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CNRD 2012-2013 : les liaisons entre la France et la Grande-Bretagne

Questions posées par la salle lors de la rencontre organisée dans le cadre du CNRD sur le thème :
 « Communiquer pour résister (1940-1945) »

Tournage et montage par lʼéquipe audiovisuelle du CRDP de Créteil, sous la direction de Jean-Luc Millet :

Préparation iconographique : Daniel Martin ; tournage : Didier Delattre - Jean-Luc Millet ; assistante de réalisation : Leslie Diaz ; montage et réalisation : Éric Brossard - Daniel Martin

 

Transcription de la vidéo

– Je mʼappelle Élodie, je viens du collège Henri-Barbusse dʼAlfortville et jʼaurais une question pour M. Jean-Louis Crémieux-Brilhac : comment communiquiez-vous entre résistants ?

– J.-L. C.-B.  Il y avait les Français libres, et dʼautre part les résistants de France, et les allers-retours sont devenus fréquents. Ils ont commencé en 1942. Le premier politique exfiltré de France sʼappelait Philippe Roques. Cʼétait un collaborateur de Mandel. Puis les allers et retours sont devenus beaucoup plus fréquents en 1942 et, surtout, en 1943, lorsque les atterrissages sont devenus nombreux. Songez quʼen 1943, il y a eu, si je me souviens bien, 143 atterrissages clandestins. Au total, les atterrissages ont ramené en Angleterre 655 agents. Ce qui est formidable, car ces atterrissages supposaient quʼil y ait des équipes au sol pour les recevoir, embarquer les gens, accueillir ceux qui étaient débarqués. Tous les principaux chefs de la Résistance sont venus à Londres, certains plusieurs fois. Emmanuel dʼAstier de la Vigerie, le chef du mouvement Libération, est venu trois fois, Frenay deux fois, Pineau deux fois. Les chefs dʼopération français qui nʼétaient pas suffisamment expérimentés venaient à Londres pour subir un stage de formation complémentaire. De sorte que jʼai eu le privilège de connaître un très grand nombre de ceux qui étaient politiques. Je nʼai jamais connu ceux des réseaux de renseignement, mais les politiques, je les ai à peu près tous connus. Je voudrais rappeler quʼau total, il a été envoyé en France, moitié par les Anglais, moitié par les Français, 1 100 agents ou messagers, avant le 6 juin 1944.

– Je mʼappelle Fehran, je suis du collège Henri-Barbusse et jʼai une question pour Mme Jacqueline Fleury : vous avez parlé du réseau Mithridate. Est-ce quʼon peut savoir en quoi consistait son rôle ?

– J. F.  Le réseau Mithridate était lʼun des réseaux de renseignement. Dans la région où nous étions, cʼest-à-dire la région parisienne, quel genre de renseignements pouvait partir vers Londres, qui intéressait ou intéresserait éventuellement au moment du Débarquement ? Je crois que beaucoup de réseaux ont apporté des sources très importantes par le renseignement. Je vous ai donné un exemple ; il y a eu à Versailles, dans un lieu qui était un petit château, des plans du mur de lʼAtlantique. Je pense que vous savez tous ce quʼa été le mur de lʼAtlantique, cette construction tout le long de nos côtes, construite par les Allemands. Des renseignements très intéressants sont donc partis par lʼintermédiaire de notre réseau. Il y avait aussi, dans notre région, autour de Versailles, de petits aéroports où se trouvaient les avions de chasse allemands. Il était important dʼavoir des relevés de ces endroits et dʼenvoyer ces renseignements vers Londres. Vous avez là des exemples de contacts entre les Français libres et la France combattante de lʼintérieur, de communications, notamment par les radios et les réseaux de renseignement. Et bien dʼautres renseignements sont partis par lʼintermédiaire de ce réseau.

– J.-L. C.-B.  Lʼaller et retour des informations est devenu considérable en 1943-1944. Songez que, dʼune part, il y avait les informations purement militaires : grâce aux télégrammes reçus de France, on peut considérer que 80 % des informations militaires sur la France étaient transmises par des agents français du BCRA (Bureau central de renseignements et dʼaction) et non par des agents britanniques. Dʼautre part, le nombre de télégrammes envoyés de France nʼa pas cessé dʼaugmenter : il y avait, au moment de la Libération, 50 centres dʼantenne avec 150 postes émetteurs clandestins en France, émettant vers la Grande-Bretagne. Cʼest incroyable ! En juillet 1944, nous recevions 170 télégrammes par jour de France : informations purement militaires ou informations sur la vie française, sur les massacres, sur ce que faisait M. Laval, etc. Je voudrais insister dʼautre part sur trois choses. Lʼextraordinaire échange entre Londres et la France, car les directives stratégiques venaient de Londres. Cʼest aux états-majors, aux dirigeants de la France libre et des Alliés, que la Résistance devait, dans lʼaction, se mouler et faire ses propres opérations. Ainsi le Plan vert qui prévoyait les sabotages concernant les chemins de fer – essentiels au moment du Débarquement pour empêcher les renforts allemands dʼaller jusquʼen Normandie – ce Plan vert a été lʼobjet de multiples échanges entre la France et lʼAngleterre. Les informations que nous recevions dans la dernière période étaient abondantes. Alors que la France était naturellement privée dʼinformations, chaque jour la BBC était en mesure de révéler ce que les Français ne savaient pas. De révéler, par exemple, jour après jour, ce quʼétaient les combats des Glières ; pendant deux mois, des résistants ont occupé le plateau des Glières, au-dessus dʼAnnecy, avant dʼêtre exterminés. Jour après jour ont pu être révélés les massacres dʼAscq, de Montignac, de Signes, dʼOradour, tout cela transmis par des télégrammes de la Résistance. Les envois de documents, dʼautre part, étaient considérables, ils dépassaient 50 kg par mois. De sorte que, par exemple, le commissaire de lʼIntérieur a eu sur son bureau avec deux mois de retard la synthèse des rapports des préfets de Vichy. Ce que je voudrais enfin dire, cʼest quʼau moment du Débarquement, deux sortes dʼordre venaient de Londres. Dʼune part, les ordres donnés à la population globale, qui recevait ces directives par la BBC en clair, cʼest-à-dire avant tout pour aider les résistants et ne pas se précipiter trop vers les maquis. Dʼautre part, les ordres donnés par messages convenus, messages soi-disant personnels, ou par radio clandestine aux responsables de la Résistance. Cʼest ainsi que lʼordre de la Résistance dʼentrer en action dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 a été donné, vous le savez, par 210 messages personnels destinés, dʼune part, aux formations relevant de la France libre, et dʼautre part, aux 51 réseaux de sabotage et dʼaction britanniques.