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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans les centres de mise à mort (1942-1944)

Lien vers les ressources sur le même thème

La révolte du « Sonderkommando » dʼAuschwitz-Birkenau vue par un SS

Témoignage de Pery Broad

Auschwitz vu par les SS, Musée dʼEtat dʼAuschwitz-Birkenau, 1996

Le SS-Unterscharführer Pery Broad arrive à Auschwitz en avril 1942. Dʼabord gardien, il est ensuite affecté à la Politische Abteilung (la Section politique) du camp. Arrêté en mai 1945 par les Britanniques, il rédige un mémoire en allemand sur ses activités au camp dʼAuschwitz. Son témoignage est dʼune grande précision mais il évite dʼévoquer son implication personnelle dans les événements quʼil décrit. Libéré en 1947, il est de nouveau incarcéré en 1959 dans le cadre de lʼenquête préparatoire au procès de Francfort. Malgré les précisions recueillies sur son parcours à Auschwitz, il nʼest condamné quʼà 4 ans de prison ferme, faute de certitudes sur sa participation directe à lʼassassinat de détenus.

En automne 1944, encore un massacre sanglant eut lieu au camp de Birkenau. Les Sonderkommandos des crématoires n'avaient rien à faire, et on avait décidé de les réduire. Plusieurs centaines furent assignés à un « transport pour Gleiwitz  ». Les détenus des Sonderkommandos savaient bien ce que cela voulait dire ! On les promena dans un fourgon une fois autour du camp de Birkenau, pour simuler un départ devant les autres détenus. Ils furent transportés ensuite aux chambres à gaz.

Les détenus qui n'avaient rien à perdre, parvinrent à se procurer des explosifs grâce à l'aide des prisonniers1 travaillant à l'usine Weichsel-Union-Werke2 qui produisait des allumeurs. A lʼaide des explosifs, les détenus du Sonderkommando fabriquèrent des grenades primitives. Il projetait une évasion simultanée de tous les crématoires. L'incendie du crématoires III [IV] devait donner le signal de la révolte. Cet acte de désespoir ne réussit pas. Le crématoires III [IV] fut incendiée effectivement, et quatre-vingts prisonniers du crématoire I [II] avaient réussi à passer par les barbelés de son enceinte. Mais malgré cela, le soir de ce jour fatal, ces quatre-vingts évadés ainsi que des centaines d'autres infortunés-surtout ceux du crématoire III [IV] - gisaient tués devant les ruines en cendres. Ceux qui nʼavaient pas péri pendant leur fuite du crématoire III [IV], furent conduits dans les chambres à gaz non détruites. De là, on les faisait sortir dix par dix dans la cour où il devait se mettre à plat ventre sur le sol pour recevoir une balle dans la nuque. Ainsi fut réglée l'affaire du « transport pour Gleiwitz ».

Quelques jours plus tard, cinq SS paradaient fièrement avec les Croix de fer qu'il venait de recevoir. Dans son discours devant toute la troupe assemblée, le commandant du camp d'Auschwitz, le SS - Sturmbannführer Baer, souligna le fait que c'était la première croix de fer que les troupes d'un camp de concentration aient reçue du Reichsführer3 pour « leur attitude héroïque envers la tentative d'une évasion massive ».

 

Extrait de « Déclaration de Pery Broad »,  dans Auschwitz vu par les SS. Rudolf Höss, Pery Broad, Paul Kremer

Musée dʼEtat dʼAuschwitz-Birkenau, 1996, pp. 138-139.

 

Notes

1 Plus exactement par lʼintermédiaire de prisonnières.

2 En 1943, on a fait construire par les prisonniers, à lʼintérieur de la grande ceinture des postes de garde, une usine dʼarmement, appartenant dʼabord à lʼentreprise Krupp. Elle a été remise par la suite à lʼUnion-Werke.

3 Heinrich Himmler.