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Concours National de la Résistance et de la Déportation

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De jeunes imprimeurs

Témoignages cités par Pierre Chauvet

DR

Les jeunes de lʼimprimerie

dans la Résistance

 

 

 

Maurice LEROY, de Paris

 Maurice Leroy, réquisitionné pour le STO en janvier 1943, refusa de signer son engagement et il prit la précaution de changer d'appartement et même de nom (Lempereur) ; menacé, il signa et alla tranquillement à la gare de l'Est, monta dans le train avec un ballot qu'il y laissa, puis en descendit et sortit tranquillement de la gare avec un ticket de quai dont il avait pris la précaution de se munir.

Il a vécu ensuite comme il a pu, aidant les camarades engagés à fond dans la Résistance, Rimbert et Girard. Il avait accepté de prendre le plomb des compositions clandestines effectuées à la Pariser Zeitung, qu'il sortait par le grand escalier et qu'il transportait chez des imprimeurs de banlieue. A chacun de ses voyages, il reprenait le plomb ayant été utilisé et le jetait dans la Seine.

A la Libération, avec Le Garrec et le père de celui-ci, il fit le tour des imprimeries de journaux pour inviter les ouvriers qui y travaillaient à se mettre à la disposition de la presse de la Résistance.

 

 

Témoignage personnel, cité dans Pierre Chauvet,

La Résistance des fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale,

chez lʼauteur, 1979, page 93

Jacques PAIN, de Paris

Déporté à Buchenwald, à 18 ans et demi, administrateur de presse à son retour.

Membre de la Jeunesse communiste, il était de plus membre de la direction clandestine du Mouvement des jeunes chômeurs de la banlieue est de Paris, ce qui lui valut une première arrestation le 5 octobre 1940. Ce jour-là, une délégation dont il faisait partie devait aller remettre aux délégués spéciaux remplaçant les maires déchus un « cahier de doléances » de ce groupement. Mais dès le matin, il fut perquisitionné, le document découvert et ce fut l'arrestation immédiate ; il réussit à s'évader et aussitôt il reprit ses activités clandestines.

Il avait déjà, fin août 1940, assuré, malgré de nombreuses difficultés, un tirage ronéotypé de LʼAvant-Garde, distribué le lendemain par une équipe de jeunes dont il donne les noms, tous morts dans la lutte clandestine par la suite.

Après son évasion, il est un de ceux qui participent à la création de l'OS (Organisation secrète, à la base de la FTP). En décembre 1941, il est muté à la section « Imprimerie », puis au secteur « Messageries », avec des voitures à bras et des remorques tirées par vélos et cela jusqu'à sa deuxième arrestation, le 13 novembre 1942.

[…] « Nous avons sorti plusieurs milliers d'exemplaires (un nombre considérable de tournées), soit des journaux et tracts généraux, France d'Abord, La Vie Ouvrière, Femmes, une édition supplémentaire de « L'appel aux Français » de Maurice Thorez et Jacques Duclos, soit des revues et tracts spécialisés : La pensée libre, Le Manuel pratique du Franc-Tireur, l'anniversaire de Valmy (1942), un « appel aux gardiens de prison », un « avertissement aux policiers », un appel « aux paysans de France ».

Il ignorait l'adresse exacte des imprimeries dont il recueillait les publications, mais il rappelle les quartiers dans lesquels il effectuait ces déplacements : dans le 13e arrondissement, vers Convention-Lourmel, à Belleville, Ménilmontant, dans le quartier du Marais, à Bastille et à Verrerie, à Denfert, probablement à partir de Montsouris, vers la gare de l'Est (Recollet).

 

Témoignage personnel [lʼauteur en donne ici le résumé], cité dans Pierre Chauvet,

La Résistance des fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale,

chez lʼauteur, 1979, pages 107-108

 

 

Madame Henry, imprimeuse à Chatillon-sous-Bagneux

 « Mon activité a débuté en 1942. J'avais vingt ans et, jeune mariée, jʼavais repris l'imprimerie artisanale d'un oncle qui m'avait en partie élevée, et formée sur le tas. Certains de mes clients et amis ayant dès Ie début de l'occupation commencé une résistance tout à fait inorganisée contre l'occupant et les collaborateurs, nous avons donc fait des tracts, des papillons à coller, des affichettes. Petit à petit, on est venu aux laissez-passer, certificats de travail, ordres de missions, ceux-ci étant destinés soit à des Juifs, soit à des « travailleurs volontaires ».

« Je précise bien que je n'ai jamais eu affaire à une organisation structurée, faisant confiance aux gens que l'on m'envoyait et n'ayant jamais eu à le regretter. Beaucoup d'inconscience sans doute, mais quand même de la prudence.

Pour le papier, je me servais de mes attributions régulières, ou moins régulières, et aussi de quelques prélèvements faits au détriment d'un client, imprimeur à façon, et qui avait choisi de travailler avec les Allemands. N'ayant pas d'ouvriers, sauf occasionnellement, il m'a été facile de travailler en toute sécurité. De plus, l'imprimerie était implantée dans le jardin du pavillon et dans une rue sans issue.

« Jusqu'à la Libération, j'ai pu fournir ce que l'on me demandait, en parfaite sécurité, et pourtant mon mari était réfractaire depuis janvier 1943. Ma dernière affiche a été collée sur les murs de Paris le jour de la Libération, et imprimée de nuit à la lumière de lampes à pétrole, car le toit de l'imprimerie était en grande partie en verre !  »

 

 Témoignage personnel, cité dans Pierre Chauvet,

La Résistance des fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale,

chez lʼauteur, 1979, pages 143-144

 

 

Charles SIRIOUX, typographe à Villeurbanne

 Charles Sirioux, qui a durement payé, avait, en 1942, créé de toutes pièces une petite imprimerie clandestine. Sa modestie n'avait comme égale que son efficacité, précise-t-il. Il y avait là une « espèce » de presse à épreuves d'un modèle ancien.

Charles Sirioux avait constitué une équipe de trois jeunes apprentis qui lui apportaient chacun de petites quantités de matériel « empruntées » à leurs patrons respectifs. Il avait la confiance de plusieurs responsables d'organisations de résistance, pour lesquels il travaillait. En retour, les FTP-Ville lui fournissaient du papier. Une machine à imprimer, parachutée, avait été promise par le réseau Marco Polo, mais l'arrestation des principaux responsables de ce réseau fit qu'il ne fut pas possible d'en prendre livraison.

Cette petite équipe travaillait pour les MUR, le Front national et le Parti communiste. Elle réussit à se maintenir pendant longtemps mais, après quelques alertes, le 6 janvier 1944, Charles Sirioux fut arrêté et ce fut la déportation. […]

 

Témoignage personnel, cité dans Pierre Chauvet,

La Résistance des fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale,

chez lʼauteur, 1979, pages 461-462