Les causeries du Dr Friedrich
Brochure de propagande allemande, juin 1943
coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny
Les causeries du Dr Friedrich
23 juin 1943
Texte dʼune brochure de propagande allemande en français reprenant une conférence du Dr Friedrich du mercredi 23 juin 1943 à Radio-Paris (coll. Musée de la Résistance nationale / Champigny)
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LE VRAI SOCIALISME
Son application et ces formes en Allemagne Nationale-Socialiste
N. S. V.
Le public français a souvent lu ou entendu parler de ces trois initiales sans pouvoir se faire une idée sur leur signification, c'est pourquoi je voudrais, au cours d'une série d'articles, préciser leur sens dans l'esprit des lecteurs.
Nationalsozialistische Volkswohlfahrt (N.S.V.) peut être traduit par « organisation nationale-socialiste de bienfaisance populaire » ou encore « organisme d'entr'aide national-socialiste », ce qui correspond davantage au sens de son activité.
La N. S.V. fut créée par un décret du Führer en date du 3 mai 1933, sur la base de l'adage : « 'intérêt général prime l'intérêt particulier. » S'efforçant non pas seulement de guérir, mais de prévenir, elle est l'expression vivante de l'esprit de sacrifice du peuple allemand pour la communauté nationale-socialiste.
Le caractère principal de cette œuvre est d'apporter une aide matérielle effective qui ne dispense ni l'État, ni les communes de verser les prestations légales aux nécessiteux.
Cette aide est la condition même de l'existence du nouvel État car seul un peuple fort et sain pourra remplir la tâche qui lui a été fixée par le destin. Elle s'adresse à tous les membres de la communauté populaire sans aucune distinction de classes ou de confessions.
Son domaine d'activité s'est étendu avec le temps. Si, au début de sa fondation, la N.S.V. s'occupait surtout de combattre la faim et le froid, elle s'est rapidement portée vers des problèmes vitaux pour l'Allemagne nationale-socialiste. Lʼaide à la mère et à l'enfant » a nécessité la création de 24.000 bureaux médico-sociaux, qui aident et protègent la famille, cellule de la communauté, et assurent la santé et la pureté de la race.
Comme nous le verrons au cours de prochaines publications, la N.S.V. résout la question sociale, non seulement pour une partie du peuple, mais pour l'ensemble de la communauté nationale-socialiste.
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LES CAUSERIES DU Dr. FRIEDRICH ONT LIEU :
Les mercredis, à 19 h. 30, sur 312 m, 8 (959 kcs.).
Les dimanches, à 13 h. 20, sur 219 m. 6 (1.366 kcs.) ; 247 m. 3 (1.213 kcs.); 274 m. (1.095 kcs.); 312 m. 8 (959 kcs.).
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Un
Journaliste Allemand
vous parle...
Par le Dr. FRIEDRICH.
Mercredi 23 juin 1943, 19 h. 30.
MES CHERS AUDITEURS.
Pardonnez-moi si aujourd'hui, exceptionnellement, je ne m'adresse pas à vous, mais à mes confrères et collègues de Radio-Londres, Radio-Alger, Radio-Brazzaville ou Radio-New-York... Je voudrais tenir avec eux une petite conversation.
MES CHERS CONFRERES DE L'AUTRE CÔTE,
J'ai quelques renseignements à vous demander...
Vous cherchez à faire croire au monde que vous défendez les intérêts français, alors que, par les sous que vous touchez, vous êtes, depuis la première minute de votre précieuse collaboration aux divers Broadcastings Systems qui vous emploient, plus Anglais que les Anglais et plus Américains que les Américains eux-mêmes. Remarquez que cela n'a d'ailleurs aucune importance : vous taxez l'intelligence de cette clientèle française à laquelle vous vous adressez à sa juste valeur, et vous n'avez pas tort. Un jour ou l'autre, quand ce sera trop tard, les Français se rendront peut-être compte que vous vous foutiez d'eux depuis trois ans, comme vous vous êtes foutus d'eux pendant vingt ans, mais qu'est-ce que cela peut vous faire? Même si un jour les Français bernés et couillonnés par vous se fâchent, qu'est-ce que cela peut vous faire?... Vous êtes beaucoup trop loin pour que cela puisse vous atteindre...
D'ailleurs, vous savez, elle n'est pas mal, la besogne que vous faites... ces appels à la grève, aux meurtres, au sabotage, à l'insurrection, à la révolte, « aux armes, citoyens ! ... », « tuez, pillez », et que sais-je et toujours avec ce roulement de tambour dans la voix, cette voix stridente et cassante comme le clairon de Déroulède... D'ailleurs, qu'est-ce que vous risquez?... Vous faites comme Daladier et Reynaud, vous envoyez les gens au casse-pipe, et vous leur dites, sagement planqué dans un coin loin du feu et loin du danger : « Nous sommes de cœur avec vous », ça fait plaisir et ça encourage, jusqu'à un certain point. Quand vous aurez réussi à éconduire à nouveau les Français et à transformer la France en sang et ruines, vous pourrez être contents de vous, comme vos employeurs le seront de vous, et vous le pourrez d'autant plus tranquillement que vous n'y serez pas.
Je vous comprends d'ailleurs fort bien, et je n'en suis nullement surpris : dans la désolante époque que nous traversons, il est tellement sage, comme me l'a écrit un jour l'un des vôtres, de prendre quelques élémentaires précautions, et n'est-ce pas, sans faire de l'antisémitisme, le courage ne vous a jamais dit grand'chose... Ça ne rapporte pas...
Mais, revenons à mon renseignement... J'écoute régulièrement vos émissions, et j'ai remarqué une chose assez drôle — très bête d'ailleurs — que j'attribue à un manque d'organisation ou à un simple oubli de votre part. Expliquez-moi donc, ayez-en l'extrême obligeance, comment il se fait que ce que vous racontez aux Français ne correspond jamais à ce que les Anglais racontent aux Anglais, ou à ce que les Américains racontent aux Américains. C'est très bien ce que vous faites dans vos émissions françaises : vous citez des faits, des chiffres, des événements militaires ou économiques, les uns plus fantaisistes que les autres ; vous évoquez à votre clientèle toutes les félicités célestes qui les attendent dans le cas d'une libération, dont vous-mêmes seriez en peine de vous faire la moindre image ou à laquelle vous ne croyez peut-être pas vous-mêmes, mais comme je vous le disais, c'est très bien fait. Ça occupe les gens... Ça les fait marcher ou attendre, selon ce qui intéresse vos stipendiaires anglais ou américains, et puis quant aux faits et chiffres, vous savez aussi bien que moi que dans ce domaine-là le bluff fait toujours son petit effet, et ce que l'on ne peut pas vérifier, on le croit ou on ne le croit pas.
Je me demande par exemple pourquoi, pour souligner les perspectives alléchantes de la libération de la France par les Anglo-américains, vous ne leur citez jamais les brillants résultats qu'ont obtenus en fait de régime de libération les Anglo-Américains en Afrique du Nord par exemple, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak, en Iran ou même aux Indes ?... Je suis sûr que cela intéresserait vivement les Français, et vous avez tort de négliger à ce sujet la presse anglaise et américaine, ou par exemple les comptes rendus de la Chambre des Communes à Londres, ou de la Maison des Représentants à Washington. Le Français, vous le savez fort bien puisque vous avez bénéficié longtemps de son hospitalité, aime tellement à s'instruire... Par exemple, il faudrait leur dire que, répondant à une interpellation du député conservateur W.-W. Astor, à la Chambre des Communes, le 17 mars 1943, le ministre britannique des finances a été obligé de reconnaître que la situation du Proche-Orient préoccupe au plus haut degré les autorités du Caire qui font des pieds et des mains pour essayer d'enrayer la disette et l'inflation. Selon le Financial News du 18 mars, le ministre attribue l'inflation surtout à la présence des troupes d'occupation anglaises et américaines dont les besoins sont énormes et qui mettent en circulation des moyens de paiement en quantités massives, chose qui, si l'on peut croire le rapport de la Banque nationale d'Egypte, reproduit par le Times du 7 avril 1943, devient de plus en plus inquiétante, étant donné que la circulation monétaire a augmenté en trois ans de 400% et que le coût de la vie a renchéri d'une manière générale entre 250 et 300%.
Il faudrait leur dire aussi, à vos auditeurs, que dans l'île de Chypre, par exemple, la circulation monétaire atteint trois millions de livres sterling, ce qui paraît fantastique pour ce territoire minuscule. De même, je suis persuadé que les Français aimeraient beaucoup savoir qu'en Irak la circulation des billets a augmenté de 400% entre 1940 et 1943, et que, selon le Times du 24 décembre 1942, ce phénomène est imputable au fait que l'afflux de troupes britanniques et leurs besoins considérables ont conduit à une hausse démesurée du coût de la vie et de la circulation monétaire.
De même l'Iran, ce pays paisible et neutre qui ne demandait qu'à vivre en paix et qui s'est vu « libéré » un jour, et bien contre son gré, par les Anglais et les Soviets, de son indépendance, de sa liberté et de son roi. Pour renseigner les Français sur la vraie situation vous pourriez leur citer par exemple cet article du Journal Economiste, du 20 février 1943, où il est dit : « n Iran où depuis l'occupation la crise économique est très grave, les observateurs estiment que le coût de la vie a augmenté de 500%. Depuis le printemps 1940 la circulation monétaire a triplé. Le problème est particulièrement difficile et urgent car les signes de disette sont en Iran plus menaçants que partout ailleurs. En temps normal, l'Iran peut se suffire à lui-même. Cependant en 1942 les circonstances ont conduit presque à la famine les provinces du Laristan, du Khuzistan, de Fars, de Jar-hum ainsi que celle de Bouchir. »
Tenez, il y a autre chose qui pourrait intéresser les Français... C'est l'Afrique du Nord. Là, vous pourriez leur en raconter, et puis ça les intéresserait certainement encore davantage, d'autant plus que c'est du fraîchement « libéré », c'est la dernière étape, c'est encore du tout chaud... Et puis c'est près, là ils savent où c'est, — pour le restant c'est pas très sûr... — Vous pourriez leur expliquer pourquoi dès leur arrivée les Américains et les Anglais ont fixé le cours du dollar à 75 francs, et celui de la livre à 300 francs, alors que dans le restant des colonies françaises ça valait à peine la moitié... Vous pourriez leur raconter comment les financiers américains en ont profité pour rafler tout ce qu'ils ont pu à bon compte. Vous n'avez pas besoin de leur dire que ce sont des juifs, si cela vous embête…
Vous pourriez leur dire aussi qu'à la fin Sir Kingsley Wood, ministre britannique des finances, s'est vu obligé de rejeter toute la responsabilité sur les Américains parce qu'il commençait à en avoir assez de toutes les protestations qu'il recevait.
Vous pourriez leur citer aussi, à vos auditeurs français, cet article du Journal Economiste, d'il y a quelques semaines, où il est dit : « Le fait demeure que la circulation monétaire augmente et que les marchandises se raréfient. La situation alimentaire en Afrique du Nord est difficile car aux anciennes pénuries qui se sont aggravées, d'autres se sont encore ajoutées. »
Vous pourriez leur citer aussi l'article du New-York Herald Tribune, où il est dit textuellement : « Les milieux gouvernementaux américains sont conscients du danger d'inflation qui menace les territoires occupés de l'Afrique du Nord. La puissance d'achat des troupes américaines, nombreuses et relativement bien payées, est en voie de devenir un facteur de troubles graves dans l'économie. » De même, il faudra dire aux Français que la circulation des billets a dépassé à l'heure actuelle de loin les vingt milliards de francs alors qu'en 1942, elle arrivait à peine à trois milliards.
Voyez-vous, mes chers confrères et collègues, je suis persuadé que votre public français serait vivement intéressé de vous entendre dire tout cela, car cela lui permettrait enfin d'entendre de vos bouches, aussi, l'autre son de cloche. Eux, qui vous font crédit et qui se figurent, parce que vous le leur racontez, que la libération serait pour eux quelque chose de jamais vu, d'inouï, de jamais vécu, du temps de paix mille pour cent, de l'abondance à en attraper des indigestions dès le lendemain, ils arriveraient à se faire une idée plus rapprochée de ce qui les attend. Cela leur permettrait également, à vos auditeurs français, de distinguer le contraste frappant entre les méthodes économiques, indispensablement rigoureuses du fait de la guerre mais équitables et adaptées aux conditions du pays, que nous appliquons dans les territoires occupés afin d'en assurer le ravitaillement indispensable et d'empêcher l'inflation, et les pratiques arbitraires que les Anglo-Américains imposent aux pays « libérés », par eux.
Ils se rendraient surtout compte, que ce soit dans des pays autrefois privilégiés comme l'Iran, l'Irak, les Indes ou l'Egypte, ou bien en Islande au Levant ou encore en Afrique du Nord, que partout les prétendus « libérateurs » n'ont su apporter que la vie chère, l'inflation, la misère, la disette et même la famine. Hélas ! je suis sûr que vous ne leur direz jamais tout cela...

