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CNRD 2012-2013 : la presse clandestine

Questions posées par la salle lors de la rencontre organisée dans le cadre du CNRD sur le thème :
 « Communiquer pour résister (1940-1945) »

Tournage et montage par lʼéquipe audiovisuelle du CRDP de Créteil, sous la direction de Jean-Luc Millet :

Préparation iconographique : Daniel Martin ; tournage : Didier Delattre - Jean-Luc Millet ; assistante de réalisation : Leslie Diaz ; montage et réalisation : Éric Brossard - Daniel Martin

 

Transcription de la vidéo

– Je mʼappelle Justine, je suis une élève du lycée Hector-Berlioz de Vincennes et jʼai une question à poser à M. Roland Vaillant : quel était le contenu des informations de la presse clandestine ?

R.V.  On la lisait par pure curiosité, mais ce nʼétait pas notre boulot de rédiger les textes, nous on imprimait. Évidemment, vous devinez que les textes étaient, je me rappelle, souvent très violents, parce quʼà cette époque-là, on ne faisait pas dans la dentelle. La presse, quand on lit les articles actuels, est bien policée ; même quand on nʼest pas dʼaccord, on le dit dʼune certaine manière. Mais à cette époque, il ne faut pas oublier quʼon était quand même sous le signe de la violence, donc les écrits étaient dʼune rare violence : on fustigeait les armées dʼoccupation et, surtout, les collaborateurs. Mais nous, ce nʼétait pas notre boulot de savoir ce que cʼétait. On imprimait, on était uniquement des techniciens.

J. F.  Au fur et à mesure des mois de la guerre, qui devenait une guerre mondiale, les journaux clandestins informaient de ce qui se passait. Parce que vous, vous vivez dans un monde où lʼinformation est de chaque instant, vous ne pouvez pas vous rendre compte de ce quʼétait notre vie sous lʼoccupant. Nous nʼavions pas droit à grand-chose, quʼà des journaux tout prêts, qui informaient de ce quʼon voulait bien nous dire. Donc les journaux clandestins avaient une très grande importance et beaucoup dʼinformations venaient souvent de très loin. Par exemple, il y a eu un Défense de la France ; nous ne savions pas ce qui se passait dans les camps, mais un de nos numéros, notamment, a parlé des camps de déportation, de ce qui sʼy passait. Ces renseignements nous étaient parvenus par lʼintermédiaire de prisonniers de guerre, qui étaient donc en Allemagne et qui avaient réussi à avoir quelques informations sur les camps de concentration.

– Je mʼappelle Mezzahbeen et je viens du lycée Georges-Brassens de Villeneuve-le-Roi. Je me demandais : à qui distribuiez-vous exactement les journaux, en fait, est-ce que vous les distribuiez à tout le monde ?

J. F. Ceux que je ramenais à Versailles, il y avait un endroit où jʼen déposais une grande partie. Et quand je rentrais vers mon foyer, sur mon chemin, il y avait plusieurs maisons où se trouvaient des collabos. Je mettais dans la boîte aux lettres de ces collabos mon journal, en me réjouissant à la pensée que, sûrement, ils allaient lire ce quʼil y avait dans ce journal clandestin. Cʼétait quelque chose qui me réjouissait. Dans notre groupe versaillais – bien sûr, une partie des journaux était diffusée assez près –, nous avions des camarades qui le diffusaient dans les usines Renault, notamment. Mais il y en a eu, ?  vous savez  Défense de la France a eu de très gros tirages – pratiquement presque partout : dʼabord en zone occupée, puis il y a eu aussi des antennes en zone libre, ce qui a été extrêmement important.

– Je mʼappelle Farah, du collège Robert-Desnos d'Orly, et je veux poser ma question à M. Vaillant : comment obteniez-vous du papier et de lʼencre pour imprimer les journaux ?

R. V.  Eh bien, écoutez, cʼest une question que je viens de me poser tout à lʼheure, parce que, comme je vous lʼai dit, le papier était livré par les pompiers de Paris, et je suis étonné, je me demande si les pompiers savaient ce quʼils faisaient, ce quʼils transportaient. Vous savez que dans lʼimprimerie, quand on regarde une « forme  », les lettres sont imprimées à lʼenvers, donc il faut avoir un peu lʼhabitude pour lire ce que cʼest. Je ne pense pas quʼils étaient au courant. Le papier était blanc quand ils nous lʼamenaient, ce nʼest pas eux qui ramenaient le papier imprimé. Et lʼencre, je ne me rappelle plus si on nous la livrait en même temps ou si mon père allait la chercher rue Suger, où la maison Lorieux vendait de lʼencre dʼimprimerie. Je me rappelle y être allé plusieurs fois, mais je ne sais pas, à vrai dire, si cʼétait pour imprimer les journaux clandestins. Vraisemblablement oui, puisque, comme mon père avait fermé lʼentreprise, on nʼaurait jamais travaillé pour quelquʼun dʼautre.

J. F.  Je voudrais parler aussi dʼun autre type dʼinformation, quelque chose qui va vous paraître peut-être un peu extraordinaire : cʼest lʼinformation qui venait des prisons. Ces informations passaient – moi, je nʼai pas vécu cela, puisque toute ma famille a été arrêtée ou est partie –, car nous avions des camarades qui pouvaient faire partir un peu de linge sale au-dehors de la prison et qui, dans les coutures, notamment – vous pouvez imaginer la taille des coutures dʼun vêtement – mettaient des choses très petites. Ainsi, il y a eu des informations sur ce qui se passait dans les prisons, ce que faisait la Gestapo. Cʼétait de lʼinformation, un autre genre dʼinformation.