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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans le système concentrationnaire (1940-1945)

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Hommage à un pendu à Mauthausen

Témoignage de Pierre Saint Macary

Mauthausen, percer lʼoubli, LʼHarmattan, 2004

La place d'appel est couverte de monde. Pas en colonne, mais en pagaille.

« Tous les interprètes au rapport !  ». Une fois rassemblés, chacun dans sa langue annonce à la foule : untel, évadé, repris, va être pendu.

Une poutre horizontale, une corde pend avec une boucle, un banc. Le dispositif simple et suffisant.

Entouré de policiers du camp, le condamné sort des rangs indistincts. Il est poussé vers le banc, grimpe dessus, on lui passe la boucle autour du cou. On bascule le banc...

Stupeur et fureur : une grande partie de l'assistance, spontanément, au même instant, a ôté sa coiffure, moi comme les autres, sans concertation, sans mot d'ordre. Avec un sourd murmure d'horreur et de réprobation.

Une explosion de démence répond.

Les trois SS et les cadres du camp, les exécuteurs, bondissent et hurlent : « Vous n'avez pas à vous découvrir devant une ordure, etc. ».

Mais c'est fait. Est-ce le soleil de cette fin d'hiver ? Nous avons réagi en hommes libres, saluant le supplicié, tous, au même instant, dʼun même geste.

 

Extrait de Pierre Saint Macary, Mauthausen, percer lʼoubli

LʼHarmattan, 2004, pp. 104-105.