La révolte des derniers détenus du camp de Chelmno
Etudes de Martin Gilbert et de Claude Lanzmann
Jamais plus. Une histoire de la Shoah, Tallandier / Historia, 2001 et Shoah, Fayard, 1985
Le camp de Chelmno est ouvert en décembre 1941. Il fonctionne jusquʼau printemps 1943. Il est remis en service de juin 1944 à janvier 1945. A cette date, il ne reste que quelques dizaines de détenus destinés à la mort.
La nuit du 17 janvier 1945, les SS entrent dans les baraquements de Chelmno. Lʼun dʼeux, torche à la main, exige que cinq hommes le suivent. Cinq prisonniers sortent. Mordekhaï Zurawski se souvient : « Nous entendîmes cinq coups de balles. » Quelquʼun dʼautre se présenta et réclama : « Cinq de plus dehors ! » Et il y eut encore des tirs. Puis ils firent sortir un troisième groupe de cinq. Après une série de coups de feu, un quatrième groupe fut appelé, parmi eux Zurawski. « Le SS entra. Jʼétais caché derrière la porte, un couteau à la main. Je sautai sur lui et le transperçai, cassai sa torche et le frappai encore et encore, et mʼenfuis. » En sʼéloignant du camp, il reçoit une balle dans le pied, mais il réussit à se cacher dans lʼépaisseur du bois. Un deuxième juif du groupe de quarante-deux, Shimon Srebnik, qui survivra également, raconte : « Jʼétais le plus jeune. Je me suis mis à courir. Je nʼavais même pas enfilé mon pantalon. Je nʼavais quʼun caleçon et un maillot. » Une balle lʼatteignit dans sa fuite : pénétrant par la nuque, elle ressortit par la bouche. Au procès dʼEichmann à Jérusalem, en 1961, il montrera sa cicatrice à la cour. « Un soldat gardait les groupes de morts, achevait ceux qui montraient encore quelques signes de vie… je courais quand il nʼavait pas le regard fixé sur moi et je me suis caché dans la cabane dʼun non-juif jusquʼà la libération. » Srebnik est lʼun des deux seuls survivants de la révolte.
Extrait de Martin Gilbert, Jamais plus. Une histoire de la Shoah,
Tallandier / Historia, 2001, p. 127.
Sur les 400 000 hommes, femmes et enfants qui parvinrent [à Chelmno], on compte deux rescapés : Mordechaï Podchlebnik et Simon Srebnik. Simon Srebnik, survivant de la dernière période, était alors un enfant de treize ans et demi. Son père avait été abattu sous ses yeux, au ghetto de Lodz, sa mère asphyxiée dans les camions de Chelmno. Les SS lʼenrôlèrent dans un des Kommandos de « Juifs de travail », qui assuraient la maintenance des camps dʼextermination et étaient eux-mêmes promis à la mort.
[…]
Dans la nuit du 18 janvier 1945, deux jours avant lʼarrivée des troupes soviétiques, les nazis tuèrent dʼune balle dans la nuque les derniers « Juifs du travail ». Simon Srebnik fut exécuté lui aussi. La balle ne toucha pas les centres vitaux. Revenu à lui, il rampa jusquʼà une soue à cochons. Un paysan polonais le recueillit. Un médecin-major de lʼArmée rouge le soigna, le sauva. Quelques mois plus tard, Simon partit pour Tel-Aviv avec dʼautres survivants.
Extraits de Claude Lanzmann, Shoah,
Fayard, 1985, pp. 17-19.

