Le refus collectif de travailler : l'exemple des témoins de Jéhovah.
Etude de Bernhard Strebel
Ravensbrück. Un complexe concentrationnaire, Fayard, 2005
En décembre 1939, [des témoins de Jéhovah] refusèrent de coudre des cartouchières pour les soldats de la Wehrmacht. Elle sera votre enchère derrière une interprétation très stricte de la Bible, qui ne leur interdisait pas seulement toute forme de service armé mais tout travail susceptible de soutenir directement la guerre. Presque toutes les Etudiantes de la Bible qui se trouvaient alors au camp (environ 420), c'est-à-dire à l'époque près du cinquième des effectifs de Ravensbrück, participèrent à cette action. La SS les punit de plusieurs semaines de bunker, au cours desquelles elles durent, tous les jours, rester debout dans la cour de la prison sans vestes ni foulards, vêtues uniquement de robes légères par des températures largement inférieures à zéro. Pendant trois semaines, on ne le redistribuera quotidiennement qu'un peu de pain et un gobelet de café, avec tous les trois ou quatre jours un maigre repas chaud à midi. Mais elles ne cédèrent pas. Par la suite, les actions de ce genre furent essentiellement le fait d'une fraction radicale – dite aussi « extrémiste ». À la fin de 1941-1942, plusieurs d'entre elles refusèrent de travailler, notamment dans les Kommandos « élevage de lapins angora « et « Kellerbruch », sous prétexte que ses activités servaient indirectement l'effort de guerre allemand. Cette fois encore, elle s'obstinait hier dans leur refus malgré des sanctions draconiennes. Plusieurs d'entre elles furent probablement envoyés à Auschwitz par le transport d'octobre 1942, puis réexpédier à Ravensbrück peu après et, selon le récit de Buber-Neumann1, exécuté pour refus de travailler.
Extrait de Bernhard Strebel, Ravensbrück. Un complexe concentrationnaire,
Fayard, 2005, pp. 514-515.
Note
1 Cité dans Margarete Buber-Neumann, Prisonnière de Staline et dʼHitler, 1986.

