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Les opérateurs radios de la Confrérie Notre-Dame

Témoigange de Gilbert Renault (Rémy)

Aux Trois Couleurs, 1946

Les opérateurs radio de la Confrérie Notre-Dame

 

Gilbert Renault (alias Rémy), est le fondateur du réseau Confrérie Notre-Dame. Dès lʼautomne 1940, il recrute des hommes et des femmes dans tous les milieux socio-professionnels afin de fournir à la France libre et aux Britanniques des informations sur la situation des troupes allemandes en France, en particulier sur la façade atlantique. Son réseau dispose dʼun premier poste-émetteur en mars 1941 puis dʼune dizaine dʼautres à lʼautomne. Les opérateurs radio, recrutés en France ou envoyés de Grande-Bretagne, tombent les uns après les autres, jusquʼà faire sʼeffondrer le réseau lui-même en novembre 1943.


Anquetil : ancien quartier-maître radiotélégraphiste à bord du sous-marin Ouessant, présenté par Hilarion en mars 1941, il sera mon premier opérateur radio. Arrêté le 30 juillet 1941, il sera fusillé au mois de septembre de la même année sans avoir jamais révélé à la Gestapo, malgré le marché qui lui avait été proposé et lui assurait la vie sauve, aucun nom ni aucune adresse du réseau. Sa conduite héroïque lui a valu la Croix de la Libération. Pseudonyme : Lhermite.

Aubé : opérateur radio présenté par Jim en novembre 1941. Adjoint de Lenfant, il réussira à sʼenfuir au moment de lʼarrestation de celui-ci. Pseudonyme : A.B.C.

Bardonnie (Louis de La) : propriétaire viticulteur à Saint-Antoine-de-Breuilh (Dordogne). […] Son château de La Roque abritera un grand nombre de nos camarades et aura lʼhonneur dʼêtre la demeure dʼoù partira, en mars 1941, la première émission radiotélégraphique clandestine à destination de la France libre. Arrêté en novembre 1941, La Bardonnerie se rendra tellement insupportable à ses geôliers que Vichy finira par le mettre en liberté sous caution […] Pseudonyme : Isabelle.

Bob : pseudonyme dʼun opérateur radio, technicien des opérations dʼatterrissage et de parachutage, envoyé de Londres en France par parachute en novembre 1941. Après des services exceptionnels, fut arrêté par la Gestapo le 29 mai 1942. Son véritable nom était Robert Delattre.

Cholet : constructeur radio à Levallois-Perret, présenté par Georges Levasseur en septembre 1941. Chef de la fabrication du matériel accessoire de radio qui nous était nécessaire, il servira le réseau avec un complet dévouement et nous rendra les plus grands services jusquʼau jour de son arrestation, le 25 mars 1942. Pseudonyme : Lenfant.

Cremailh : constructeur radio à Levallois-Perret, présenté par son collègue Lenfant en septembre 1941. Excellent opérateur radio, assurera la première reprise de nos émissions depuis lʼarrestation de Lhermite. Cessera son activité deux mois plus tard, sera arrêté le 25 mars 1942. Pseudonyme : Mars.

Cyrano : pseudonyme de mon premier poste émetteur, reçu à Madrid en février 1941 et transporté en France le mois dʼaprès via Canfranc. Après avoir rendu les plus éminents services pour lʼimmobilisation du Scharnhorst [un cuirassé allemand], ce poste sera jeté par la fenêtre de la maison des Combes le 30 juillet 1941, par Lhermite surpris en pleine émission.

Duthoit : opérateur radio présenté en octobre 1941 par Jim. Il sera arrêté le 25 mars 1942. Pseudonyme : Chopin.

Gaudin : officier radiotélégraphiste du Colbert, présenté chez Espadon par La Bardonnie en février 1941. Assumera la direction du trafic radio à Bordeaux dʼabord, puis ensuite à Paris où il sera arrêté le 10 juin 1942. Modèle de dévouement et de courage. Pseudonyme : Champion.

Gégène : pseudonyme dʼun opérateur radio dont jʼignore le nom que je ne tiens pas à connaître, car il ne mʼa jamais donné la moindre satisfaction. Présenté par Denis en avril 1942.

Gloriod : opérateur radio arrêté le 23 mars 1942 à Chatou en même temps que Phoebus.

Guy : pseudonyme du lieutenant Pierre Julitte, envoyé de Londres en mission au mois de mai 1941. Organisera le service radio de mon réseau, créera en zone dite libre un réseau qui sera vite dévasté, rentrera à Londres avec moi à la fin du mois de février 1942, sera volontaire pour une nouvelle mission en France au début de 1943. Arrêté peu après, il sera déporté en Allemagne dʼoù il reviendra en mai 1945, après la victoire.

Jacot : pseudonyme de lʼopérateur radio et technicien des opérations dʼatterrissage et de parachutage que Londres mʼenvoya par parachute dans la nuit du 28 au 29 mai 1942. Son véritable nom est Olivier Courtaud.

Laroche : pseudonyme dʼun opérateur radio envoyé de Londres à Fourcault par parachute en février 1941. Après divers avatars, sera arrêté par la Gestapo à Paris. Pour sauver sa vie, il se mettra aux ordres des Allemands et réussira à regagner lʼAngleterre où il tentera de se faire passer comme évadé. Vite démasqué, il sera condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Olaf : pseudonyme dʼun opérateur radio présenté par Alex à Lorient en avril ou mai 1942, dont le véritable nom est Colzy.

Roméo : pseudonyme du poste émetteur destiné à Fourcault et dont Jacques Pigeonneau assurera le transport en France, par-dessus la frontière dʼEspagne. Cʼest avec lui que nous ferons, en mars 1941, sous le toit de La Bardonnie à La Roque, la toute première émission radiotélégraphique clandestine entre la France asservie et la France libre.

Rouzier : opérateur radio, arrêté le 25 mars 1942. Pseudonyme : Pommier.

Salas : opérateur radio, arrêté le 25 mars 1942. Pseudonyme : Sucre.

Subsol : technicien radio engagé par Guy pour prendre sa succession à la tête du service radio de mon réseau. Arrêté le 23 mars 1942, alors quʼil avait le temps de fuir et de sauver ainsi ses hôtes, M. et Mme Simon, et son adjoint Gloriod, il fut trouvé porteur dʼun carnet sur lequel il avait inscrit les noms et les adresses de tout le personnel radio, avec ses appréciations sur les qualités techniques de chacun. Il ne s'en tint pas là et pilota la Gestapo dans ses recherches. La fait quʼil a été fusillé en même temps que ses camarades excuserait peut-être son imbécillité, mais non pas sa trahison. Pseudonyme : Phoebus.

 

 Extraits de Rémy, Mémoires dʼun agent secret de la France libre juin (1940-juin 1942),

Aux Trois Couleurs, 1946, pages 523-545.