Accueil Concours Résistance et Déportation (CNRD)

Intervention de Thomas Fontaine

lors de la rencontre organisée dans le cadre du CNRD 2011 sur le thème :
« La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy »

Spécialiste de lʼhistoire de lʼoccupation, Thomas Fontaine termine une thèse sur les déportés et la déportation de répression partie de France.

Rencontre « La répression de la Résistance en France » (Créteil le 1er décembre 2010) proposée à l'occasion du lancement du Concours National de la Résistance et de la déportation (CNRD) par le musée de la Résistance nationale, en partenariat avec le CRDP de lʼacadémie de Créteil, avec le soutien du Conseil général et de la préfecture du Val-de-Marne.

Transcription de la vidéo

 

Pour bien comprendre la répression qui s'est déroulée en France occupée, il faut d'abord se reposer des questions toutes simples : qui mène cette répression ? quand cette répression est-elle menée ? comment est-elle menée ? Il faut partir du cadre de l'occupation, et c'est la première définition que je voudrais que vous ayez en tête.

Alors là c'est une carte de la France occupée, à partir de 1940. Comme vous le savez, la défaite française en 1940 amène la signature de l'armistice souhaité par Vichy et par les Allemands. Un Etat français autoritaire, dirigé par le Maréchal Pétain s'installe en zone sud, dite "zone libre", c'est-à-dire que les Allemands leur laissent la gestion de cette partie du territoire. Les Allemands, donc, n'investissent pas cette partie de la zone sud avant novembre 1942. Mais la grande conclusion qu'il faut retenir, c'est qu'il n'y a plus une France, mais "des" Frances. Le Nord-pas-de-Calais, vous le voyez, est rattaché à un commandement militaire allemand qui dépend de Bruxelles, c'est-à-dire que les décisions qui touchent les Français de Lille sont prises à Bruxelles. La plus grande partie du territoire, la zone nord, est gérée aussi par un commandement militaire qui s'installe à Paris, alors que les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle (l'Alsace-Moselle) sont purement et simplement annexés au Reich, c'est-à-dire qu'ils relèvent, directement cette fois, d'une administration civile du Reich, et donc des autorités de Berlin.
La répression va prendre des formes vraiment différentes selon ces zones d'occupation. Qui sont ces acteurs de la répression ? Hitler et l'armée allemande remportent la victoire de 1940 et Hitler confie l'occupation de la France à son commandement militaire qui vient de remporter la victoire. Vous avez tous en tête, sans doute, le rôle de la Gestapo, c'est-à-dire des policiers nazis, de la police nazie... mais ces policiers nazis ne sont qu'une quinzaine à s'installer à Paris en juin 1940, alors que les militaires ont en main la répression en France occupée.

Vous le voyez, c'est pour ça que je vous ai mis avec le cercle le plus important le poids de ces militaires, le commandement militaire qui a clairement en main le poids de cette répression. Mais à côté de ça, et c'est ça qui complique considérablement la situation, les Allemands installent différents services en France occupée : vous avez un service de la Sipo-SD, c'est-à-dire la Gestapo proprement dite, les policiers nazis (je vais y revenir) ; vous avez un service qui dépend du Ministère des affaires étrangères, l'ambassade d'Allemagne, qui s'installe à Paris, et qui a un rôle très important pour suivre la politique d'occupation ; vous avez des espions (le contre-espionnage), les espions du troisième Reich suivent les activités de la police française, notamment depuis les années 30 ; et vous avez bien entendu les troupes d'occupation (tout à fait logique). Important de prendre en compte ces acteurs, parce que le poids de ces acteurs va varier.

Je vais directement passer en 1942, car ce commandement militaire dont je viens de vous parler a en main la répression, dirige la politique de répression jusqu'en 1942, alors qu'ensuite, vous le voyez, c'est la Gestapo, la police nazie, qui a en main cette répression ; Hitler change de choix, il confie désormais la répression à sa police, et là aussi ça a des conséquences énormes : la norme pour juger les Résistants, une fois qu'un Résistant est arrêté, il passe quasi-systématiquement en procès jusqu'en juin 1942 ; ensuite, avec la Gestapo, la majorité des Résistants ne passeront pas en procès, et la répression devient une répression extra-judiciaire, une répression beaucoup plus arbitraire, et c'est pour ça que beaucoup de personnes notamment seront fusillées sans procès, ou seront déportées sans procès.
La deuxième chose qu'il faut avoir en tête en dehors de ces acteurs, c'est bien évidemment la chronologie de la répression. Pour faire très vite : 1940-1941, les Allemands et Vichy considèrent que l'occupation se déroule quasiment dans le plus grand calme, mais ce n'est pas pour cela qu'ils n'instaurent pas une répression féroce et sévère ; dès l'été 1940 les Résistants sont condamnés à mort ; la plupart du temps ils ne sont pas exécutés aussitôt après le procès mais sont exécutés plusieurs mois après. Les Allemands essaient d'instaurer une politique de dissuasion maximum ; elle passe par des condamnations à mort. A partir de l'été 1941, avec la montée des actions de la Résistance, et notamment le début de la lutte armée des Francs-Tireurs et des Partisans, des Bataillons de la jeunesse, les Allemands ajoutent à ces condamnations à mort des exécutions d'otages. Ils commencent également, à partir de 1942, à déporter des personnes systématiquement, et aucune de ces formes de répression ne va disparaitre au cours de l'occupation, c'est-à-dire que quand vous allez étudier les groupes de Résistance, ne vous étonnez pas que certains soient condamnés à mort, certains soient déportés, certains soient fusillés comme otages ou certains meurent sous les coups dans les prisons françaises ou les prisons allemandes après des enquêtes et des interrogatoires. La répression va systématiquement garder, tout au long de la période, des formes multiples.
Première conclusion importante : Vichy et les Allemands attaquent et traquent les mêmes Résistants. Vichy a en ennemis numéro un les Communistes, les Juifs, les étrangers et finalement très vite les Gaullistes, qui s'opposent à leur régime ; les Allemands ont rapidement les mêmes cibles. La Gestapo, qui arrive à Paris très tôt, est là pour traquer les Juifs et les Communistes ; le commandement militaire, lui, souhaite que l'occupation se déroule dans le plus grand calme, et évidemment attaque tous les Résistants. C'est pour ça que Vichy et les Allemands, différemment selon les époques, et différemment selon les sites, vont globalement travailler ensemble.

Au final, près de 4000 personnes ont été fusillées suite à une condamnation à mort ou à une exécution en représailles, c'est-à-dire comme otages ; plus de 60000 personnes ont été déportées des zones nord et sud, plus de 5000 des deux départements du Nord-Pas-de-Calais, plus de 5000 encore de l'Alsace-Moselle annexée, et près de 15000 personnes (là les chiffres ne sont pas définitifs, malheureusement) meurent dans les derniers mois de l'occupation, en 1944, en représailles des actions de la Résistance.