La tapette à rat
Témoignage de Jean Llante
coll. Musée de la Résistance nationale, Champigny, fonds Les Inconnus de la Résistance
La tapette à rat
Le 7 novembre 1940, Pétain vint à Toulouse. Cʼétait son premier voyage en province et les autorités voulaient que ce soit un succès. Dès les premières heures de la matinée, la rue Alsace et la place Esquirol étaient noires de monde.
Pétain et son état-major arrivèrent à pied de lʼAcadémie des Jeux floraux. Tout à coup, du toit dʼune maison située à lʼangle de la place Esquirol, des tracts furent lancés. Ce fut lʼaffolement, des coups de sifflet retentirent, les policiers coururent pour encercler le bâtiment.
Que sʼétait-il passé ?
Jean Bertrand, un militant du Parti communiste, avait décidé de faire une action dʼéclat avec les deux autres camarades qui formaient son « triangle », André et Angèle Delacourtie. Il demanda à Bettini, un responsable des Jeunesses communistes, de lui tirer des tracts. Cʼest chez Delacourtie quʼil fabriqua un nouveau système de « distributeur », inspiré du système des « tapettes » pour attraper les rats.
Il avait imaginé un balancier en bois, muni dʼun côté dʼun morceau de fer faisant fonction de contrepoids et de lʼautre dʼune boîte percée remplie dʼeau. La boîte devait se vider goutte à goutte jusquʼau moment où le poids toucherait la pointe où lʼon met dʼhabitude lʼappât pour attirer le rat, ce qui devait provoquer le déclenchement et projeter avec force un paquet de tracts.
Tôt le matin, Bertrand et Delacourtie montèrent sur le toit et utilisèrent deux bidons trouvés dans les combles. Ils mirent les cinq tapettes en équilibre sur la cheminée puis descendirent précipitamment les escaliers et retrouvèrent Angèle qui, en bas, faisait le guet. Ils se séparèrent tout de suite.
La première tapette avait déjà fonctionné, les tracts voltigeaient, les policiers accouraient de partout. Les autres tapettes marchèrent pareillement. La réussite était complète.
Témoignage de Jean Llante, de Toulouse (Haute-Garonne),
recueilli pour Les Inconnus de la Résistance
(coll. Musée de la Résistance nationale / Champigny).

