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Concours National de la Résistance et de la Déportation

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La naissance de Valmy

Témoignage de Paul Simon

La Documentation française, 1975

La naissance de Valmy expliquée à la BBC le 3 février 1942

 

 

Lors dʼune émission radiodiffusée, le journaliste Jean Oberlé interroge Paulin Bertrand (Paul Simon) sur la naissance du journal clandestin Valmy.

 

J. Oberlé - Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?

P. Simon - C'est parce que la bataille de Valmy est la première de la Révolution où les Français aient repoussé les Prussiens. C'est pour cela aussi que notre petit journal portait à côté du titre la devise « Un seul ennemi, l'envahisseur.  »

J. Oberlé - Et comment fabriquiez-vous votre journal ?

P. Simon - Ça n'était pas commode. Le premier numéro parut en janvier 41. Nous l'avons imprimé avec une imprimerie d'enfant. Cela nous prit un mois pour imprimer 50 exemplaires. Chaque exemplaire se composait d'une simple feuille de papier, imprimée recto et verso.

J. Oberlé - Votre imprimerie d'enfant me paraît plus digne d'admiration et plus française en tout cas que l'imprimerie de L'Illustration. Vous, au moins, vous n'étiez pas aux mains de l'ennemi et votre journal était français.

P. Simon - Le 2e numéro, celui de février, fut également imprimé avec l'imprimerie dʼenfant. Nous en tirâmes le double, c'est-à-dire 100 exemplaires. Le 3e, fut dactylographié et tiré à 150 exemplaires. Le 4e, dactylographié également et tiré à 300 exemplaires. Le 5e numéro fut polycopié. C'était un progrès. Nous pûmes en tirer 500 exemplaires. Le numéro de juin fut tiré à 2 000 exemplaires sur papier blanc boucherie. Le 7e numéro fut vraiment imprimé, et, comme il parut 14 juillet, il portait une bande tricolore. Le numéro dʼaoût parut sur 4 pages comme celui de juillet, et fut tiré à 3 000 exemplaires. Le numéro de septembre ne parut pas. Nous nous méfiions. On était inquiet. Les numéros d'octobre, de novembre et de décembre, nous dûmes les détruire, nous sentions le filet se resserrer sur nous.

J. Oberlé - Et comment votre journal était- il répandu ?

P. Simon - Nous le distribuions à nos amis. Ceux-ci le recopiaient à des milliers d'exemplaires par ronéo, par dactylo et ainsi la vérité circulait de main en main.

 

 Extrait de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (dir.), Les voix de la Liberté,

Documentation française, 1975, tome II, pages 44-45.