Présentation de l'ouvrage : transcription de la vidéo
Introduction de Jean-Philippe Taboulot, IA-IPR de lettres
Chargé de mission académique, CASNAV, académie de Créteil
Adapter sa pédagogie : voilà une évidence de toute réalité dʼenseignement. Face à la réalité vivante des élèves, tout professeur, quelle que soit sa discipline, est amené (et nous le savons tous) à réinventer ses démarches, à ajuster ses stratégies, à accorder ses dispositifs dʼapprentissage aux véritables capacités de son public. Le problème se pose de façon plus aiguë encore quand la classe compte un ou plusieurs élèves arrivés depuis peu en France et qui, tout en étant totalement intégrés en classe ordinaire après leur passage en CLIN ou en CLA, restent fragiles sur le plan linguistique. De quelle façon un enseignant, dans différents champs disciplinaires, peut-il alors adapter sa pratique lorsquʼun élève allophone est présent dans sa classe ordinaire ?
Si les professeurs de CLIN et de CLA peuvent trouver une abondante production sur les spécificités de leur enseignement ainsi que de nombreux outils, ceux des classes ordinaires sont en général relativement démunis. Cʼest dire que ces publications en ligne présentent un grand intérêt.
Documentée, nourrie dʼun arrière-plan théorique comme dʼéclairages scientifiques, la publication ne néglige pas pour autant la réalité la plus quotidienne de la classe ; bien au contraire. Cʼest avec conviction et pertinence que sʼarticulent ici réflexion large, problématiques linguistiques, questions relatives aux cultures scolaires et pistes dʼaction pleines de pragmatisme. Ces dernières, dʼailleurs, ne pourront que séduire les enseignants tant elles correspondent à des solutions faciles à mettre en place au sein même de la classe et transférables dʼune discipline à lʼautre.
Un autre mérite de cette publication est aussi dʼéviter la focalisation du problème de la maîtrise de la langue française sur la seule discipline du français. Des professeurs de différentes matières apportent en effet ici leur précieuse contribution, et nous font lʼéclatante démonstration que la compétence 1 du socle commun de connaissances et de compétences, à savoir la maîtrise de la langue française, est bien lʼaffaire de tous les enseignants.
Cette publication a en outre lʼavantage de lier autour de la problématique envisagée deux aspects du système éducatif, trop souvent analysés de façon étanche : suivi proprement pédagogique des élèves et suivi des orientations. Il sʼest alors agi pour Mmes Gabry et Vesanes dʼeffectuer, selon cette double entrée, le suivi précis dʼun échantillon dʼélèves. Leur travail, en même temps quʼil réfléchit à de vraies questions pédagogiques, nous permet donc de nous pencher avec précision sur le parcours scolaire de ces élèves. Que deviennent-ils après un temps dʼacculturation linguistique ? Sont-ils plus que les autres en échec ? Leur assure-t-on, enfin, une forme de personnalisation de leur parcours ?
Ce dont on peut se réjouir aussi, cʼest que les enseignants contributeurs disent combien la volonté de réelle prise en compte dʼun collégien allophone a pu bousculer progressivement leur réflexion comme leurs pratiques pédagogiques de façon générale ; combien les solutions qui étaient élaborées en fonction, au départ, de ce type dʼélève, ont en fait débordé sur toutes leurs autres classes, sur tous leurs élèves, et combien en somme tout le monde (professeur, élèves) a tiré bénéfice de ce travail.