« Le Camp libre », journal du camp dʼEbensee libéré
Témoignage de Pierre Saint Macary
Mauthausen : percer lʼoubli, LʼHarmattan, 2004
Pierre Saint Macary entre est arrêté en 1943 comme résistant et est déporté au camp de Mauthausen en 1944. Il est ensuite transféré aux Kommandos de Melk puis dʼEbensee.
Libre et indépendant, il s'agit bien d'un journal que nous avons créé le 8 mai. J'ai écrit de ma main les quatre pages du numéro 1 et fortement inspiré le premier éditorial dûment approuvé en comité de rédaction.
Aujourd'hui, J. Chandezon (Ernest), qui aime mieux dessiner qu'écrire a croqué la salle de rédaction, son cadre et ses acteurs. Sa caricature témoigne pour la postérité : J. Baroin s'applique, solidement carré à son bureau ; Ernest est justement devant la planche à dessin que nous avons récupérée au bureau des entreprises ; les deux coursiers, car il ne saurait s'agir de plantons se tiennent prêts à toute mission ; j'étudie les maigres coupures de journaux dont je vais extraire une de mes rubriques militaro-stratégiques. A. Fougerousse concocte l'édito du prochain numéro et R. Hilsum, seul à savoir taper à la machine, joue le rôle de toute l'imprimerie. Marco Pages enfin, en tirant sur sa pipe, plié en deux, fouille dans un classeur...
Dans la nuit du 11 mai 1945, le numéro 4, dactylographié en six exemplaires et non plus manuscrit, comme les trois précédents, est sous presse... si l'on peut dire.
Il règne le désordre élégant que nous pensons être celui d'une salle de rédaction.
H. Fournier, notre cuisinier, n'est pas là. Il s'occupe du ravitaillement.
C'est le constat tangible de la liberté, dont l'exercice, pour le moment, nous importe bien plus que le rapatriement dont l'échéance commence à jouer les Arlésienne.
Extrait de Pierre Saint Macary, Mauthausen : percer lʼoubli,
LʼHarmattan, 2004, pp. 126-127.

