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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Les résistants face à la répression

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Lettre dʼEdouard Maury à son fils, prison de La Santé à Paris, 12 septembre 1942

coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny / fonds Antoine Maury

Le 12 septembre 1942, Edouard Maury écrit à son fils de 11 ans, Jacques, afin de lui raconter les suites de son arrestation. La lettre ne passe pas par la voie régulière des gardiens qui lisent et contrôlent ce qui est écrit par les détenus, elle est placée clandestinement dans une bouteille thermos. La lettre originale étant devenue presque illisible, le texte est tapé à la machine à écrire afin d'en conserver une trace (le document présenté est ce tapuscrit).

Cette lettre décrit le parcours dʼEdouard Maury depuis son arrestation et se veut aussi un témoignage sur les méthodes policières et les traitements subis lors de sa détention au dépôt de la Préfecture de police de Paris : « Je te dis tout cela pour que tu vois quels procédés on emploie ». Il comprend en voyant revenir de lʼinterrogatoire son camarade Maurice Couderchet que cʼest « une dure corvée ». Il décrit son passage entre les mains des inspecteurs et les tortures subies de façon précise et pudique. Menotté serré, il est « frappé un peu ». Devant son silence il est frappé à la tête à coups de matraque puis à « coups de poings dans lʼestomac » puis couché sur une chaise et à nouveau frappé. Il sʼévanoui, est réanimé en recevant de lʼeau froide sur la figure. Il précise : « ils mʼont encore frappé sur les épaules, ils étaient six, chacun y participait, jʼen ai eu les marques pendant plus de 15 jours ». Cette lettre est aussi la réaffirmation de son courage et de sa détermination face à la torture : « Tout ce quʼils ont fait cʼest de nous affermir dans nos conception, car bientôt nous aurons la victoire et nous pourrons encore avoir de beaux jours ». Il se pose la question du sens lorsquʼil affirme à propos du fils du facteur arrêté alors quʼil nʼy est pour rien : « la justice nʼexiste plus ».

Le reste de la lettre est une description des conditions de détention au dépôt qui sont déplorables : surpopulation des cellules, poux, puces, rations alimentaires insuffisantes fournies par lʼadministration dont de « lʼeau poivrée le matin ». Il évoque aussi la solidarité qui permet aux prisonniers de résister aux mauvais traitements et de tenir : discussions, mise en commun des colis, partage et fraternité qui sont des points dʼappuis indispensables pour garder un bon moral.