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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Résister dans les centres de mise à mort (1942-1944)

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Informations sur le camp de Belzec

Article publié dans Notre Voix, 1er août 1943

Qui savait quoi ? Lʼextermination des Juifs 1941-1945, La Découverte, 1987

Lʼhorrible massacre de 6 000 Juifs au camp dʼextermination de Belzek

Le deuxième témoignage est apporté par un Polonais arrivé à Londres, qui était en liaison permanente avec les groupements de résistance de son pays, et qui a assisté au massacre de milliers de Juifs.

« C'était à Belzek. 6 000 Juifs des deux sexes et de tous âges étaient arrivés du ghetto de Varsovie. On leur avait dit qu'ils allaient travailler dans les champs ou creuser des tranchées.

« Dès leur arrivée, on les encouragea à écrire à leurs amis pour les rassurer, leur dire qu'ils n'étaient pas maltraités et qu'on n'était pas aussi malheureux qu'on le croit. C'est là une tactique de la politique allemande pour éviter la résistance. Car, au printemps de 1943, quand les formations allemandes pénétrèrent dans le ghetto, les Juifs de Varsovie ayant appris le destin de ceux qui partent "vers l'Est", ils se révoltèrent et les Allemands perdirent plus de 1 000 hommes avant de pouvoir maîtriser la révolte et massacrer les survivants. Au camp, les Juifs ignoraient ce qui les attendait. Le massacre eut lieu un jour après leur arrivée.

« Le camp était entouré d'une clôture que longeait une voie ferrée à 10 m. Un étroit passage mène de l'entrée du camp à la voie ferrée, bordé de deux palissades. Vers 10 heures, arriva un train de marchandises. Les gardiens se mirent à tirer en l'air et ordonnèrent aux Juifs de monter dans le train. Ils créèrent la panique et les Juifs, poussés dans l'étroit passage, se bousculaient pour monter dans le premier wagon en face du passage. C'était un wagon ordinaire, de ceux sur lesquels on peut lire : 6 chevaux ou 36 hommes. Le plancher était couvert d'une couche de chaux vive de 5 cm d'épaisseur, mais les Juifs ne la voyaient pas. Les gardiens en firent monter une centaine dans le wagon ; ils se tenaient debout serrés les uns contre les autres. Ensuite, ils en lancèrent encore une trentaine de plus sur la tête des autres. C'était un spectacle horrible. La même scène recommença 51 fois.

« Le train se mit en marche. J'appris la fin de l'histoire des bourreaux eux-mêmes qui "expédiaient" de 1 à 2 trains par semaine. Le train s'arrête dans un champ à environ 40 km. Les wagons restent là, hermétiquement fermés pendant 6 ou 7 jours. Lorsqu'on ouvre les portes, les occupants sont morts et certains dans un état de décomposition avancée. En effet, une des propriétés de la chaux vive est de dégager des vapeurs de chlore quand elle entre en réaction avec de l'eau. Les Juifs sont lentement asphyxiés par les vapeurs, tandis que la chaux vive ronge leurs pieds jusqu'aux os. »

Après lecture de ces deux témoignages, il ne peut et il ne doit plus y avoir aucun doute pour aucun Juif : LA DEPORTATION, C'EST LA MORT CERTAINE. LA MORT TERRIBLE. La seule voie, la seule possibilité de se sauver, c'est la résistance, de toutes ses forces et par tous les moyens, y compris LA

RESISTANCE ARMEE CONTRE LES DEPORTATIONS.

Que les deux témoignages de Pologne soient surtout un avertissement et un appel à tous ceux qui se bercent encore d'illusions et croient pouvoir se sauver parce que, appartenant à telle ou telle catégorie qu'on ne touche pas pour le moment. […]

 

Cité dans Stéphane Courtois et Adam Rayski,  Qui savait quoi ? Lʼextermination des Juifs 1941-1945

La Découverte, 1987, pp. 203-205.