La nouvelle est un genre narratif qui a pour caractéristiques principales : d'être courte, d'avoir un seul narrateur, et de raconter une seule action. Par son apparente simplicité, la nouvelle est un support littéraire privilégié pour faire entrer dans la lecture des élèves peu ou non lecteurs.
Toutefois, l'attrait pour la nouvelle ne vient pas uniquement de sa brièveté, son écriture nous plonge dans une action dont l'issue est bien souvent inattendue, interpellant ainsi directement le lecteur.
La nouvelle apparaît comme un genre privilégié pour assurer la transition entre la littérature jeunesse et la littérature dite générale.
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Ce sont ces rapports entre le texte et le lecteur que nous souhaitons aborder dans cette fiche, c'est pourquoi, nous ne traiterons pas ou très peu du cycle 1, ce genre étant peu adapté à ce niveau, tant du point de vue de la forme que du contenu.Qui plus est, la nouvelle n'est pas représentée dans la production littéraire dédiée aux cycle 1 et 2.
Tous les récits narratifs courts ne sont pas des nouvelles, mais il n'est pas toujours simple de différencier nouvelle, conte, fable, mythe... c'est pourquoi il est important d'essayer de clarifier les caractéristiques essentielles de ces diverses formes narratives.
En France, la nouvelle apparaît dès la fin du Moyen-Age sous forme de récits anonymes, d'ailleurs le premier recueil de nouvelles françaises est anonyme et s'intitule Les Cent Nouvelles nouvelles. Ce recueil est directement inspiré de l'œuvre italienne le Décaméron de Boccace. Plus tard, Marguerite de Navarre, dans L'Heptaméron proposera de courts récits à la visée plus psychologique qu'anecdotique. Le XVIIIème siècle voit le genre s'affirmer face au roman, mais c'est au XIXème que la nouvelle va conquérir le paysage éditorial européen. Tous les grands romanciers de l'époque s'y sont essayé et y ont parfois même trouvé une forme d'expression privilégiée. Ainsi Prosper Mérimée ou encore Guy de Maupassant se sont spécialisés dans la nouvelle fantastique. Au XXème siècle, la forme courte séduit des auteurs comme Annie Saumont qui a été consacrée comme la spécialiste française de la nouvelle.
En recherchant une définition stricto sensu de la nouvelle, nous sommes confrontés à de nombreuses interrogations qui témoignent de l'extrême diversité de sa production.
Dans l'avant-propos de leur ouvrage pédagogique intitulé Bonnes Nouvelles, Michel Descotes et Jean Jordy s'appuient sur les interrogations d'Etiemble suscitées par la définition en trois critères de la nouvelle :
« - la longueur ? Elle est sujette à de si grandes variations selon les époques et les littératures, qu'il est difficile de fixer une règle.
- la vérité ? Si l'on admet que la nouvelle tend le plus souvent à proposer un tableau non seulement vraisemblable mais vrai des mœurs du temps, que faire des nouvelles fantastiques ou de science-fiction ?
- l'impassibilité ? à voir comment la nouvelle, par l'intermédiaire de narrateurs aux statuts variés, est susceptible d'exprimer tous les états d'âme de leur auteur, on ne peut retenir non plus ce critère. »[1]
Mais dans une perspective pédagogique, il est indispensable de définir des critères précis sur lesquels nos élèves vont pouvoir s'appuyer :
Pourquoi la nouvelle peut se confondre avec d'autres genres narratifs ? Tout simplement parce que la nouvelle est un genre qui apparaît relativement tardivement dans le paysage littéraire français : à la fin du Moyen-Âge. De ce fait, la nouvelle subit l'influence des récits brefs antérieurs : fabliaux, contes, exempla mais aussi du roman... Tout en proposant un mode narratif particulier, la nouvelle s'imprègne des récits d'auteurs étrangers telles que les Nouvelles exemplaires de Miguel Cervantès.
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similitudes |
différences |
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Nouvelle et conte
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Récit court Récit conté style pouvant se rapprocher de l'oral.
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Le conte est un récit imaginaire et merveilleux ; Le conte possède une structure narrative spécifique. La temporalité du conte est indéfinie Les personnages du conte ont une fonction spécifique (adjuvant...) La fin du conte est une morale la situation finale marquant un retour à la stabilité, quand celle de la nouvelle est une chute.
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Au XIXème les deux genres se confondent. C'est pourquoi il demeure difficile de justifier l'appellation de contes ou de nouvelles les récits de Poe ou de Maupassant, les deux termes semblent être utilisés indifféremment. |
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Nouvelle et mythe ou légende
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Histoire imaginaire, récit fabuleux Amplification biographique La légende est une histoire sans âge, non datée. |
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Nouvelle et fable
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Récit court
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La fable est composée en vers La fable possède une morale
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La nouvelle et le roman se ressemblent au point de se confondre, d'ailleurs la nouvelle a longtemps été perçue comme un roman réduit. Si, comme le souligne Guy Belzane[2] dans son étude, le conte et la nouvelle se différencient essentiellement sur des aspects ayant trait au contenu, les différences entre nouvelle et roman sont d'ordre formelles : structure, temporalité, réception... Pour comprendre la singularité de la nouvelle, il faut alors se pencher sur la manière de raconter une histoire, de traiter des personnages et de s'adresser au lecteur.
Pistes pédagogiques :
Compte tenu de sa forme brève, le lecteur doit pouvoir lire le récit d'une traite et en ce même instant, il doit être passé par plusieurs états. Quels sont les procédés d'écriture requis pour faire « vibrer » le lecteur ? L'écriture de la nouvelle semble répondre d'une performance liée non seulement à la contrainte de la temporalité mais aussi de l'effet sur le lecteur. L'intérêt de la nouvelle est de mettre l'accent sur la réception. Le lecteur devient le personnage principal. Tous les évènements ne sont pas explicitement narrés dans une nouvelle, c'est alors au lecteur de reconstituer certains passages manquants et implicites.
En outre, l'effet d'identification est particulièrement travaillé dans la nouvelle, ce qui permet au lecteur « d'entrer » dans un récit réaliste. Le rythme narratif est rapide et concis, afin que le lecteur soit vite installé dans l'atmosphère du récit. La courbe de l'action peut être progressive ou lente, mais dans sa narration la situation finale est toujours présente en filigrane, le lecteur, transporté par de vraies ou de fausses pistes, veut anticiper ou atteindre rapidement le dénouement. L'idée d'un ensemble, d'une unité demeure dans la narration et la lecture d'une nouvelle.
Pistes pédagogiques :
L'une des caractéristiques significative de l'écriture nouvellestique est le soin porté à la situation finale, qui est amenée de telle manière qu'elle ne laisse jamais le lecteur indifférent. Toutefois, il est possible de distinguer différents types de « chute ». Certaines nouvelles appelées « nouvelles à chute » surprennent tant que le lecteur est amené à conduire une seconde lecture. Cette seconde lecture permet d'apprécier les procédés narratifs qui créent le double sens et conduit à l'effet de surprise final.
Si la situation finale de certaines nouvelles ne produit pas un effet de surprise, elle n'en demeure pas moins travaillée et la chute de la nouvelle, qu'elle soit ouverte ou fermée, reste toujours pertinente.
La narration de la nouvelle est fondée sur la volonté de créer un effet final fort.
Pistes pédagogiques :
Le genre fantastique peut se caractériser par un regard porté sur le réel qui fait hésiter le lecteur entre une interprétation logique et une interprétation surnaturelle. On retrouve parfaitement cette sensation à la lecture du Horla de Maupassant où le lecteur oscille entre la perspective de la folie du narrateur ou celle d'une existence fantomatique.
La science fiction fait partie de la littérature fantastique tout en se fondant sur des conjectures inspirées des recherches scientifiques, dans le sens où les évènements narrés sont réels ou imaginaires mais explicables par des lois scientifiques reconnues ou hypothétiques. C'est ce que nous explique Hugo Gernsback.
La fantasy appartient également au genre fantastique dont la narration se construit dans une atmosphère merveilleuse.
Le réalisme est un mouvement littéraire et pictural qui émerge au XIXème siècle. Pour le définir, nous emprunterons à Roman Jackobson sa définition : « l'œuvre réaliste désigne à la fois celle que l'auteur propose comme vraisemblable et celle que celui qui la juge perçoit comme vraisemblable. »
Le naturalisme renvoie à un mouvement littéraire qui s'inspire du modèle scientifique.
La nouvelle policière, comme le roman policier, est variée, on trouve ainsi des récits dit « à problème », « à suspense », « noir » ou des thrillers. Cela dépend de la manière d'envisager la narration mais aussi de la tonalité choisie.
La nouvelle se prête à l'exercice stylistique. Dans ce type de nouvelles l'écrivain s'amuse avec la forme littéraire et avec son lecteur, en détournant certaines habitudes de lecture.
La nouvelle par sa brièveté, ses situations, ses dialogues, et sa chute étonnante, surprend et prête à faire rire le lecteur. Cette surprise provient d'une contradiction, d'un écart entre ce qui était attendu et ce qui est réalisé.
La nouvelle peut contenir une réflexion philosophique, qui oblige le lecteur à s'interroger.
La nouvelle peut utiliser l'humour, le rire au service d'une critique morale, sociale ou politique.
La tonalité fantaisiste développe un imaginaire qui fait sourire.
Cette tonalité crée une atmosphère propice à la mise en valeur de la gravité d'une situation.
Tableau : Genres et Tonalités dans les nouvelles
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GENRES ?
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fantastique |
Réaliste |
S.F |
Policier |
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fantastique |
Ancrée dans le réel |
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humoristique |
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- Histoires à raconter aux parents |
- Tel est pris qui croyait prendre |
- La salade maudite |
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satirique |
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- Le passe muraille |
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Loufoque, fantaisiste |
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- Histoires pressées |
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Philosophique, sociologique |
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- Histoires de Noël |
- 13 ans |
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stylistique |
- Histoire à la courte paille |
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- Nouvelles à chute |
- Celui qui attend |
- Drôles de samedi soir |
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inquiétant |
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- La photo qui tue |
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- Le Horla |
- Villes noires |
Bibliographie des recueils de nouvelles sur le site de l'Académie de Versailles
Pistes pédagogiques :
C'est au XIXème siècle, avec la naissance des quotidiens et l'essor de la presse, que les périodiques deviennent un des supports de publication de récits littéraires. Les romans feuilletons font leur apparition avec Balzac, et compte tenu des contraintes formelles, les récits ne doivent pas être longs, doivent tenir leur lecteur en haleine, et s'inspirent souvent de faits divers récents.
Aujourd'hui, nous ne trouvons plus de nouvelle publiée dans la presse, en revanche, la nouvelle semble bénéficier des nouveaux modes de publication que proposent Internet. En quoi ces nouveaux modes de publication correspondent à la nouvelle ? Via les blogs, les sites littéraires de partage etc. il est désormais facile de publier et de diffuser différents travaux et notamment littéraires. On sait que sur écran, notre mode de lecture est différent et nous sommes plus réceptifs à la lecture de formes brèves, la nouvelle trouve donc parfaitement sa place sur ce support éditorial récent.
Pistes pédagogiques :
La nouvelle peut être publiée seule, le choix éditorial de cette présentation isolée favorise l'unité d'impression pour que le lecteur puisse lire le récit d'une traite. Les nouvelles publiées seules sont souvent des grands classiques pour lesquels les éditeurs proposent un dossier d'études en complément.
Dans certains cas, la nouvelle peut devenir l'ébauche d'un roman comme pour le Soutier de Kafka qui en a fait le premier chapitre d'Amérique.
Cette forme de publication de la nouvelle est la plus courante. Les nouvelles qui composent un recueil sont choisies de façon à créer une cohérence. Le choix de leur place, de leur thème est étudié pour que les nouvelles puissent être lues à la fois comme des récits autonomes, mais aussi de manière à ce que les textes raisonnent entre eux.
Ainsi, les nouvelles qui appartiennent à un même recueil sont éditées ensemble soit parce qu'elles sont issues du même auteur, soit parce qu'elles répondent à un thème commun. Dans le recueil Moteurs ! , des auteurs différents racontent leurs expériences du milieu cinématographique. Le recueil de nouvelles permet ainsi de rassembler différents talents littéraires.
La lecture d'un recueil est particulière car elle n'est pas forcément linéaire, elle permet de faire des liens entre chacune des nouvelles qui peuvent être considérées indépendamment ou au contraire traiter dans leur ensemble.
Pistes pédagogiques :
La lecture d'une nouvelle est fondée sur l'anticipation : lecture des pistes (vraies ou fausses), émission d'hypothèses, validation d'hypothèses. La lecture d'une nouvelle n'est pas une fin en soi, elle amène toujours à s'interroger soit sur la structure narrative, soit sur la thématique. Nous distinguerons des nouvelles à chute dont la lecture est essentiellement basée sur le dénouement, des nouvelles anecdotiques qui soulèvent des questions sur le contenu. Distinguons également dans la production de nouvelles adressées à un public d'adolescents, les nouvelles « tranches de vie », ce sont des nouvelles descriptives sur des états d'âme. La cinquième saison, recueil de nouvelles d'auteurs jeunesse incontournables, offre une galerie de portraits singuliers .
L'une des caractéristiques de la nouvelle est d'être ancrée dans une atmosphère réelle. La construction d'un environnement réaliste, ou plutôt correspondant à la réalité, peut être un axe de travail d'écriture avec les élèves. .
Pistes pédagogiques :
[1] p.9
[2] Guy Belzane. Un genre à part in revue TDC.