Le service de propagande allemand en France occupée
Étude d'Andreas Nielen
IHTP / CNRS
Le service de propagande allemand en France occupée
Le service de la propagande était formellement un service de lʼarmée, mais fut en réalité dirigé par le ministère de la Propagande du Reich, sous les ordres de Joseph Goebbels. Pour chaque pays occupé était créé une Propaganda-Abteilung, section de la propagande. La Propaganda-Abteilung de France, dirigée par le Major Schmidtke, était un service pléthorique, appuyé sur des services extérieurs au niveau local, à Paris et dans quelques grandes villes de province1. La propagande allemande cherchait à créer un courant dʼopinion favorable à lʼAllemagne et hostile aux Alliés, avec lʼanticommunisme et lʼantisémitisme amalgamés comme clé de voûte. Des « échanges culturels » franco-allemands furent également organisés, conviant intellectuels et artistes français au voyage dʼAllemagne2. Dans lʼensemble, la propagande allemande connut un cuisant échec. Mais à défaut de convaincre lʼopinion française, il fallait toujours la contrôler, et ce fut lʼautre tâche principale de ce service. Des groupes spécialisés en son sein se consacraient aux théâtres, au cinéma3, à la littérature, à la presse et à la radio. Auteurs de théâtre et acteurs antiallemands et juifs furent éliminés des programmes ; la Filmprüfstelle délivrait les visas dʼexploitation des films après censure. Un véritable « index » de livres indésirables, antiallemands ou idéologiquement incorrects, fut établi : la fameuse Liste Otto4. Sur la base de cette liste, constamment mise à jour, toutes les bibliothèques et librairies de Paris furent épurées. Le groupe de la presse censurait les journaux et leur donnait les communiqués et articles à publier obligatoirement. Il réglait également les attributions de papier aux journaux de Paris et de province, autre arme de censure, et éditait un service de presse. Le Groupe Radio (Gruppe Rundfunk) élaborait la propagande radiophonique. À relever notamment les causeries radiophoniques dites « du Dr Friedrich » (« Un journaliste allemand vous parle »), œuvre du Sonderführer Dambmann, et des émissions de propagande destinées aux pays arabophones. La Propaganda-Abteilung eut pour concurrente lʼ« ambassade » dʼOtto Abetz, qui entretenait sa propre officine de propagande, suivant ses propres visées politiques. Les archives du service de traduction de lʼambassade5 illustrent lʼactivité de ce service qui traduit en français des ouvrages de propagande, mais suscite ou encourage également la rédaction en français de tels ouvrages. Il entretient des liens avec les formations collaborationnistes françaises et édite un service dʼinformation.
1. Toujours fondamentale, lʼétude dʼÉlisabeth Dunan, « La Propaganda-Abteilung de France : tâches et organisation », in : Revue dʼHistoire de la Deuxième Guerre mondiale, 4, 1947, pages 19–32. Voir AN AJ40 1001–1016.
2. Voir Les Intellectuels et lʼOccupation, 1940–1944. Collaborer, partir, résister, sous la direction de Albrecht Betz et Stefan Martens, Paris, Autrement, 2004; François Dufay, Le voyage d'automne. Octobre 1941. Des écrivains français en Allemagne, Récit, Paris, Plon, 2000.
3. Kathrin Engel, Deutsche Kulturpolitik im besetzten Paris 1940–1944 : Film und Theater, Munich (Oldenbourg) 2003 (Pariser Historische Studien, 63).
4. Liste Otto : The official list of French Books banned under the German Occupation, 1940. A facsimile of the Harvard copy, with a preface by Natalie Zemon Davis, Cambridge, Mass., Harvard College Library, 1992.
5. AN AJ40 1575–1596. Les archives de lʼambassade allemande à Paris se trouvent aujourdʼhui aux archives du ministère des Affaires étrangères (Politisches Archiv des Auswärtigen Amtes) à Berlin.
Article en ligne de Andreas Nielen, « Lʼoccupation de la Belgique et de la France (1940–1944)
et les archives de lʼadministration militaire allemande ».
Source : http://www.ihtp.cnrs.fr/prefets/belgique_france_nielen.html

