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Concours National de la Résistance et de la Déportation

Communiquer pour s'organiser et agir

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Le réseau Brutus

Etude de Jean-Marc Binot et Bernard Boyer

Fayard, 2007

Un réseau de renseignement

Le réseau Brutus

 

 

 

Alors que le colonel Vincent implante ses groupes, Passy parachute en France un de ses seconds, le lieutenant Manuel, sous identité d'André Marnier. Objectif de la mission dont le nom de code est « Pallas » : cloisonner l'action et le renseignement, organiser efficacement les réseaux et les systèmes de transmission.

[…]

Dans les villes, les agents permanents peuvent compter sur l'appui de bénévoles, en général socialistes ou radicaux, lesquels, de leur bureau, atelier ou poste de travail, épient, notant tout ce qui peut intéresser les Alliés. L'envoyé de Passy apprend donc qu'en cette fin 1942 six centres de ramassage des renseignements existent en zone non occupée, même si deux d'entre eux (Limoges et Clermont-Ferrand) demeurent en gestation. Une de ses ramifications les plus importantes se situe dans la zone Agen-Bordeaux, où l'organisation se double du sous-réseau Vedel, dont les troupes font un travail formidable, accumulant les informations sur les emplacements des défenses antiaériennes, les dépôts d'essence et de munitions, les terrains d'aviation ou les ateliers de réparation de l'armée allemande, jusqu'au plan de la base sous-marine de Bordeaux. Néophytes dans le domaine du renseignement, ses agents font fonctionner leur cervelle et le système D. Afin d'identifier précisément un objectif et de le situer sur une carte, Jeanne Thoorens, sur sa bicyclette, compte par exemple les tours de pédale séparant l'endroit et le croisement le plus proche figurant sur une carte, sachant que 21 tours de pédale équivalent à cent mètres.

Cette jeune femme, née en 1906, à la volonté de fer et patriote jusqu'au bout des ongles, dont le nom d'emprunt est Charlotte Loupiac (en référence à Charles de Gaulle et au grand cru bordelais), est une ancienne militante du Parti populaire français (PPF) qui, écœurée par sa politique collaborationniste, a rompu avec Jacques Doriot avant de s'engager dès la première heure dans la résistance contre l'occupant dans le réseau Bocq-Adam. Arrêtée une première fois en novembre 1940 pour propos anti-pétainiste, elle est emprisonnée une deuxième fois de janvier à octobre 1941 lorsque le groupe Bocq est désarticulé. À peine retrouve-t-elle la liberté qu'elle recherche un nouveau contact. Elle l'obtient grâce à une amie, Andrée Lacombe, qui travaille en Normandie pour une antenne du réseau Alliance que les Allemands démantèlent en juin 1942.

[…]

Autour de Charlotte Loupiac s'agrège une fine équipe : Gustave Lafage, dit Tatave, dessinateur à l'usine d'aviation SNCSE ; le cheminot Louis Labro, évadé de son Stalag, qui gère le trafic des trains militaires, source de première importance dans le signalement aux Alliés des convois susceptibles d'être bombardés ; Bernard Blum, à la fois agent de liaison et membre des groupes Véni ; Jean Larrieu, réparateur de cycle, dont l'atelier sert de cache ; David Elbaz, employé de la cartoucherie et qui comptabilise les quantités de munitions fabriquées pour les Allemands, et leur destination.

 

 

Extraits de Jean-Marc Binot et Bernard Boyer,

Nom de code : Brutus. Histoire d'un réseau de la France libre,

Fayard, 2007, pages 95-99.