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Concours National de la Résistance et de la Déportation

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Le père Pons

Témoignage

Editions Défense de la France, 1946

Le père Pons

 

 

Je revois le père Pons. C'était un petit bourgeois catholique de Lyon, mais un chrétien profond, de ces chrétiens pour qui le Christ est partout. Un visage maigre, gris, barré d'une moustache broussailleuse, des yeux bleus tantôt candides comme ceux d'un enfant, tantôt matois et perçants, une voix dont l'accent commençait clair et finissait en brume, un rire très jeune ou très las, quand il avait des ennuis, quand il n'y avait pas assez de tickets de pain pour sa famille. L'honneur même, et le scrupule, le souci méticuleux de l'honorabilité...

C'est lui qui, doucement, au milieu des « marbres  » et des « casses  » de son atelier nous montrait son décor avec orgueil.

- C'est une vraie usine de faux, ici. Fausses cartes d'identité pour juifs et faux passeports pour prisonniers à faire évader, faux tampons, faux cachets de la Gestapo, et paquets de journaux, de tracts.

Il n'aurait pas fait de mal à une mouche ni volé un millionnaire. Mais il était prêt à tuer l'ennemi et à faire tous les faux du monde, tous les vols du monde pour la Résistance. Je le vois dans nos nuits clandestines, toutes portes bouclées, le groupe franc veillant mitraillette au poing, se pencher avec nous sur la presse pour voir naître, avec un sourire d'extase, nos journaux, nos tracts, et ce faux Nouvelliste de Lyon qui fut, tout un jour, dans la vieille cité, l'orgueil et la joie du public. ...Un soir, la milice vint le chercher. Nous ne l'avons jamais plus revu. Déporté, il est mort à Hambourg. Nous avons su qu'il avait toujours gardé espoir en son Dieu, en la France et en la Victoire.

 

 

Témoignage anonyme publié dans Les témoins qui se firent égorger,

Editions Défense de la France, 1946