Lʼaccueil du convoi des mineurs du Pas-de-Calais au camp de Sachsenhausen
Etude de l'Amicale dʼOranienburg-Sachsenhausen
Sachso, Plon / Editions de Minuit, 1982
La résistance à Sachsenhausen et dans les autres de concentration doit être considérée comme partie intégrante de la lutte menée par les combattants en uniforme ou clandestins sur tous les fronts et dans tous les pays occupés par les nazis. Cette résistance dans les camps est caractérisée par le danger de mort menaçant chacun à chaque instant et par l'action en étroit et constant coude-à-coude de combattants de toutes nationalités. Malgré les différences historiques, les incompréhensions de langue et de coutumes, les divergences d'origine sociale, politique ou religieuse, cette union, difficile à réaliser, qui a été un facteur décisif de survie.
A Sachsenhausen, cette histoire débute pour les Français par l'arrivée des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais en juillet 1941. L'organisation clandestine d'alors, déjà internationale, est dirigée par des antifascistes allemands, notamment les communistes Albert Buchmann, Rudi Grosse et le Lagerältester Harry Naujocks. Organisation maintes décimée par les SS, qui torturent, pendent ou fusillent, mais chaque fois reconstituée.
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Donc, en juillet 1941, l'organisation clandestine charge Heinz Junge, jeune communiste employé à la Schreibstube et connaissant l'espéranto, d'établir un contact avec les mineurs français qui viennent d'arriver. Il y parvient et Rudi Wunderlich, agent de liaison de Harry Naujocks, prend la suite :
« Vingt-six morts au cours du transport », écrit Rudi : « Les détenus allemands, polonais, tchèques, autrichiens, alors au camp, ont déjà vu bien des horreurs, mais le tableau qu'offrent les mineurs les stupéfie. Ils sont à demi fous de faim et de soif, après avoir été entassés plusieurs jours dans des wagons de marchandises plombés sans recevoir ni boisson ni nourriture. Nous, les anciens du camp, nous ne restons pas inactifs. Des morceaux de pain noir sont collectés. Pendant des semaines, de nombreux détenus sacrifient une partie de leur ration de soupe pour essayer de remettre sur pied les Français. Et la solidarité des détenus de toutes les nations se révèle efficace. » Rudi conclut : « La tentative des SS de créer la mésentente entre les détenus des différentes nationalités échoue grâce à l'organisation clandestine d'une fraternelle solidarité. »
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Déjà, l'aide fraternelle dont ont bénéficié les mineurs français a été dénoncée par les « verts » à la direction SS du camp. Cette dernière en a déduit que l'administration intérieure par les détenus sert, une fois de plus, de couverture l'organisation antifasciste clandestine. Dès cet instant, la Gestapo enquête sur cette « trahison » que constitue la solidarité internationale.
En octobre 1942, le commandant SS de Sachsenhausen frappe. Tous les communistes connus qui ont des fonctions dans le camp, doyens, chefs de block, etc., sont chassés de leurs postes. Ils sont enfermés en cellules, torturés, mais ne dénoncent pas leurs camarades de l'organisation. Tous les arrêtés sont envoyés au camp de Flossenbürg, à la carrière, où la survie est toujours brève. Mais ils bénéficient de la solidarité de leurs compagnons de Flossenbürg et le plan des SS de les exterminer par un travail exténuant et par la faim est déjoué.
Les mineurs français échappent à cette répression. Bien que sortant à peine d'une lutte acharnée, ils apportent à la résistance internationale leur courage et leur expérience.
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Fin 1941 les camarades allemands font entrer dans le Kommando de ramassage des morts qui dessert le Revier. Là il peut récupérer des bouts de pain, des fonds de bouteillons de soupe et participer ainsi lui-même à l'aide envers les autres mineurs sur qui s'acharnent les SS. Classés dans la catégorie NN, c'est-à-dire condamnés à disparaître, ils n'ont pas le droit d'écrire et ceux qui tentent de faire sortir du camp des lettres clandestines sont durement châtiés. Ils sont pendus par les pieds avec des chaînes et Louis Quesnoy, entre autres, gardera toujours ses chevilles labourées de cicatrices profondes. Quant à Paul Dubois, un SS lui fracasse un jour le genou d'un coup de crosse, ce qui est le début de longues et douloureuses complications. En 1943, le docteur Coudert évitera une amputation, mais plus tard Paul Dubois perdra sa jambe.
Extrait de Amicale dʼOranienburg-Sachsenhausen,
Sachso. Au cœur du système concentrationnaire nazi,
Plon / Editions de Minuit, 1982, pages 354-358.

