Connaître la réaction de l'opinion publique
Rapports de préfets en 1943
coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny, fonds Villon
Extraits dʼune note du Front national à partir de rapports de préfets au gouvernement de Vichy récupéré par le mouvement de résistance.
Le Front national est un mouvement de la Résistance sans lien avec le parti politique actuel.
Réaction de lʼopinion publique face aux bombardements en 1943
« Depuis bien des mois – exactement depuis que la Luftwaffe a perdu la maîtrise de lʼair, - la propagande de Goebbels sʼévertue à soulever lʼindignation des Français contre les raids « terroristes » des Anglo-Américains. Elle ne semble guère y avoir réussi, sʼil faut en croire les rapports dʼinformation des préfets de Laval.
[…]
Seine-et-Oise (1er oct. 43) – « Lʼhorrible spectacle des communes dévastées par les récents raids anglo-américains sur le département, devrait suffire à refroidir une ardeur qui ne sʼest pas encore traduite que par des discours enflammés ou des envolées toutes gratuites. Mais le Français semble garder devant la menace aérienne un sang-froid qui serait admirable sʼil nʼétait doublé parfois dʼune certaine inconscience : devant leur bonheur enseveli, leurs foyers anéantis, maints banlieusards sʼélèvent jusquʼà une résignation dont on ne sait sʼil faut y voir un témoignage de fatalisme ou de courage… Ce sont ces Français qui, à Argenteuil, lors du bombardement du 9 septembre, chantaient en déblayant les ruines de leur pavillon… Lʼouvrier de la banlieue témoigne parfois, devant les attaques alliées, dʼune extraordinaire sérénité. »
Vienne (4 sept. 43) – « Les bombardements répétés de nos côtes, de certaines villes du Nord, du Centre et de lʼOuest de la France, en dépit de lʼabondance de détails fournis par la presse et la radio, sʼils font lʼobjet de quelques regrets, ne suscitent quʼun intérêt très relatif et ne provoquent aucune indignation contre les auteurs de ces raids aériens. »
Toutes réserves doivent être faites sur les commentaires que les préfets (soit flatterie à leur gouvernement, soit incompréhension et sottise), ajoutent à la simple énonciation des faits. Chez es Français menacés ou frappés par les raids alliés, il nʼy a ni « lassitude indifférente », comme le dit le Préfet de la Seine Bouffet, ni « inconscience », comme le prétend le Préfet de la Seine-et-Oise, Revilliod, il y a une compréhension lucide et courageuse de la situation militaire, de ses nécessités et de son inévitable résultat. De même, le « revirement » noté par le préfet de lʼOrne Bernard signifie seulement que la population française accepte tous les dangers et tous les sacrifices pourvu quʼils soient suivis rapidement de la seule conclusion qui lui tienne à cœur : lʼexpulsion des occupants, la libération du territoire.
Extraits de la note « Les bombardements et lʼopinion publique
dʼaprès les rapports des préfets » produite par le Front national
(coll. Musée de la Résistance nationale / Champigny, fonds Villon)

