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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans les centres de mise à mort (1942-1944)

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Mala la Belge

Témoignage de Sonia Goldman

Les révoltés de la Shoah, Omnibus, 2010

Sonia Goldman est arrivée à Auschwitz, avec le 24e convoi parti de France, le 7 avril 1944.

« Je n'ai rencontré Mala qu'une seule fois face à face. Je n'étais à Birkenau que depuis quelques jours. C'était l'après-midi, je me trouvais dans le baraquement, où, avec d'autres femmes, nous passions notre quarantaine. Pendant ces quelques jours, nous avions vite appris les premiers rudiments de la survie au camp, notamment auprès des anciennes qui nous donnaient des tuyaux. C'est ainsi que j'ai appris l'existence de Mala.

« Quand elle est entrée dans le baraquement, il me semble que je l'ai tout de suite reconnue. Elle était bien mise, avec des vêtements civils, presque élégante, et s'adressa à moi en français, en m'appelant par mon nom. C'est surtout ça qui m'a touchée : qu'on puisse s'intéresser à moi en tant que personne et pas comme un numéro. Elle s'est inquiétée de la manière dont j'étais traitée. Je lui ai raconté les conditions inhumaines de notre voyage. Nous avons parlé pendant une dizaine de minutes. A la fin, elle m'a donné un crayon et un bout de papier : "Si tu as des choses à me demander, tu trouveras bien un canal pour le faire." Je me suis demandé comment faire pour que ce papier et ce crayon échappent à la fouille. J'ai dû les cacher quelque part et ne les ai plus retrouvés par la suite.

« Pour mes copines et moi, Mala était comme un ultime recours en cas de détresse. Nous avons pu en bénéficier à deux reprises. Après quelques semaines de travail de forçat dans les équipes "extérieures", notre petit groupe a été envoyé dans la nouvelle unité qui avait pour mission de trier les effets personnels des déportés. Mon amie Annette n'avait pas réussi à s'y faire inscrire, car le quota était atteint. C'est Mala qui a ajouté son numéro sur la liste. C'était une véritable planque et c'est à Mala qu'on la devait.

« Bien plus tard, c'est aussi grâce à Mala que nous avons pu bénéficier dʼun transfert à lʼinfirmerie dʼAuschwitz I ou nous avons repris quelques forces.  »

 

Extrait de Gérard Huber, « Mala, une héroïne à Auschwitz »,  dans Marek Halter (présentation),

Les révoltés de la Shoah. Témoignages et récits,  Omnibus, 2010, pp. 355-356.