés. Pendant trois jours, une terrible chasse à l'homme est menée par les SS et leurs chiens, la gendarmerie et des tueurs aux abois.... La population, y compris les enfants, est appelée par radio à participer aux recherches...
La plupart des évadés, mal-vêtus, pieds-nus, affamés, ne connaîtront pas longtemps la liberté pour laquelle ils ont tenté lʼexploit de lʼimpossible. Beaucoup tomberont dʼépuisement avant dʼêtre repris. Les autres sont massacrés le plus souvent sur place, isolément ou en groupes. Mais une dizaine parviendront à retrouver finalement le chemin du salut.
L'exploit de ces hommes, que nul auparavant n'aurait pu croire réalisable, eut une résonnance extraordinaire dans l'ensemble du camp. Il démontra que l'engagement d'un combat pouvait dans sa première phase se faire avec peu de pertes. Il stimula les énergies de la Résistance intérieure. Il renforça la conviction d'une victoire possible.
Extrait de Amicale des déportés et familles de Mauthausen,
Mauthausen. Des pierres qui parlent, Paris, 1995, pp. 60-61.
Note
1 Cité par lʼhistorien américain Gordon J. Horwitz, Mauthausen, ville dʼAutriche, Le Seuil, 1992.

