Accueil

Concours National de la Résistance et de la Déportation

Communiquer pour faire savoir et faire réagir

Lien vers les ressources sur le même thème

Prises de parole en zone d'occupation italienne

Etude de Jean-Louis Panicacci

Presses universitaires de Rennes, 2010

Des prises de paroles en zone dʼoccupation italienne

 

Lʼoccupation du Sud-Est de la France par les troupes italiennes à partir de novembre 1942 provoque des réactions patriotiques de la part dʼune partie de la population française des territoires concernés.

 

 Deux manifestations italophobes se produisirent à Grenoble le soir du 27 novembre 1942 à la gare SNCF, à l'annonce du sabordage de la Flotte, puis le 13 décembre devant la Taverne des Trois-Dauphins où dînaient des officiers transalpins. Des jeunes gens sympathisants de la Résistance s'en prirent, par exemple, à Antibes aux Bersagliers stationnés au Fort Carré : « En passant près de nous, toute fierté oubliée, ils faisaient semblant de ne pas entendre les sarcasmes, ne tenaient aucun compte des provocations. Nous les regardions alors s'éloigner en promettant à haute voix de les reconduire chez eux, le jour venu, à grands coups de pied. » Dans l'ensemble des Alpes-Maritimes, la chute de la capitale de la Tripolitaine fut exploitée afin de saper le moral de l'Occupant, ainsi que le relatèrent les inspecteurs de la CIAF [commission dʼarmistice avec la France] : « On se moque souvent des Italiens en disant : "Tripoli" à leur passage », « Les Italiens sont mêlés à des provocations répétées; la mode est à l'envoi de cartes postales portant la mention : "Saluti da Tripoli". » Le 3 mars, à Saint-Jean-de-Maurienne, 400 personnes rassemblées devant la Mairie huèrent copieusement un officier accompagné de quelques soldats ; quelques jours après, à Albertville, 150 jeunes convoqués pour la visite médicale du STO, se rendirent au monument aux morts en chantant La Marseillaise, avant de défiler dans la rue principale en scandant une chanson dans laquelle revenait souvent le mot « Macaroni » ; à Thônes, durant le mois de mars, les autorités italiennes demandèrent au maire comme au préfet de la Haute-Savoie de prendre des sanctions contre les individus ayant hissé à plusieurs reprises les drapeaux alliés sur le mât de la Légion des Combattants ; le 25 avril, à Marignier, une patrouille d'Alpini survenant en pleine fête foraine fut longuement insultée par la foule qui entonna ensuite L'Internationale. Les projections des Actualités cinématographiques permirent un peu partout, de la Savoie à la Provence, aux spectateurs de démontrer leur antipathie pour l'Occupant, en sifflant les soldats allemands et italiens apparaissant à l'écran, applaudissant même les images de blessés.

 

 Extrait de Jean-Louis Panicacci, LʼOccupation italienne. Sud-Est de la France, juin 1940-septembre 1945,

Presses universitaires de Rennes, 2010, pages 146-147.